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    La marche triomphale du film "Le Retour"

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    Par Maria Toupoleva, RIA-Novosti

    Rappelons pour mémoire que le dernier festival international de Venise (27 août - 6 septembre) a connu une sensation : le prix principal, le Lion d'Or, a été décerné au film "Le Retour" du réalisateur débutant russe Andreï Zviaguintsev. Ce même film a reçu le "Lion du Futur", le prix de la première oeuvre. Les deux récompenses essentielles sont ainsi tombées entre les mains d'un seul artiste, un cas sans précédent depuis soixante ans de l'histoire du festival le plus ancien du monde. Le film a été applaudi debout durant un bon quart d'heure. Le triomphe du film de Zviaguintsev est d'autant plus étonnant que "Le Retour" est le premier long métrage du réalisateur. Pour le cinéma russe, c'est la troisième victoire à Venise : en 1962, Andreï Tarkovski avait obtenu le Lion d'or avec "L'enfance d'Ivan", et en 1991, le prix principal avait été attribué au film "Urga" de Nikita Mikhalkov. "L'enfance d'Ivan" était le début cinématographique d'Andreï Tarkovski, comme l'est "Le Retour" pour Andreï Zviaguintsev. Ce n'est pas par hasard qu'on compare de plus en plus souvent ces deux réalisateurs, qualifiant Zviaguintsev de "nouveau Tarkovski".

    Mais la marche triomphale du film russe ne s'y arrête pas. Une cinquantaine de festivals internationaux invitent "Le Retour" pour démonstration, et plus de vingt pays du monde ont acheté les droits de projection.

    Le comité russe pour la nomination aux Oscars présidé par le réalisateur Vladimir Menchov, détenteur de ce prix le plus prestigieux dans le monde du cinéma (qu'il a reçu en 1980 pour son film "Moscou ne croit pas aux larmes"), a présenté le film "Le Retour" comme candidat à la récompense de l'Académie américaine du cinéma, pour l'Oscar du "meilleur film étranger". Le réalisateur russe peut donc espérer une autre victoire.

    Il paraît que les spectateurs russes sont les derniers à voir le film de leur compatriote qui a fait fureur dans le monde. La première officielle à Moscou a eu lieu le 14 octobre ; la projection à Saint-Pétersbourg a débuté le 9 octobre, et les habitants de Novossibirsk, ville natale d'Andreï Zviaguintsev, ont vu le film déjà le 18 septembre. Le début de la projection en Russie est particulièrement important pour le réalisateur qui prétend s'adresser avant tout au spectateur russe. D'autant plus précieuse est la reconnaissance mondiale du film dont l'auteur ne cherchait pas à complaire au spectateur occidental.

    Cependant, seul le paresseux ne s'est pas interrogé comment il est arrivé qu'un artiste inconnu, un réalisateur dilettante, comédien de métier, ait su non seulement réaliser un film professionnel, mais aussi réussir à le projeter à un des festivals les plus prestigieux au monde. "Cherchez la femme !" C'est Raïssa Fomina, directrice de l'agence de distribution "Inter Cinema", qui a diffusé des cassettes du film "Le Retour" aux commissions de sélection d'une trentaine de grands festivals internationaux. Ses activités énergiques ont donné des résultats réels : pour la première fois, un film russe a été choisi par les commissions de sélection des festivals de Locarno, de Montréal et de Venise, qui l'ont inclus dans leur programme. Les créateurs du film ont préféré Venise. "Le Retour" a été également projeté au cours du 28-e festival international de Toronto en automne.

    Le sujet du film d'Andreï Zviaguintsev est apparemment simple : deux adolescents voient leur père, absent depuis nombre d'années, resurgir dans leur vie. On ne sait ni pourquoi il avait quitté la famille, ni où il s'est trouvé tous les dix ans, ni pourquoi il est revenu. "Le Retour" ne raconte pas une histoire. Les événements se déroulent lors du voyage des trois hommes vers une île déserte. En démontrant les relations entre les personnages, les auteurs du film font réfléchir au sens de la vie, au mal et au bien, à la traîtrise et au châtiment, en présentant une vision philosophique du monde.

