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Dans un rapport, Human Rights Watch accuse les autorités israéliennes de commettre des «crimes d’apartheid» et des persécutions sur les Palestiniens. Pour Taoufiq Tahani, président d’honneur de l’association France Palestine solidarité, seules les pressions internationales peuvent mettre fin à la «violence étatique et systématique» d’Israël.

Israël est une énième fois accusé d’«apartheid». Cette fois-ci, la mise en cause n’émane pas de la société civile palestinienne, mais d’une ONG internationale. Human Rights Watch (HRW) a publié mardi 27 avril un rapport intitulé «un seuil franchi», dans lequel elle accuse les autorités israéliennes de commettre des «crimes d’apartheid» et de «persécutions» à l’encontre des Palestiniens vivant dans les territoires occupés.

Dans cette étude à charge de 213 pages, l’organisation énumère «les lois, les politiques et les déclarations de hauts responsables israéliens» qui viseraient à «maintenir la domination juive israélienne sur la démographie, le pouvoir politique et la terre.» La réaction de s’est pas fait attendre. Gabi Ashkenazi, ministre israélien des Affaires étrangères, a réagi avant même la publication du rapport, déclarant auprès de l’Agence France Presse (AFP) qu’il s’agissait «d’un tract de propagande» rédigé par une ONG avec «un agenda anti-israélien».

Pour Taoufiq Tahani, président d’honneur de l’association France Palestine solidarité, ce document «met enfin en lumière les crimes commis par les autorités israéliennes.»

«C’est la première fois qu’une organisation internationale utilise le mot “apartheid” pour qualifier les pratiques israéliennes. En plus de ça, ce rapport est détaillé. Tel-Aviv craint de voir sa légitimité ébranlée. En plus, ce n’est pas le premier rapport de ce type», estime-t-il au micro de Sputnik.

En effet, l’organisation israélienne B’TSelem avait rédigé un rapport en janvier dernier dans lequel elle accusait ouvertement les autorités israéliennes d’être «un régime de suprématie juive du Jourdain à la mer Méditerranée.» La publication d’Human Rights Watch intervient dans un contexte tendu à Jérusalem, en Cisjordanie et à Gaza.

105 blessés dans des affrontements à Jérusalem

Et pour cause, la police israélienne avait décidé au début du ramadan de bloquer, sans explication, l’accès à la porte de Damas, «lieu emblématique de rencontre pour les Palestiniens surtout en plein mois de ramadan», explique Taoufiq Tahani. De fait, la situation a vite dégénéré. D’un côté, les Palestiniens voulaient se réapproprier cette place publique et de l’autre, la police israélienne a fait usage de la force pour déloger les manifestants. «Mais là, n’est pas le vrai problème», juge notre interlocuteur.

«En parallèle des évènements à la porte de Damas, il y avait des rassemblements de la jeunesse fasciste israélienne», accuse Taoufiq Tahani. «Ils scandaient “mort aux Arabes”, ils ratonnaient les Palestiniens en pleine rue», décrit, furieux, le défenseur de la Palestine avant d’ajouter: «ce n’est pas un épiphénomène, il y a un racisme qui se propage à grande échelle.»

Des heurts ont donc éclaté dans la nuit du jeudi 22 avril entre les partisans de Lahava, un mouvement juif d’extrême droite, des Palestiniens et les forces de l’ordre. Résultat: le Croissant rouge palestinien a fait état d’au moins 105 blessés au cours des affrontements. Du côté de la police, une vingtaine de blessées et une cinquantaine d’arrestations ont été recensées. Pour Taoufiq Tahani, «cet évènement de la semaine dernière confirme encore un peu plus la radicalisation de la société israélienne et cela a été institutionnalisé en 2018.»

Israël devant la Cour pénale internationale

En juillet de cette année, la Knesset adoptait la loi sur «l’État-nation». Cette norme controversée stipulait que seuls les Juifs avaient le droit d’autodétermination en Israël. La langue arabe perdait également son statut de langue officielle, seul l’Hébreu étant reconnu par le gouvernement israélien. Un texte qui a attisé les foudres des militants propalestiniens: Taoufiq Tahani tacle ainsi un «projet de loi inhumain» visant à «judaïser la société au détriment des Palestiniens».

Et sur le terrain, les colonisations ne semblent pas faiblir. Selon le bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), 849 structures palestiniennes ont été démolies ou saisies par Israël en Cisjordanie, dont 175 à Jérusalem-Est en 2020.

«Il y a une vraie violence étatique et systématique. L’armée israélienne assiste les colons dans le dépècement des territoires palestiniens. Seules les enquêtes internationales peuvent inquiéter les autorités israéliennes», espère Taoufiq Tahani.

Tel-Aviv était effectivement monté au créneau en mars dernier pour s’opposer à l’enquête de la Cour pénale internationale sur les crimes de guerre à Gaza en 2014. Le ministre des Affaires étrangères israélien avait même déclaré qu’il s’agissait «d’une décision politique d’un procureur à la fin de son mandat […] qui transforme la cour en un instrument aux mains d’extrémistes et d’organisations antisémites.» De son côté, Taoufiq Tahani reste optimiste devant la mobilisation en faveur des conditions de vie des Palestiniens:

«Israël a peur d’une internationalisation du problème palestinien. Si les ONG et l’opinion internationale font pression sur les gouvernements, les choses peuvent changer. Il n’y a qu’à voir ce qu’il s’est passé en Afrique du Sud il y a une trentaine d’années», conclut-il avec espoir.

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Tags:
colonisation, Palestine, Israël
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