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Dans une interview à Sputnik, le Dr Pierre Azar analyse les causes religieuses, militaires, économiques et géopolitiques de la crise diplomatique entre Washington et Moscou suite aux propos de Biden qui a accusé Poutine de «tueur», abordant également son impact sur la stabilité en Eurasie, en Asie centrale et dans le monde arabe.

La semaine dernière, Moscou a rappelé son ambassadeur à Washington pour consultation suite aux propos tenus par le Président américain à l’égard de son homologue russe, l’accusant d’être un «tueur». Vladimir Poutine a réagi en proposant un débat public à Joe Biden que ce dernier a décliné, laissant penser qu’une grave crise politique et diplomatique était en cours entre les deux pays.

Quelles pourraient être les conséquences de cette crise sur les relations internationales et quelles seraient ses probables évolutions?

Dans un entretien à Sputnik, le Dr Pierre Azar, expert libanais en questions géopolitiques et économiques, explique les dessous de cette crise à partir des quatre dimensions qui animent la politique extérieure des États-Unis, à l’aune des tiraillements entre les différents «centres de décision» dans ce pays. De plus, il évoque son impact en Eurasie, en Asie centrale et dans la région du Proche et Moyen-Orient.

Un «monde unipolaire sous domination américaine»?

«Avant tout, il faudrait comprendre qu’il y a une multitude de centres de décision aux États-Unis contrairement à la situation en Fédération de Russie, où la décision est centralisée, notamment au niveau du Président Poutine», rappelle le Dr Azar, soulignant que même «durant les quatre années de l’administration précédente, il y avait beaucoup de tensions dans les allées du pourvoir à Washington, et ce malgré la qualité de la relation personnelle qui liait Trump à son homologue russe».

Et d’expliquer que «la politique extérieure des États-Unis s’articule suivant quatre dimensions: religieuse, militaire et économique, en plus de la volonté des centres de décision les plus influents dans les allées du pouvoir d’arriver à un monde unipolaire sous domination américaine, ce qui provoque souvent des tensions sur la scène internationale».

Dans ce contexte, selon le spécialiste, «l’actuel Président américain se trouve pris au piège par deux contraintes: la première est la crainte de voir Donald Trump revenir au pouvoir en 2024, ce qui l’a mené d’ailleurs à annoncer la possibilité de sa candidature à sa réélection. La seconde tient au fait que Biden cherche, dans ces conditions, à satisfaire les différents centres de décision aux États-Unis, singulièrement les néoconservateurs qui cultivent une haine viscérale envers la Russie, notamment à cause des liens actuels entre l’Église orthodoxe et le Kremlin qui ont fait de Moscou une capitale ayant le gros poids religieux dans le monde orthodoxe depuis la fin de l’Union soviétique».

«Ceci en plus du fait d’avoir reçu une délégation de haut niveau du Hezbollah à Moscou la semaine dernière».

«Une donne géopolitique amenée par la Russie»

Au-delà du facteur religieux, le Dr Azar explique que «les capacités scientifiques – comme dans le cas du développement du vaccin anti-Covid Spoutnik V – et technologiques de la Russie, notamment en termes d’armements et de force de frappe balistique nucléaire, provoquent des inquiétudes aux États-Unis, et ce malgré leurs importants atouts de domination découlant particulièrement du fait qu’ils détiennent et contrôlent le dollar comme monnaie internationale d’échanges économiques et commerciaux».

Dans le même sens, l’expert affirme qu’«à ceci s’ajoute la nouvelle donne géopolitique amenée par la Russie, qui a activement développé ces dernières années sa puissance militaire navale, alors qu’avant elle était principalement terrestre».
Et de préciser que «cette tendance est clairement apparue à dessein durant la guerre en Syrie, lors des bombardements des positions terroristes avec des missiles de croisière de type Kalibr, tirés par des destroyers depuis la Mer noire, à des milliers de kilomètres des cibles […]. Ainsi, alors qu’avant les États-Unis dominaient les mers et les océans grâce à leur puissante flotte, l’arrivée de l’armée russe comme concurrente dans ce domaine provoque l’inquiétude du complexe militaro-industriel américain, allié des néoconservateurs, qui a aidé Joe Biden à arriver au pouvoir».

«Par ailleurs, la coopération entre la Russie et la Turquie, membre de l’Otan, notamment sur le dossier syrien, malgré les difficultés de sa mise en œuvre et de sa gestion, a également son impact sur les relations américano-russes», ponctue-t-il.

Quelles conséquences géopolitiques?

Abordant les conséquences probables de cette crise sur la sécurité et la stabilité dans le monde, le Dr Azar indique que «ces tensions entre la Russie et les États-Unis auront un impact direct sur la course au contrôle de toute la toile de transport d’hydrocarbures dans la région du Moyen-Orient et de l’Eurasie, ainsi que sur le développement du projet chinois de la Route de la soie à cause, en particulier, de ses intersections avec la Russie».

«Il y a également les risques de déstabilisation terroriste des Républiques de l’Asie centrale, notamment dans l’optique d’un retrait des forces américaines d’Afghanistan, avec tous les dangers qu’il comporte de voir Daech*, Al-Qaïda* et le Front Al-Nosra* se propager dans cette région névralgique pour la Russie, chose à laquelle le Président Poutine s’est toujours opposé depuis la présidence Obama», poursuit-il, rappelant «l’avancée continue de l’Otan vers les frontières de la Russie, en intégrant notamment les pays qui étaient avant sous l’influence de l’URSS, ce qui a obligé l’armée russe à riposter en déployant des systèmes de missiles Iskander dans l’enclave de Kaliningrad».

*Organisations terroristes interdites en Russie

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Tags:
crise énergétique, crise diplomatique, Joe Biden, Vladimir Poutine, Russie, États-Unis
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