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Quatre pétroliers iraniens s’apprêtent à venir en Syrie pour y contrer la pénurie d’essence. Après avoir aidé militairement Bachar el-Assad, l’Iran se positionne pour la reconstruction du pays. Or, l’économie iranienne reste grandement dépendante de la levée des sanctions, estime un consultant iranien sur les questions pétrolières.

Passant entre les mailles du filet des sanctions américaines, l’industrie pétrolière iranienne arrive tant bien que mal à exporter en Syrie.

Une cargaison de 3,5 millions de barils envoyée par l’Iran serait, selon Middle East Monitor, en route vers les côtes syriennes, pour pallier la pénurie de carburant dans le pays. Cet important convoi aurait toutefois pris du retard en raison du blocage du canal de Suez du 23 mars au 3 avril. Autre signe des jeux d’alliances dans la région: les quatre pétroliers iraniens seraient escortés par des navires russes pour assurer le transport jusqu’au port syrien de Baniyas.

Cette exportation pétrolière intervient dans un contexte de crise en Syrie. Depuis le 28 mars, le gouvernement de Damas a ordonné un rationnement de carburant dans tous les territoires qu’il administre.

Puissance pétrolière, la Syrie manque d’or noir

Depuis le début de la guerre, la Syrie n’est plus maître de son propre pétrole. Les zones pétrolifères sont sous le contrôle des forces kurdes, elles-mêmes soutenues par l’armée américaine. Selon un consultant iranien pour les questions pétrolières et gazières auprès de compagnies internationales, ces exportations ne sont pas nouvelles, elles répondent à «un impératif économique et géopolitique.»

«En dépit des pressions et des sanctions internationales, l’Iran a continué à exporter environ 70.000 barils de brut par jour vers la Syrie. La majorité des exportations ont jusqu’à présent transité par le canal de Suez, sans que les États-Unis ou l’Égypte n’imposent de restrictions ou ne réagissent», résume-t-il au micro de Sputnik.

Le périple n’est pourtant pas de tout repos. Depuis plusieurs mois maintenant, les tensions entre Tel-Aviv et Téhéran se jouent également en mer. Le 6 avril dernier, un navire iranien a été endommagé par une mine au large des côtes de Djibouti. Selon un communiqué officiel de Saïd Khatibzadeh, porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, «l’accident n’a fait aucune victime et des enquêtes techniques sont en cours pour en déterminer les circonstances et l’origine, et notre pays prendra toutes les mesures nécessaires par le biais des autorités internationales à cet égard.» Malgré tout, l’Iran tente de venir en aide à son allié syrien.

L’Iran veut sanctuariser sa présence en Syrie

Impliqué dans la guerre en Syrie depuis 2011, l’Iran a apporté son soutien à Bachar el-Assad. Fortes de leur présence au sol, les forces iraniennes ont permis à Damas de reprendre de nombreuses villes clés dans le pays. Pour l’heure, Téhéran souhaite sanctuariser ses acquis en Syrie. De ce fait, les mollahs iraniens n’hésitent pas à investir dans les infrastructures. «Malgré les sanctions américaines, l’Iran s’efforce toujours d’aider la Syrie», souligne le consultant iranien.

«L’Iran a jusqu’à présent construit deux centrales électriques en Syrie, Tishrin et Jandar, de 480 MW chacune», révèle le spécialiste des questions énergétiques.

En effet, «les deux pays ont conclu un accord en 2018 pour la construction d’une nouvelle centrale électrique de 540 MW ainsi que pour la réparation de quelques centrales électriques endommagées, notamment celles d’Alep et de Baniyas.» L’Iran a également obtenu la gestion du port de Lattaquié en 2019.

Mais tout n’est pas si simple. Les exportations iraniennes sont grandement limitées, car impactées par les sanctions américaines: «elles ont frappé l’économie iranienne de plein fouet», nous rappelle le consultant iranien.

L’Irak est dépendant des approvisionnements iraniens

Depuis le retrait de l’accord sur le nucléaire et le durcissement des sanctions américaines en 2018, l’économie de l’Iran est exsangue. En raison de l’extraterritorialité des sanctions américaines, qui fait craindre aux clients potentiels d’être à leur tour dans le viseur de Washington, le pays peine à commercer avec l’extérieur.

«Les sanctions ont eu une incidence considérable sur les exportations de brut. Elles se situaient entre 500 et 600.000 barils par jour en 2019-2020, soit deux millions de barils par jour en moins qu’en 2017», souligne l'expert.

En raison du rétablissement des sanctions américaines, les acquéreurs de pétrole iranien tels que l’Inde, la Corée du Sud, Taïwan, les Émirats arabes unis, la Turquie, l’Espagne, l’Italie et la Grèce ont cessé leurs achats. Ils représentaient 84% des volumes totaux exportés par Téhéran.

«La Chine reste le principal acheteur de brut iranien. 100 à 150.000 barils par jour pour rembourser les investissements des entreprises chinoises et 350.000 barils par jour indirectement par le biais de navires sous pavillon étranger, généralement irakien, omanais, malaisien ou indonésien», précise notre interlocuteur.

Pour vendre, l’Iran doit pourtant abaisser ses exigences et «accorder des remises importantes pour ces volumes, de l’ordre de 10 à 30%.»

Téhéran cherche tout de même à diversifier ses partenaires. L’Irak, pays voisin, reste dépendant de l’approvisionnement en gaz et en électricité en provenance d’Iran. De surcroît, pour vendre son pétrole, le régime des mollahs se tourne également vers les pays limitrophes comme «l’Afghanistan, l’Azerbaïdjan, le Pakistan ou encore l’Arménie», détaille notre interlocuteur.

Même les bonnes nouvelles pour Téhéran sont marquées d’incertitude. Le 27 mars dernier, l’Iran et la Chine concluaient un accord commercial et militaire sur une durée de 25 ans. Un «protocole d’accord ou une feuille de route», davantage qu’un «accord contraignant», nous précise toutefois le consultant iranien. En dépit de ce partenariat stratégique, «rien de majeur ne se produira dans le cadre de cet accord tant que les sanctions américaines seront en place», conclut-il avec amertume.

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sanctions contre l'Iran, Syrie, Iran
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