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L’Iran espère tripler sa production de pétrole. Un rendement pour l’heure impossible à atteindre en raison des sanctions américaines qui entravent son secteur pétrolier, mais aussi l’économie entière du pays. Téhéran est totalement dépendant de leur levée, estime un consultant iranien sur les questions pétrolières.

L’Iran ne manque pas d’ambition, mais en a-t-il les moyens?

Bijan Namdar Zanganeh, ministre iranien du Pétrole, a affirmé vouloir tripler la production pétrolière du pays. «Augmenter la capacité de production pétrolière de l’Iran, c’est accroître la sécurité et le pouvoir politique de l’Iran», a-t-il déclaré le 31 mai. Ainsi l’Iran voudrait-il passer d’une production actuelle de 2,3 millions barils par jour à 6,5 millions.

«Cela n’est en rien un but extravagant ou inatteignable», a-t-il ajouté, comme pour couper court aux critiques. Pourtant, la situation du pays ne prête guère à l’optimisme. En effet, sans retour au sein de l’accord sur le nucléaire et levée des sanctions américaines, un tel essor de productivité iranienne semble difficilement concevable. Un enjeu considérable donc, puisque débarrassé de ces boulets, l’Iran serait en mesure de renouer avec sa gloire d’antan:

«En cas de retour complet au JCPoA [l’accord sur le nucléaire iranien, ndlr.], les exportations de brut et de condensat de l’Iran peuvent facilement passer de 700.000 barils par jour à plus de 2,4 millions de barils par jour. Ses exportations de pétrole (y compris le brut, le condensat et les produits) dépasseront 3,5 millions de barils par jour, soit deux millions de plus que les volumes actuels», estime au micro de Sputnik un consultant iranien sur les questions pétrolières auprès des grands groupes internationaux.

La déclaration du ministre Zanganeh intervient en marge des pourparlers de Vienne. Énième rebondissement dans les négociations, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a fait part le 31 mai de ses inquiétudes concernant la situation de plusieurs sites iraniens non déclarés d’enrichissement d’uranium. Les deux parties semblent toujours camper sur leurs positions initiales. D’un côté, les États-Unis exigent en préalable à toute avancée que Téhéran revienne aux exigences de l’accord de 2015, de l’autre, l’Iran pose comme prérequis la levée totale des sanctions contre l’économie iranienne. Une économie grandement dépendante de l’or noir.

«Hors sanctions, l’Iran serait dépendant à 50% de pétrole, aujourd’hui son rôle est nettement supérieur si l’on tient compte des exportations indirectes de brut», nous explique le spécialiste des questions pétrolières iraniennes, qui souhaite conserver l’anonymat. Ces exportations indirectes représenteraient tous les produits pétrochimiques ainsi que tous les minerais. La principale difficulté pour l’industrie pétrolière iranienne demeurerait donc le poids des sanctions économiques américaines.

L’Iran vend son pétrole sous pavillon irakien

Mises en place dès 1996, elles visaient initialement à limiter les investissements étrangers dans le secteur des hydrocarbures iraniens. Au gré de la conjoncture, les mesures européennes et américaines ont été durcies.

Depuis le retrait de l’accord sur le nucléaire et le durcissement des sanctions américaines en 2018, l’économie de l’Iran est exsangue. En raison de l’extraterritorialité des sanctions américaines, qui fait craindre aux clients potentiels de Téhéran d’être à leur tour dans le viseur de Washington, le pays peine à vendre son pétrole. À ce titre, en septembre dernier, l’Administration de Trump avait sanctionné des entreprises chinoises et émiraties qui vendaient du pétrole iranien. Pour se justifier, le chef de la diplomatie américaine de l’époque, Mike Pompeo, avait déclaré que l’Iran devait «cesser d’utiliser ses ressources naturelles pour financer le terrorisme et la destruction à travers la région.» Dans une logique de pression maximale contre l’Iran, Donald Trump avait également renforcé en novembre dernier les mesures économiques contre le secteur pétrolier iranien.

Sa survie dépendant de l’or noir, Téhéran aurait pourtant trouvé des moyens pour contourner ces sanctions:

«Les sanctions ont fait chuter les revenus provenant des exportations de pétrole brut et de condensat de quelque 90%. La majorité du brut iranien est allé en Chine sous le nom d’autres pays comme l’Irak, Oman, l’Indonésie et la Malaisie», nous explique le consultant iranien.

Or, pour vendre sous faux pavillon, l’Iran doit tout de même abaisser ses exigences et «accorder des remises importantes pour ces volumes, de l’ordre de 10 à 30%.» Un impact désastreux pour l’Iran, qui est loin d’être le seul.

Après l’accord sur le nucléaire, 500 milliards de dollars d’investissement en Iran?

Ce blocus économique imposé à l’Iran n’est pas sans conséquence pour les 82 millions d’Iraniens. Parallèlement aux sanctions contre le pétrole, des mesures sont également prises contre les secteurs de l’aéronautique, de l’armement, des services financiers, des minerais. Les avoirs de certaines personnalités ou entités iraniennes sont gelés et toute transaction en dollars avec l’Iran est interdite. Le pays des mollahs a donc dû mal à attirer des investisseurs étrangers. Résultat: la monnaie iranienne s’est effondrée face aux devises étrangères, la classe moyenne se raréfie, la pauvreté progresse et le chômage toucherait plus d’un quart de la population.

En Iran en tout cas, on espère un miracle:

«En cas d’accord très favorable, ce qui est très improbable, l’Iran bénéficiera des investissements internationaux dans son secteur énergétique, qui peuvent facilement absorber plus de 500 milliards de dollars dans les 20 années à venir», estime le spécialiste des questions pétrolières iraniennes, avant de conclure: «avec la levée des sanctions, la puissance de l’Iran sera plus que jamais boostée».

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États-Unis, pétrole, Iran
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