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Une première depuis 2011! Le chef de la diplomatie chinoise s’est rendu à Damas. Cette visite montre l’intérêt croissant de la Chine pour la Syrie. Outre les raisons économiques liées à la reconstruction du pays, Damas serait un atout dans la politique multilatéraliste de Pékin, estime Jean François Di Meglio, président du think tank Asia Centre.

Pékin déplace ses pions en Syrie.

Discret sur le sujet, le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi s’est rendu pour la première fois à Damas depuis le début du conflit en 2011. Au cours de ce déplacement, il s’est entretenu avec son homologue syrien Fayçal el-Meqdad, ainsi qu’avec le Président Bachar el-Assad. «Les deux parties se sont comprises et se sont soutenues sur les questions d’intérêts et de préoccupations mutuels», a noté M. Wang. En effet, outre les questions relatives à la pandémie du coronavirus et l’aide apportée par la Chine, les deux pays ont rappelé leurs objectifs communs, à savoir la lutte antiterroriste, la préservation de l’indépendance et de la souveraineté ainsi que l’opposition à toute forme d’ingérence dans les affaires internes d’un pays.

Pékin envisage également de renforcer sa coopération dans les domaines de l’agriculture et du commerce.

«La Chine a toujours été dans la roue de la Russie»

Ainsi, avec cette visite, les autorités chinoises se positionneraient comme un acteur important de l’après-conflit en Syrie. «Un pas encore plus affirmé de la puissance chinoise sur le terrain», estime Jean-François Di Meglio, président d’Asia Centre, un centre de réflexion et de recherches sur l’Asie contemporaine, et enseignant à l’université Paris Dauphine.

«Les relations entre les deux pays sont anciennes. Avant le conflit, la Chine avait un champ pétrolier dans le Nord-Est, elle avait pris des actifs norvégiens. Il y avait un intérêt pétrolier à la base. Depuis le début de la crise, Pékin a toujours été dans la roue de la Russie, aujourd’hui elle s’affirme de plus en plus comme un acteur incontournable», résume-t-il au micro de Sputnik

«L’intérêt croissant de la Chine est loin d’être anodin», ajoute-t-il. Et c’est peu dire. Depuis 2016, elle chercherait à créer des opportunités d’investissement pour ses entreprises afin de participer à la reconstruction de la Syrie. À cette époque déjà, l’envoyé spécial du gouvernement chinois sur la question syrienne, Xie Xiaoyan, avait déclaré que son pays était «confiant qu’il fera partie du processus de reconstruction d’après-guerre en Syrie.» Même son de cloche du côté de Xi Jinping: le Président chinois a réaffirmé en 2019 que Pékin était «prêt à participer à la reconstruction de la Syrie.» Mais cette reconstruction a un coût considérable: selon l’ONG World Vision, la facture serait estimée à plus de 1.000 milliards de dollars.

Pékin prêt à investir si la Syrie se stabilise

Pour cela, la Chine pourrait inclure Damas dans son projet de nouvelles routes de la soie. En effet, le Moyen-Orient est au carrefour des marchés asiatique et européen. La Syrie deviendrait ainsi un pays de transit pour l’acheminement des produits chinois. «La Chine est dans une politique du Win-Win, des investissements pour des infrastructures», souligne Jean-François Di Meglio.

«Bien évidemment que la Chine est dans une logique mercantiliste avec la Syrie. Elle a des intérêts économiques très précis dans le cadre des nouvelles routes de la Soie. Par sa situation géographique, la Syrie est un élément central de ce projet», relève-t-il.

Pékin reste tout de même prudent: il compterait investir en Syrie si le pays se stabilise. Or, plusieurs éléments viennent entraver sa volonté. La région reste fragmentée et instable sur le plan sécuritaire: plusieurs zones djihadistes demeurent présentes sur le terrain, avec notamment la présence de 5.000 combattants ouïghours. De surcroît, l’Empire du Milieu s’inquiéterait du poids des sanctions américaines sur de futurs investissements. En effet, la loi César, entrée en vigueur en juin 2020, vise à littéralement empêcher les pays étrangers de commercer avec Damas.

Plusieurs projets seraient néanmoins sur la table. Les investisseurs chinois sont intéressés par la construction d’une autoroute Nord-Sud-Est, le réaménagement des ports de Lattaquié et Tartous et la construction de chemins de fer, l’un dans la région de Damas et un autre qui relierait la côte syrienne au port libanais de Tripoli. Indépendamment des opportunités économiques, la Syrie intéresse Pékin pour «des raisons politiques et idéologique», affirme le président d’Asia Centre.

La Chine a utilisé 10 fois son droit de veto à l’Onu sur le dossier syrien

«Qu’on le veuille ou non, il y a eu une guerre entre deux blocs en Syrie et l’Occident a perdu», souligne le professeur de l’université Paris Dauphine. Et ce n’est pas pour déplaire aux autorités chinoises, bien au contraire. Malgré sa relative discrétion sur le dossier syrien, la Chine a tout de même utilisé 10 fois son droit de veto à l’Onu depuis 2011 pour épauler la Russie sur ce dossier. «Il y a eu un alignement politique évident entre Moscou et Pékin dans le conflit syrien», constate Jean-François Di Meglio.

Dans une logique multilatéraliste, le gouvernement chinois a toujours défendu Damas contre les velléités américaines et les politiques interventionnistes. En 2013, alors que Londres, Paris et Washington préparaient une intervention militaire directe contre Damas, Moscou et Pékin avaient fait front commun pour empêcher la chute du Président syrien. En juillet 2020, l’Empire du Milieu avait également utilisé son veto pour le prolongement de l’aide humanitaire destinée à la région d’Idlib, dernier bastion djihadiste en Syrie. La Chine considérait que l’autorisation onusienne violait la souveraineté syrienne et affirmait que la réelle cause de la crise en Syrie était le maintien des sanctions économiques américaines.

«Dans la lecture du multilatéralisme à la chinoise, la Syrie, c’est l’échec monumental de tous les pays occidentaux, c’est le début du renversement de la table. Et ça pour la Chine c’est un message très fort. À travers cette visite diplomatique, c’est également la confirmation que Damas est plus que jamais avec le bloc de l’est», estime le président d’Asia Centre.

Contrairement à l’Occident, la Chine a félicité Bachar el-Assad pour sa réélection en mai dernier. Le Président chinois avait envoyé un télégramme de félicitations à son homologue syrien, affirmant que son pays «soutient fermement la Syrie dans la protection de sa souveraineté, de son indépendance et de son intégrité territoriale et fournira toute l’assistance possible à la Syrie pour lutter contre la pandémie de coronavirus, revitaliser l’économie du pays et améliorer la vie de sa population.»

Bref, sur le dossier syrien, il faudra compter avec la Chine!

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Chine, Syrie, Bachar el-Assad
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