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Donald Trump avait promis de rapatrier les forces américaines de l’Afghanistan. Est-ce que ce sera Joe Biden qui finalisera ce retrait? Quelles en seront les conséquences? Analyse de Fahimeh Robiolle, vice-présidente du Club France-Afghanistan et chargée de cours à l’École de Guerre, pour le Désordre mondial.

Quelle est la stratégie de la nouvelle Administration américaine de Joe Biden vis-à-vis de l’Afghanistan?

Lors du mandat de son prédécesseur Donald Trump, l’objectif était de mettre fin à l’interminable guerre qui durait depuis les attentats du 11 septembre 2001. Ces derniers avaient été attribués au Saoudien Oussama ben Laden et à l’époque, les Américains avaient décidé de le déloger d’Afghanistan et de s’en prendre aux talibans qui l’abritaient. Donald Trump, lui, souhaitait rapatrier ses troupes, tandis que d’autres responsables au Pentagone préféraient éviter un tel retrait.

Où en est-on depuis le changement d’équipe à Washington? Une lettre signée par Antony Blinken, le nouveau secrétaire d’État, adressée au Président afghan Ashraf Ghani a fuité il y a quelques jours dans la presse américaine. Une phrase en dit long: «Nous n’avons pris aucune décision concernant notre posture de troupes en Afghanistan après le 1er mai.» Ce qui semble suggérer que le retrait des 2.500 soldats américains du pays reste sur la table. Quelle serait donc la vision de Joe Biden d’un Afghanistan débarrassé de l’ingérence américaine? 

Fahimeh Robiolle, chargée de cours à l’ESSEC, à la Sorbonne, aux universités de Téhéran et de Kaboul et à l’École de Guerre, et vice-présidente du Club France-Afghanistan, revient sur la lettre d’Antony Blinken:

«Le ton employé dans cette lettre rappelle l’attitude colonialiste américaine à l’égard de l’Afghanistan. Le secrétaire d’État demande au Président de la République de s’impliquer très rapidement pour arriver à une solution politique afin d’élaborer un plan de paix.»

Dans ce plan, l’élaboration d’un Conseil suprême de la jurisprudence islamique, un conseil qui aura en majorité des sunnites durs, est prévue. Ce gouvernement impliquera forcément des nouvelles mesures en accord avec les principes intégristes. Fahimeh Robiolle anticipe les conséquences d’une intégration des talibans au sein du gouvernement:

«Les talibans sont d’accord pour que les femmes travaillent, mais pas dans le même bureau que les hommes. Donc on peut imaginer à terme que le Parlement sera divisé –avec les femmes d’un côté et les hommes de l’autre–, voire que les femmes seront exclues peu à peu de l’hémicycle.»

S’il n’y a plus de mécanisme de contrôle, l’experte ne voit pas non plus pourquoi les talibans resteraient cantonnés à l’Afghanistan.

«Si on laisse faire une "talibanisation" de l’Afghanistan, le phénomène risque de s’étendre à l’Asie centrale, et plus particulièrement à la Russie (avec les Tchétchènes) et des pays comme l’Iran et la Turquie. Sans parler de l’Europe…»

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Tags:
talibans, retrait des troupes, États-Unis, CIA, Afghanistan, Ashraf Ghani
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