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Retour des talibans au pouvoir en Afghanistan, août 2021 (140)
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Arrivés au pouvoir en Afghanistan, les talibans* ont également pris le contrôle de l'économie du pays.

Au cours des dernières décennies, cette organisation a appris à obtenir des fonds non seulement par l'intense trafic d'opium et d'héroïne: elle a imposé des taxes sur les territoires contrôlés et exigé un tribut des sociétés de transport et des opérateurs mobiles. Elle a par ailleurs reçu de l'argent du Pakistan et des pays du Golfe. Au total, les fondamentalistes avaient plus d'un milliard et demi de dollars par an. Sputnik a essayé de savoir si cela était suffisant pour faire fonctionner un État.

La drogue mais pas seulement

«Il n'y aura ni production de drogue ni contrebande. L'Afghanistan n'est plus un pays où l'on cultive l'opium», a déclaré Zabihullah Mujahid, porte-parole des talibans*. Et d'ajouter qu'une aide étrangère serait nécessaire.

De telles promesses ont été faites plus d'une fois. En 2000, en quête de reconnaissance sur la scène internationale, les islamistes ont interdit la culture du pavot à opium. Les champs ont été détruits. Le trafic de drogue a en effet fortement chuté. Mais lorsque les États-Unis ont envahi l'Afghanistan et que les combattants ont perdu le pouvoir, le trafic d'opium, d'héroïne et de méthamphétamine a de nouveau prospéré.

Des talibans à Kaboul
© Sputnik . Stringer
Des talibans* dans les rues de Kaboul

L'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) estime que l'Afghanistan est le plus grand producteur d'opium au monde. L'année dernière, la récolte de pavot y a augmenté de 37%. La superficie totale des champs dédiés s’élève à 263.000 hectares, ce qui est un record absolu.

Selon les estimations de l'ONUDC, ce trafic rapporte aux talibans* 400 millions de dollars par an. Pendant longtemps, c'était leur principale source de revenus. Cependant ces dernières années, la donne a changé: les islamistes ont diversifié leur économie.

De nombreux revenus différents

Le mollah Mohammad Yakoub, l'un des leaders du mouvement et fils du fondateur des talibans*, le mollah Omar, a appelé à chercher d'autres moyens de gagner de l'argent. Les combattants ont commencé à s'emparer de façon ciblée des régions riches en ressources minérales.

Il y a beaucoup de ressources minières en Afghanistan: cuivre, bauxite, minerai de fer, marbre, lithium, plus de l'or. Elles sont estimées à plusieurs milliards de dollars. De nombreux gisements sont encore intacts. Ceux qui se sont retrouvés entre les mains des combattants rapportent plus de 460 millions de dollars par an. Selon le Financial Times, les acheteurs sont pour la plupart des entreprises privées de Chine, du Pakistan et des Émirats arabes unis.

En mai, l'Onu a rapporté que les revenus annuels des talibans* s'échelonnaient entre 300 millions et 1,6 milliard de dollars. Ils ont collecté 160 millions d'impôts seulement l'année dernière. En s'emparant des provinces, ils ont dévasté le trésor, se sont approprié des armes et des véhicules blindés, et ont également pris de l'argent aux entreprises et à la population.

© AP Photo / Gulabuddin Amiri
Des talibans* hissent leur drapeau à Ghazni, dans le sud-est de l"Afghanistan

Ils ont introduit un impôt de 10% et une taxe pour les services publics (l'électricité à elle seule rapportait deux millions par an), exigé un tribut pour le transit des marchandises et essayé d'entrer dans les sociétés, quelles qu’elles soient. La fourniture de carburant, de cigarettes, de nourriture, de médicaments et de produits de première nécessité constituait une source de revenus à part.

De plus, les talibans* sont aidés depuis l'étranger. Comme l'a révélé BBC News, environ 500 millions de dollars par an proviennent de sponsors privés des pays du Golfe: l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar.

Premières difficultés

«Les talibans* ont construit un empire financier, mais il pourrait être légèrement distendu à mesure qu'ils deviennent le gouvernement afghan», ont prédit les médias occidentaux. Et c’est ce qui est arrivé. Opérant jusqu’ici exclusivement dans des secteurs parallèles de l'économie, ils font déjà face à leurs premières difficultés.

Ne croyant pas aux promesses du nouveau gouvernement, les Afghans se sont précipités dans les banques pour récupérer leur argent, selon les correspondants de Bloomberg travaillant à Kaboul. Cela a sérieusement touché l'économie. Les guichets automatiques manquent de liquidités, les prix montent en flèche. Ainsi, le prix de la farine et du beurre a augmenté d'un tiers. Les rues sont désertes, la plupart des pharmacies sont fermées.

«Le système bancaire est paralysé. L'Afghanistan est un pays dépendant des importations. Ils exportent pour 870 millions de dollars et importent pour 8,6 milliards de dollars. Les talibans* doivent désormais nourrir la population, maintenir l'appareil d'État», a expliqué dans une interview accordée à Sputnik Omar Nessar de l'Académie des sciences de Russie, directeur du Centre de recherche sur l'Afghanistan contemporain.

Soixante-quinze pour cent des dépenses publiques étaient globalement couvertes par l'aide internationale. Kaboul recevait plus de 4 milliards de dollars par an. Désormais, on ne peut plus y compter.

Selon Ajmal Ahmady, président de la Banque centrale afghane, qui a fui le pays, la plupart des fonds accumulés par les autorités antérieures se trouvent hors du pays. Sept des neuf milliards de dollars de réserves de change se trouvent aux États-Unis. L'administration Biden s’apprête à geler ces avoirs.

L'Afghanistan risque de faire face à une flambée de l'inflation, à une dépréciation de sa monnaie et à une augmentation de la pauvreté. Sans oublier l'isolement, si le nouveau gouvernement n'obtient pas la reconnaissance de la communauté internationale. Cependant, Omar Nessar estime que les pays de la région vont bientôt entrer en dialogue avec les talibans*. Cela signifie que le régime pourrait avoir de nouvelles sources de revenus.

*Organisation terroriste interdite en Russie

Dossier:
Retour des talibans au pouvoir en Afghanistan, août 2021 (140)

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Afghanistan, drogue, trafic de drogue, talibans
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