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    Les trésors du Kremlin en Europe

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    par Olga Sobolevskaïa, RIA-Novosti

    L'exposition "Le Kremlin : gloire de Dieu et grandeur des tsars", qui s'ouvrira en février 2004 à la Bundeskunsthalle de Bonn (Allemagne), constituera un événement en Europe. L'histoire du Kremlin sera évoquée sous toutes ses facettes. "C'est la première fois que nous retirons de nos vitrines un si grand nombre de pièces. Le Kremlin est une notion culturelle et géographique, un phénomène historico-culturel, une concentration du pouvoir spirituel et laïc suprême, fait remarquer Zelfira Tregoulova, directeur-adjoint du musée "Le Kremlin de Moscou". C'est là que l'histoire russe se fait depuis le 14e siècle. Nous comptons sur une percée à Bonn, sur un nouvel intérêt pour nos collections qui ne sont pas très connues hors de la Russie".

    L'idée d'organiser une exposition à la Bundeskunsthalle avait été suggérée par son directeur, Wenzel Jakob, éminente personnalité dans le monde des musées européens. Et c'était logique, d'ailleurs. "Des expositions consacrées à deux autres phénomènes historico-culturels, le Vatican et Venise, s'étaient déjà déroulées à Bonn. Telle est la politique de la Bundeskunsthalle. Bonn, qui est un des carrefours de l'Europe, est le meilleur endroit pour accueillir cette exposition. Je pense que là nous pourrons compter sur une audience européenne maximale", explique Zelfira Tregoulova.

    L'exposition a été conçue conjointement par les Russes et les Allemands. "La proposition de Wenzel Jakob a été saluée avec enthousiasme. Nous rêvions depuis longtemps de monter une grande exposition en Europe, dit la vice-directrice du Musée du Kremlin de Moscou. Les plus vieilles pièces datent du 12e et du 13e siècles. Cette section parle des sources artistiques russes et de ce qui a fait par la suite la gloire de Moscou et d'autres centres de la Russie ancienne : Kiev, Vladimir, Novgorod. Nous présenterons des pièces de l'art byzantin : des chefs-d'oeuvre d'argenterie et des icônes, donc celle de Saint Démétrius de Salonique, unique en son genre et connue dans le monde entier. Pour la première fois, nous montrerons à l'étranger des fragments de l'architecture russe en pierre blanche du 14e et du 15e siècles et des bijoux provenant du "Grand trésor du Kremlin".

    En règle générale, les expositions de la Bundeskunsthalle sont précédées d'un programme virtuel d'un quart d'heure reconstituant les aspects extérieurs et intérieurs des monuments architecturaux. Le programme évoquera les "réincarnations" architecturales du Kremlin de Moscou, qui fut d'abord en bois, puis en pierre blanche, et finalement en brique rouge. "En visionnant ce programme, on se croit dans le Kremlin d'antan, à la cathédrale de l'Assomption ou, par exemple, à l'intérieur du Palais à facettes, tels qu'ils étaient aux époques précédentes. Nous disposerons de la version définitive du programme d'ici à 2006, lorsque nous célébrerons le bicentenaire de la fondation de notre Musée", dit Zelfira Tregoulova.

    Des objets du 16e siècle - c'est l'époque d'Ivan IV (dit le Terrible) où des liens avec l'Europe de l'Ouest se tissaient déjà et où des ambassades occidentales apportaient de riches donations - iront eux aussi à Bonn. Il s'agit de pièces d'argenterie anglaise et allemande, de présents des souverains d'Orient. "Face à ces objets exquis, les multiples pièces du 17e siècle - depuis le règne du premier des Romanov, Michel Fedorovitch, jusqu'aux premières années de règne de son petit-fils, Pierre le Grand - semblent surchargés. Eh bien, telle était cette époque, haute en couleurs et pétillante de vie", fait observer la vice-directrice du Musée. En règle générale, les grands musées évitent d'exposer à l'étranger des décorations d'Etat. Mais, pour illustrer le faste des cérémonies du 17e siècle, le musée a décidé de présenter à Bonn des vêtements d'apparat de Pierre le Grand et sa grande croix, ainsi que le bâton et la chaîne d'or de son grand-père, le tsar Michel Fedorovitch. Des donations faites par des monarques aux cathédrales et aux monastères, ainsi que des ouvrages fabriqués par les armuriers et les orfèvres du Kremlin seront eux aussi "en tournée".

