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L’armée israélienne a lancé le 9 mai des manœuvres d’un mois. Cet exercice militaire d’une ampleur inégalée vise à préparer Tsahal à un prochain conflit armé. Pour Alex Issa, chercheur à Science Po Paris, au-delà du message adressé à l’Iran, au Hezbollah et au Hamas, Tel-Aviv veut faire diversion vis-à-vis de ses problèmes de politique intérieure.

Et si Israël se préparait à une guerre de grande en ampleur? Une chose est sûre, Tsahal a lancé les plus grandes manœuvres militaires de son histoire le 9 mai. Cet exercice doit durer un mois. Organisées par Aviv Kochavi, chef d’état-major, ces manœuvres visent à préparer tous les corps de l’armée israélienne à un probable conflit. Tous les soldats, y compris les réservistes, participent à cet entraînement à la frontière libanaise, en Cisjordanie ainsi qu’à la frontière avec Gaza.

«Il s’agit définitivement d’une démonstration de force. Cet exercice militaire pourrait être interprété comme la manifestation d’une puissance régionale autosuffisante, prête à se battre sur plusieurs fronts si nécessaire: c’est un message aux Palestiniens, au Hezbollah et à l’Iran» souligne Alex Issa au micro de Sputnik.

Pour le professeur et chercheur en science politique à Sciences Po Paris, spécialiste du Moyen-Orient, l’importance et la médiatisation d’un tel exercice démontrent en effet qu’Israël veut envoyer message politique très clair.

Prises au premier degré, les manœuvres étudient différents scénarios, de la guérilla urbaine à la bataille frontale. Tous les organes sécuritaires, les ministères de la Défense, des Affaires étrangères et de l’Intérieur, sont également sollicités. Le chef d’état-major israélien entend améliorer la coordination et la liaison entre tous les secteurs de l’armée. Depuis deux décennies, des manœuvres similaires sont organisées entre Israéliens et Américains.

Mais pour Alex Issa, ce n’est pas nécessairement l’exercice en tant que tel qui préoccupe les ennemis d’Israël, mais plus «son timing et son ampleur.» En effet, depuis plusieurs semaines, les tensions sont à leur comble dans la région.

«Tel-Aviv affirme sa supériorité militaire»

Téhéran accuse Tel-Aviv d’être responsable de l’attaque de la centrale nucléaire de Natanz le 11 avril dernier. Les autorités iraniennes estiment également que l’État hébreu est derrière les sabotages des pétroliers iraniens en Mer rouge et au large des côtes syriennes, les 6 et 24 avril derniers.

De son côté, l’Iran n’est pas en reste dans la provocation: commentant les évènements en Palestine, le 7 mai l’Imam Khamenei a décrit Israël comme étant «une base terroriste». . Hussein Salami, chef d’État-major du corps des Gardiens de la Révolution islamique, a affirmé le 5 mai dernier qu’«Israël peut être détruit en un missile

«Cet exercice militaire est un avertissement pour Damas, Téhéran et le Hezbollah», précise le chercheur. À ce propos, le puissant parti chiite libanais est en état d’alerte depuis le lancement des manœuvres de Tsahal. En dépit des attaques verbales, «Tel-Aviv affirme sa supériorité militaire», juge le docteur en science politique.

«Israël ne semble pas se sentir menacé, il s’agit plutôt d’une provocation, parce que ni l’Iran, ni la Syrie, ni le Hezbollah ne sont disposés à se lancer dans une guerre au vu du contexte actuel de chacun», résume-t-il.

Et pour cause, le régime iranien est en pleine négociation avec les Occidentaux en vue d’un retour à l’accord sur le nucléaire. Ainsi, Israël, par ces manœuvres, chercherait à provoquer l’Iran «pour faire capoter l’accord», avance le professeur à Sciences Po Paris.

Israël aurait peur d’un retour de l’Iran dans l’accord sur le nucléaire

Les modérés iraniens, avec à leur tête le Président Hassan Rohani et le chef de la diplomatie iranienne Mohammed Javad Zarif, affirment leur souhait de conclure rapidement un accord avec les États-Unis. Depuis la reprise des négociations à Vienne en avril dernier, les deux pays se parlent par l’intermédiaire des partenaires européens, russes et chinois du Plan d’action global commun (PAGC) signé en 2015. Mais à ce jour, aucun compromis n’a été trouvé. Or, les choses pressent pour le gouvernement iranien, qui souhaite arriver à un accord avant les Présidentielles de juin prochain. Et ce n’est pas du goût des Israéliens, qui cachent difficilement leur mécontentement face à l’Administration Biden.

«L’Administration Trump n’est plus à la Maison-Blanche et la nouvelle politique étrangère américaine semble être, pour le moment, moins axée sur la légitimation des actions israéliennes, notamment avec, entre autres, une volonté de reprise de dialogue avec l’Iran. Donc ces manœuvres militaires sont également un message important aux États-Unis», estime Alex Issa.

«Israël a peur d’un Iran ouvert sur le monde par le biais de l’accord sur le nucléaire», ajoute-t-il. Mais, indépendamment des tensions avec l’Iran, cette démonstration militaire viserait également à faire «oublier les échecs en interne de Netanyahou», considère le chercheur à Science Po Paris.

Problèmes internes: Israël bombe le torse

Le 4 mai dernier, le Premier ministre israélien n’a pas réussi à former un gouvernement. Les autorités israéliennes chercheraient donc, selon notre interlocuteur, à faire «diversion» avec ce déploiement de forces. Embourbé dans une crise sans précédent avec les Palestiniens en Cisjordanie et à Jérusalem, Tel-Aviv pourrait également utiliser ces manœuvres comme moyen de dissuasion. En effet, depuis plusieurs semaines maintenant, les tensions ne cessent d’augmenter entre manifestants palestiniens et forces de l’ordre israéliennes. Rien que pour le dimanche 9 mai, on dénombre des centaines de blessés sur l’esplanade des mosquées dans la ville trois fois sainte. Face à cette situation explosive, Tel-Aviv montrerait ses muscles:

«À chaque fois qu’il y a des élections ou des problèmes internes, le gouvernement israélien procède à une démonstration de force militaire, dans une logique de sécuritisation. C’est un message politique aux Palestiniens, et notamment au Hamas, pour leur faire comprendre qu’Israël n’hésiterait pas à intensifier l’usage de la force armée si nécessaire», conclut Alex Issa.

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Hezbollah, Armée de Défense d'Israël, Israël
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