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1.000: c’est le nombre de frappes israéliennes sur la Syrie ces trois dernières années. Redoutant une présence iranienne à sa porte, Israël bombarde son voisin chaque semaine. Mais pour Caroline Galactéros, présidente du think tank Geopragma, le chef de l’État syrien n’est pas près de se passer de son allié iranien.

L’armée israélienne ne fait pas dans la dentelle. L’aviation de Tsahal aurait mené 1.000 frappes en Syrie ces trois dernières années. L’ultime raid remonte au 8 juin et a entraîné la mort de cinq combattants syriens et trois soldats pro-iraniens, selon l’observatoire syrien des droits de l’homme. «Il n’y a eu que des pertes matérielles», a relativisé de son côté Sana, l’agence de presse officielle syrienne. Israël aurait procédé à des frappes aériennes visant plusieurs localités en Syrie, dans la banlieue de Damas, à Homs et à Tartous. Ces raids proviennent «de l’espace aérien libanais», précise Sana, et ont notamment ciblé un dépôt d’armes appartenant au Hezbollah.

Malgré l’accalmie du conflit, l’État hébreu continuerait d’intensifier ses tirs en Syrie. Une stratégie qui vise à «faire pression sur Damas», explique Caroline Galactéros, docteur en science politique et présidente du think tank Geopragma.

«Officiellement, il n’y a jamais eu de paix entre la Syrie et Israël. La politique israélienne vise à sanctuariser et sécuriser de manière durable ses frontières et surtout la zone contestée du Golan. Dès que des forces étrangères iraniennes, syriennes ou le Hezbollah s’approchent de cette zone, Israël n’hésite pas à frapper», souligne-t-elle au micro de Sputnik.

Mais Tsahal ne peut pas être partout. Durant les hostilités avec le Hamas du 11 au 21 mai, l’armée israélienne n’a pas ciblé la Syrie. Les dernières attaques avant celles du 8 juin datent du 5 mai. Cependant, même si elle était focalisée sur les roquettes palestiniennes, cela n’a pas empêché l’armée israélienne de surveiller de très près les agissements en Syrie. Israël redoutait que l’Iran profite du bourbier gazaoui pour déplacer ses pions en territoire syrien. Au cours du mois de mai, il y aurait en effet eu pas moins de 14 vols liés aux gardiens de la révolution iranienne entre Damas et Téhéran. Tel-Aviv aurait enregistré, à l’aide de signaux et de radars, tous les déplacements de troupes iraniennes. Mais indépendamment des nombreuses frappes israéliennes en Syrie, l’État hébreu aurait un objectif précis en tête.

Bachar el-Assad, «un moindre mal» pour Israël?

Bien qu’ennemi de Damas, Israël considérerait la Syrie de Bachar el-Assad comme «un moindre mal», estime la présidente du think tank Geopragma. Seuls l’Iran et ses milices représenteraient la véritable menace pour l’État hébreu. De fait, par ses nombreux bombardements en Syrie, Tel-Aviv chercherait à mettre Bachar el-Assad dos du mur: les frappes continueront à moins qu’il ne prenne ses distances avec l’Iran. Ainsi, en décembre dernier, le général de brigade Yossi Kuperwasser, ancien directeur général de ministère israélien des Affaires stratégiques et ancien chef de l’aile de recherche du renseignement militaire israélien, déclarait: «Nous voulons empêcher l’Iran de transformer la Syrie en une base iranienne proche d’Israël, ce qui pourrait apporter un changement stratégique radical dans la situation. C’est pourquoi nous continuons à pilonner les bases iraniennes afin qu’elles ne prennent pas le contrôle du pays.»

En effet, les frappes israéliennes ciblent majoritairement les forces iraniennes sur place. La force Al-Qods, le Hezbollah libanais et les autres milices pro-iraniennes sont présents dans les régions proches du Golan, à Damas, à Homs, à Alep, à la frontière irakienne et sur le littoral syrien.

«Pour Israël, il est hors de question que la Syrie se transforme en tête de pont de l’Iran, que ça devienne une base du Hezbollah. C’est leur crainte. Israël cherche à mettre Bachar dans une position délicate. Il a à la fois besoin des Iraniens mais en même temps, s’il les laisse trop agir en Syrie, il se heurte à Israël», résume Caroline Galactéros.

Un dilemme cornélien en somme, en tout cas dans l’esprit des dirigeants israéliens. Mais lors d’un voyage historique à Téhéran en février 2019, Bachar el-Assad a rappelé les objectifs communs: «les relations fraternelles et solides qui lient les deux peuples et qui ont été le facteur principal dans le maintien de la Syrie et de l’Iran face aux complots des pays ennemis qui cherchent à affaiblir les deux États, à ébranler leur stabilité et propager le chaos dans toute la région», avant d’ajouter:

«Téhéran se tiendra aux côtés de Damas dans le processus de stabilisation, de retour des réfugiés et dans le processus de politique interne.»

À en croire de tels propos, la présence iranienne ne serait pas près de diminuer en Syrie.

L’Iran envoie 3,5 millions de barils en Syrie

Et l’Iran a tout à y gagner. Après avoir apporté un soutien de poids au gouvernement syrien, Téhéran entend également sanctuariser son influence en Syrie et obtenir les dividendes de la paix. Fortes de leur présence au sol, les forces iraniennes ont permis à Damas de reprendre de nombreuses villes clés dans le pays, à l’instar de Deir ez Zor, Alep et Homs. Mais Téhéran ne compterait pas uniquement sur le volet militaire. Les mollahs iraniens n’hésitent pas à investir dans les infrastructures.

En effet, la Syrie et l’Iran ont conclu un accord en 2018 pour la construction d’une nouvelle centrale électrique de 540 MW ainsi que pour la réparation de quelques centrales électriques endommagées, notamment celles d’Alep et de Baniyas. Téhéran a également obtenu la gestion du port de Lattaquié en 2019. Et il ne lésinerait pas pour venir en aide à son allié en cas de pénurie d’essence. En avril dernier, quatre conteneurs iraniens ont déchargé une cargaison de 3,5 millions de barils sur les côtes syriennes.

«Les relations avec l’Iran n’ont fait que de se renforcer depuis 2011. Assad le sait, il ne peut pas se passer de Téhéran d’un point de vue sécuritaire et économique. Et la Syrie représente la porte de sortie vers la Méditerranée orientale pour l’Iran. La Syrie est un hub énergétique et un pont économique pour Téhéran», explique la présidente du think tank Geopragma.

Et les choses ne sont pas sur le point de changer. Les élections présidentielles iraniennes approchent, le conservateur Ebrahim Raïssi en étant le grand favori. Partisan d’un renforcement des relations avec «l’axe de la résistance», il revendique une proximité avec la Syrie de Bachar el-Assad.

Pour Caroline Galactéros, cette situation prouve bien que le destin de la Syrie n’est plus entre les mains du Président syrien:

«La Syrie n’est pas un acteur autonome, elle est aujourd’hui tiraillée entre plusieurs influences extérieures qui sont parfois divergentes, notamment entre la Russie, la Turquie et l’Iran. Les décisions que pourrait prendre Bachar el-Assad sur l’avenir de son pays sont soumises à de nombreuses externalités géopolitiques et stratégiques», déplore-t-elle.

Avant de conclure: «La pauvre Syrie est le lieu martyr d’un immense marchandage.»

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Bachar el-Assad, Iran, Israël, Syrie
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