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    VLADIMIR POUTINE A KUALA LUMPUR: UN COUP DE MAITRE

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    MOSCOU, 14 octobre (de notre commentateur Dmitri Kossyrev).

    La participation de Vladimir Poutine au 10e sommet de l'Organisation de la Conférence Islamique qui s'ouvre le 16 octobre à Kuala Lumpur, capitale de la Malaisie, est un coup de maître, pas forcément diplomatique (au sens étroit de ce terme), mais à un niveau plus élevé. Ce que dira le président russe à ce forum, ou même s'il ne dit rien, cela n'a pas l'importance. Théoriquement, il suffit que Vladimir Poutine soit assis parmi les leaders des pays membres de l'Organisation à les écouter et en gardant le silence. Même dans ce cas, son arrivée rehausserait considérablement le prestige de la Russie aux yeux des 1,3 milliard de musulmans des 57 pays qui font partie de l'OCI.

    Le fait est que le fossé qui s'est creusé entre la multitude de musulmans et ce qu'ils appellent l'"Occident" après la guerre en Irak est très dangereux. On peut dire n'importe quoi de la guerre globale contre le terrorisme, mais, pour la majorité des musulmans de nombreux pays, ces paroles ne signifient rien, ou bien elles sont interprétées comme synonyme de guerre contre eux.

    Bien entendu, dans cette situation, George Bush ou Tony Blair ne devaient pas aller à Kuala Lumpur. Mais de nombreux autres leaders du monde auraient pu le faire, en tendant ainsi la main aux leaders musulmans et à leurs pays, en les invitant au dialogue. Mais seul Vladimir Poutine a accompli cette démarche, cependant que Jacques Chirac et Gerhard Schröder se sont abstenus.

    Cette visite est surtout opportune compte tenu des changements inévitables prévus dans le travail de l'organisation. Le premier ministre malaisien Mahathir Mohamad a exprimé les sentiments de ses nombreux collègues en qualifiant, dans son intervention à l'ONU, les états de service de l'OCI de détestables. Chaque sommet de cette organisation adopte au moins 150 résolutions qui restent lettre morte et qui sont répétées minutieusement au nouveau sommet. L'impuissance de l'OCI traduit l'impuissance avec laquelle les musulmans observent ce qui se produit dans notre monde.

    La Malaisie, et pas seulement ce pays, aspire à ranimer l'OCI, tout comme la réorganisation du Mouvement des Non-Alignés a commencé il y a six mois, également sous la présidence malaisienne actuelle. Cette fois, on s'attend à l'adoption de résolutions sur le renforcement du secrétariat et d'autres structures de l'OCI. Des résolutions sur la formation d'un corps musulman de maintien de la paix sous l'égide de l'OCI (pour prévenir ainsi l'ingérence de certaines puissances dans les crises humanitaires et autres, ainsi que les confits entre les pays musulmans) seront probablement adoptées.

    De plus, l'OCI devrait décider aussi de coordonner les efforts des pays membres dans les domaines de l'enseignement, de la science et de la technique, adopter une déclaration musulmane des droits de l'homme. Les leaders des pays dont les avoirs dépassent 200 milliards de dollars, peuvent faire beaucoup pour que les musulmans ne se sentent pas pauvres dans ce monde, persécutés par les grandes puissances et marginalisés par une minorité.

    Mais les rapports du monde islamique "avec l'Occident en général" seront le problème principal dans les années à venir. A quoi peut-on s'attendre: à l'approfondissement de la méfiance et de l'animosité, ou au rapprochement? Le fait qu'un des leaders de l'Occident soit arrivé à la rencontre et qu'il veuille mener le dialogue est une démarche très opportune et efficace.

    N'étant pas membre de l'OCI, la Russie souhaite y adhérer en qualité d'observateur. C'est pourquoi, formellement, Vladimir Poutine a été invité non pas au sommet à titre de participant, mais en qualité d'hôte du gouvernement malaisien. C'est un cadeau offert par le premier ministre malaisien Mahathir Mohamad qui démissionnera à la fin de ce mois. Il n'est pas exclu que Mahathir Mohamad "fasse don" à la Russie, ni plus ni moins, d'une nouvelle politique, plus énergique à l'égard non seulement du monde musulman, mais aussi du monde en voie de développement dans son ensemble. Ou bien offre une chance d'intensifier cette politique au moment historique propice.

    Les principes de la politique de l'URSS à l'égard des jeunes pays indépendants qui venaient de se libérer du colonialisme sont rattachés au nom du ministre des Affaires étrangères de l'URSS Dmitri Chepilov, notamment à sa "découverte" du monde arabe au milieu des années 50, à l'aide apportée aux Arabes au cours du conflit du canal de Suez en 1956, etc. Le sens de cette politique était simple: dans la lutte contre le système capitaliste, le tiers monde est un allié naturel du socialisme.

    Cette politique - très énergique pendant près d'un demi-siècle - a apporté beaucoup de succès à Moscou. Cependant, la fin de la confrontation des systèmes mondiaux signifiait, pour la nouvelle Russie, un certain embarras et l'inactivité dans le monde en voie de développement. Or, à en juger par le nombre de membres du Mouvement des Non-Alignés, il s'agit de 116 pays. D'un autre point de vue, en plus du "milliard d'or", c'est-à-dire du monde développé, la Terre compte encore 4 milliards d'habitants. Même si l'on en déduit 1,3 milliard de Chinois déjà très développés, le reste est tout de même important.

    Le rôle de défenseur et d'ami du monde en voie de développement joué jadis par l'URSS est maintenant assumé avec succès par les proches partenaires de Moscou: la Chine et la France. Il serait très utile de les rejoindre, en relançant notre propre politique, surtout économique, au Proche-Orient, en Amérique latine ou en Afrique. Surtout pour un pays dont l'économie connaît un essor vertigineux et qui a besoin de nouveaux partenaires et de marchés toujours plus nombreux. D'ailleurs, ces derniers mois, Moscou a commencé à agir en ce sens. L'arrivée de Vladimir Poutine à Kuala Lumpur peut également être utile sur ce plan.

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