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L’armée russe a déclaré le lundi 19 avril avoir tué 200 terroristes lors de frappes aériennes dans la province de Palmyre, en Syrie. Malgré la victoire de Bachar el-Assad, les groupes djihadistes restent dangereux. Pour Salem, ancien militaire syrien, cette résurgence du terrorisme se nourrit de la misère et du fanatisme religieux. Témoignage.

Encore une fois, Moscou a sauvé la mise à son allié syrien. La Russie a déclaré avoir neutralisé pas moins de 200 terroristes en Syrie dans la nuit du 19 avril, lors de frappes aériennes au Nord-Est de la localité de Palmyre, au centre du pays.

Selon le communiqué du ministère de la Défense russe, «des groupes terroristes» s’apprêtaient à commettre des attentats pour «déstabiliser la situation dans le pays, en prévision de l’élection présidentielle» du 26 mai prochain. Ce bombardement russe aurait permis de détruire «24 pick-up équipés de mitrailleuses lourdes et environ 500 kilos de munitions et de composants pour la fabrication d’explosifs improvisés.»

Si Moscou n’a pas précisé de quel groupe djihadiste il s’agissait, il suspecte ses membres d’avoir été formés dans des provinces non contrôlées par Damas, «y compris dans la zone d’El-Tanf, qui est contrôlée par les forces américaines.» Cette zone est située à l’Est de la Syrie, à la frontière jordano-irakienne.

Selon Salem, ancien militaire de l’armée arabe syrienne et ancien otage des djihadistes durant le siège d’Alep en 2012-2013, cette frappe est une nouvelle preuve du rôle indispensable de la Russie dans un conflit qui s’éternise:

«La présence russe dans le pays est importante pour la stabilité des régions reprises aux terroristes et même pour la réconciliation du pays», insiste Salem au micro de Sputnik.

Présents sur le terrain depuis 2015, les forces russes ont permis à Bachar el-Assad de reprendre la majeure partie du territoire. Avant l’intervention de Moscou en Syrie, Damas ne contrôlait que la capitale et le littoral de Lattaquié et de Tartous. Pourtant, malgré une contre-offensive couronnée de succès, notamment par la reprise de villes clés, les cellules terroristes demeurent maîtres de certaines localités proches de l’Euphrate et n’ont de cesse de déstabiliser à nouveau le pays.

Depuis 2020, 1.300 soldats syriens tués par Daech*

En mars 2019, les forces arabo-kurdes reprenaient Baghouz, le dernier fief de Daech*dans le pays. La défaite territoriale de l’État islamique* n’a pas pour autant signifié la fin des actes terroristes en Syrie. Selon le site libanais Daraj, depuis 2020, les djihadistes ont intensifié leurs opérations, tuant plus de 1.300 soldats de l’armée syrienne, deux membres des forces russes ainsi que 145 miliciens pro-Iran.

«Il y a des cellules dormantes de Daech* en Syrie», craint Salem.

Ainsi l’organisation aurait-elle opéré une mue géographique pour s’implanter «plus facilement et surtout plus discrètement», explique l’ancien militaire syrien. «À terme, ils souhaitent reprendre des forces pour refaire le coup de 2014», nous expliquait récemment Fabrice Balanche avant de préciser: «dans les régions où Daech* est présent, les djihadistes maintiennent un environnement de terreur.» Même si l’organisation a été démembrée, sa capacité de nuisance demeure importante en Syrie.

«Régulièrement, le cinquième régiment de l’armée syrienne effectue des opérations pour lutter contre des cellules terroristes vers l’axe Khanasser-Alep et vers l’Est, en direction de Deir ez-Zor et de Raqqa», illustre quant à lui Salem.

En effet, «l’effondrement de l’État islamique* a permis à de nombreux terroristes de fuir et de se cacher parmi la population civile», précise-t-il. Si les terroristes n’ont plus les mêmes ambitions territoriales et politiques, ils peuvent toutefois profiter «de la situation économique catastrophique dans le pays», souligne encore l’ancien militaire.

En accentuant la crise, les sanctions US aident indirectement les djihadistes

Car en dépit de l’amoindrissement des combats, l’économie du pays est exsangue. La livre syrienne a perdu de sa valeur, passant de 50 pour un dollar avant le conflit à 2.300 aujourd’hui, l’essence est rationnée et les habitants peinent à se chauffer en hiver. Une misère synonyme d’aubaine pour les groupes djihadistes qui demeurent en Syrie. La radicalisation de pans de la société civile syrienne serait consubstantielle à la situation économique.

De surcroît, les sanctions américaines ont accentué la crise. Baptisées loi César, ces mesures coercitives empêchent littéralement le pays de commercer avec l’extérieur, le privant d’importations. 411 personnalités syriennes et 111 entreprises, banques et organes étatiques syriens sont dans le viseur de Washington.

«Les Occidentaux jouent à un jeu dangereux. L’embargo est une arme à double tranchant. En imposant la misère sur place, il crée les djihadistes de demain», accusait au micro de Sputnik l’humanitaire Alexandre Goodarzy, responsable de l’ONG SOS Chrétiens d’Orient en Syrie.

Et à cela s’ajoute la crise du Liban voisin, les systèmes financiers des deux pays étant imbriqués. Selon le Président syrien, entre 20 et 42 milliards de dollars appartenant à des fortunes syriennes auraient disparu en raison de l’effondrement du secteur bancaire libanais.

Mais indépendamment de la crise et de la pauvreté, «c’est également l’essence même du fanatisme religieux qui est la cause de cette résurgence des groupes terroristes en Syrie», conclut l’ancien otage des djihadistes.

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Tags:
Daech, Russie, Liban
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