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Pourquoi Mohammed Ben Salmane s’intéresse-t-il au jeu vidéo? Ses récents investissements dans l’industrie du vidéoludique confirment sa volonté de diversifier l’économie saoudienne, mais sont également un moyen pour lui de redorer son image en interne, estime Umar Karim, chercheur à l’université de Birmingham et spécialiste des pays du Golfe.

Mis au pilori de la diplomatie étasunienne par Joe Biden, Mohammed ben Salmane (MBS), prince héritier d’Arabie saoudite, n’en continue pas moins d’investir massivement dans des sociétés américaines. Dernièrement, son Fonds public d’investissement d’Arabie saoudite a investi 3,3 milliards de dollars dans trois géants de l’industrie du jeu vidéo américain: Activision Blizzard, EA et Take-Two.

Est-ce une manière d’apaiser les récentes tensions entre MBS et Biden, qui ne souhaite plus s’entretenir qu’avec son père, le roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud? Pour Umar Karim, chercheur à l’université de Birmingham et spécialiste des pays du Golfe, cet investissement n’est pas géopolitique, il est avant tout économique.

«Cet investissement ne vise aucunement Biden. Cela s’inscrit uniquement dans la politique de diversification tous azimuts de l’économie du royaume saoudien. MBS fait ce qu’il a toujours fait depuis qu’il est à la tête du pays: propulser l’Arabie saoudite vers une économie moderne, post-pétrole», explique-t-il au micro de Sputnik.

Dès son arrivée à la tête de la présidence du conseil des affaires économiques et du développement de l’Arabie saoudite en 2015, MBS –qui n’avait alors que 30 ans– a voulu changer l’image austère de son pays. L’année suivante, il a lancé son fameux plan économique vision 2030.

Le jeu vidéo, un «choix stratégique» pour MBS

Ce projet vise à moderniser l’économie du royaume saoudien, de le faire passer d’une économie rentière basée uniquement sur le pétrole à une économie diversifiée. Depuis, le pays s’est ouvert au tourisme, accueille des évènements sportifs et culturels, investit dans de nombreuses entreprises internationales.

«Le Fonds public d’investissement d’Arabie saoudite a déjà injecté des fonds dans des sociétés comme Uber, Facebook, Softbank, Boeing, Disney ou encore Starbucks», indique Umar Karim.

Bref, l’économie saoudienne s’est mondialisée sous la tutelle de MBS. Pour dynamiser ses investissements à l’étranger, rien d’étonnant à ce que le prince héritier place ses billes dans l’industrie du jeu vidéo: ce secteur est de loin le domaine le plus lucratif de l’industrie du divertissement.

Pour preuve en 2019, les jeux vidéo ont généré plus de deux fois le chiffre d’affaires mondial de l’industrie du cinéma et de la musique réunis. Cet essor fulgurant s’est confirmé avec la pandémie mondiale du coronavirus. Les ventes et les profits ont atteint des records en 2020. Mohamed Ben Salman est au courant «des dernières tendances», précise le chercheur à l’université de Birmingham.

«Les investissements saoudiens sont ciblés. Ils s’inscrivent dans le temps long. MBS fait du business et veut investir dans une industrie pérenne et en pleine expansion et c’est le cas de l’industrie des jeux vidéo.»

En investissant dans trois mastodontes de l’industrie vidéoludique américaine, MBS a fait un «choix stratégique», estime Umar Karim. Ces trois gros éditeurs possèdent des licences dans des jeux mondialement connus comme FIFA, Star Wars ou encore Battlefield pour EA, Call of Duty pour Activision Blizzard et GTA pour Take-Two.

Fan de «Call of Duty», MBS soigne son image auprès des jeunes

Umar Karim nous rappelle que cet attrait pour les jeux vidéo ne datent pas d’hier. En effet, la Fondation MiSK, créée par MBS, qui affiche comme objectif principal d’accompagner la jeunesse saoudienne dans les domaines de la technologie, des arts, de la culture et du social, a déjà investi dans ce domaine.

En novembre dernier, «le MiSK a déjà acheté un tiers des parts du groupe de jeu japonais SNK et prévoit même d’acquérir prochainement 50%», souligne le chercheur.

En plus d’accroître des parts de marché dans un secteur en pleine expansion, cet investissement servirait aussi accessoirement «les intérêts personnels» de MBS, estime Umar Karim. En effet, la popularité du jeune prince héritier est en berne. Sa reprise en main du pays n’a pas fait que des heureux et nombreux sont les Saoudiens à lui reprocher d’accaparer les pouvoirs et saper la vieille garde du royaume. Investir dans les jeux vidéo est une manière pour lui de se rapprocher encore un peu plus de la jeunesse saoudienne.

«MBS n’a que 35 ans et veut rester proche des centres d’intérêts de la population saoudienne. La jeunesse est friande de jeux vidéo, de nouvelles technologies et ça, le prince héritier l’a bien compris. Cet investissement est une façon de rester en symbiose avec les jeunes.»

La population saoudienne est en effet très jeune: 65% de la population est âgée de moins de 30 ans. Le jeune prince héritier est lui-même «passionné» de jeux vidéo. «Il se vante même d’avoir un penchant tout particulier pour le jeu populaire Call of Duty», souligne Umar Karim. Et ça tombe bien, il vient d’acquérir des parts de marché au sein de son éditeur, Activision Blizzard. Cela lui donnera-t-il droit aux «cheat codes» de son jeu favori?

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Tags:
jeux vidéo, Mohammed Ben Salman, Arabie Saoudite
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