    Le scénario du film a été réalisé par Vladimir Moïsséenko et Alexandre Novototski, déjà connus en Russie. Ils sont les scénaristes de la série télévisée populaire "Marosseïka" et du film "Vieilles rosses" du réalisateur de renom Eldar Riazanov. Leur professionnalisme a pour beaucoup contribué au succès du film de Zviaguintsev. Selon les auteurs du "Retour", la variante finale du film diffère considérablement de ce qu'on avait prévu initialement. L'histoire a été conçue comme un souvenir d'enfance de deux frères adultes qui habitent aux Etats-Unis. Mais le réalisateur a trouvé important que les événements du film se déroulent conséquemment, ce qui accorde de la tension à la narration. Le film contient des signes de la vie russe des années 1970-1980, mais aussi de la vie contemporaine (comme une Jeep moderne qui passe dans la rue). Le réalisateur a expliqué cet éclectisme par le désir de faire un film où chacun pourrait trouver des traits caractéristiques de sa vie, de sa jeunesse, de son enfance, de ses émotions et de ses impressions.

    "Le Retour" est un film insolite, qui a "du style", pour reprendre Andreï Zviaguintsev. Plein de symboles que le spectateur doit déceler et comprendre, le film exerce une forte influence émotionnelle. Dès les premières séquences se manifeste le travail parfait de l'opérateur Mikhaïl Kritchman. Les prises de vue sont magnifiques. La musique du compositeur Andreï Dergatchev souligne le caractère mystique de ce sui se passe sur l'écran.

    Le réalisateur du film, Andreï Zviaguintsev (né en 1964), comédien de métier, a terminé l'Institut d'art dramatique de Moscou (GITIS). Il a travaillé ensuite dans un théâtre moscovite. Zviaguintsev a fait ses débuts comme réalisateur en 2000, ayant tourné trois courts métrages pour la télévision, dans le cadre de la série "Quatre chambres". "Le Retour" est son premier long métrage.

    Le producteur du film est le directeur général de la chaîne de télévision "REN-TV", Dimitri Lesnevski, producteur général de l'association "REN-film". En 2001, il s'est vu attribuer le titre de "meilleur producteur de l'année". "Le Retour" est son début en qualité de producteur d'un grand film de fiction.

    Vladimir Garine, qui a interprété le rôle du fils aîné dans le film d'Andreï Zviaguintsev, a été sélectionné parmi quatre mille prétendants. Son destin s'est avéré tragique. Vladimir s'est noyé, peu après la fin du tournage, non loin de l'endroit où a été tourné le film. Mystiquement, son personnage avait dû se noyer selon la variante initiale du scénario, mais le sujet a été changé au cours du travail. C'était la première expérience du jeune acteur au cinéma. Vladimir n'a pas pu voir "Le Retour", il n'en a vu que des fragments. Sur la demande des parents du jeune homme, le réalisateur Andreï Zviaguintsev n'a annoncé la tragédie que lors de la cérémonie de remise des prix du Festival de Venise. Les créateurs du film l'ont dédié à la mémoire de Vladimir Garine.

    Le rôle du fils cadet a été brillamment interprété par Ivan Dobronravov. Il avait déjà tourné dans les films "Chercheurs" du réalisateur Andreï Soudilovski et "La Taïga : un cours de survie" d'Alexandre Aravine. Mais le rôle d'Ivan est devenue une véritable réussite pour l'acteur de 14 ans. C'est à travers le prisme de son rôle que le spectateur perçoit le film.

    L'acteur du théâtre "Satirikon" de Moscou Constantin Lavronenko a joué le rôle du père, qui a suscité beaucoup de discussions. C'est à lui qu'on doit une atmosphère dure que crée le film. Il a démontré un monde masculin qui ne tolère rien de secondaire, rien d'étranger, qui effraye et fascine en même temps.

    Le petit rôle de la mère, interprété par l'artiste émérite de la Russie Natalia Vdovina (actrice du théâtre "Satirikon", lauréate de prestigieux prix de théâtre), est cependant surprenant par la force qu'elle exerce sur le spectateur. La mère se reflète dans ses enfants, dans leur regard ouvert au monde, dans leur désir de faire du bien et de repousser le mal.

    Le film "Le Retour" est déjà devenu un phénomène du cinéma mondial.

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