    La période entre le 18e et le début du 20e siècles sera représentée par des portraits des empereurs de Russie, portraits d'apparat et aussi miniatures sur des tabatières, ainsi que par les ordres et le trône du fils de Catherine la Grande, Paul Ier. Un chef d'oeuvre de Carl Fabergé, l'oeuf de Pâques "Le Kremlin de Moscou", sera également exposé à Bonn. Sans les Fabergé, toute exposition semblerait incomplète.

    "Certes, quant à l'ampleur de l'expansion à l'étranger, nous le cédons au Musée de l'Ermitage qui a ouvert ses filiales aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. Mais nous non plus, nous ne sommes plus un musée où les billets se vendent au compte-gouttes. Nous sommes prêts à montrer nos richesses au public russe et étranger", dit Zelfira Tregoulova .

    Le musée rétablit les liens avec les établissements culturels des pays d'ex-URSS, organise des expositions dans les villes de province russes dont les habitants ne peuvent parfois se payer un voyage dans la capitale. "Mais nous sommes de plus en plus présents à l'étranger. D'importantes expositions ont été organisées aux Etats-Unis : elles englobaient la période entre le 17e et le début du 20e siècles et étaient destinées à un public non averti", dit Zelfira Tregoulova. L'argenterie ouest-européenne provenant des collections du musée a été exposée en Suède et en Pologne, ainsi qu'en Allemagne, au Musée national de Nuremberg.

    En 1997, les richesses de la couronne britannique sont allées à Moscou et celles des tsars de Russie au usée de la Tour de Londres. En décembre prochain, l'exposition consacrée au 450e anniversaire des relations diplomatiques russo-britanniques évoquera les contacts entre Moscou et Londres depuis l'époque d'Ivan le Terrible jusqu'à celle de Pierre le Grand. Outre des musées britanniques, plusieurs collections russes présenteront leurs pièces dans le cadre de ce projet.

    "Nous développons nos relations avec le Louvre aussi. Nos pièces ont participé l'année dernière à son exposition "Un temps d'exubérance : les Arts décoratifs sous Louis XIII et Anne d'Autriche". Déjà, nous avons l'accord du Louvre pour exposer à l'automne 2004 les bijoux de la couronne française provenant des collections de Louis XIV. Cette manifestation se tiendra dans le cadre de tout un programme d'expositions des richesses de rois d'Europe au Kremlin et des négociations sont en cours avec des musées de Dresde, de Prague et de Vienne. Les muséologues français sont, à leur tour, désireux de recevoir au Louvre, de 2005 à 2006, une exposition d'icônes en châssis", fait observer la vice-directrice du musée du Kremlin de Moscou.

    "L'absence de surfaces d'exposition est notre problème le plus grave. Nous nous étouffons, nous sommes pieds et poings liés. Si d'autres musées se voient en fin de compte accorder de nouveaux bâtiments, par exemple, l'Ermitage et le Musée russe de Saint-Pétersbourg, nous sommes privés de cette possibilité. Seule la reconstruction d'un espace au rez-de-chaussée du Palais des Patriarches pourrait remédier à la situation : une nouvelle salle moderne y accueillera ses premiers visiteurs en 2005", dit Mme Tregoulova.

    Nous sommes confrontés à une pénurie de spécialistes qualifiés qui pourraient travailler avec des monuments comme les cathédrales de Kremlin et ce problème doit être réglé incessamment, par l'Etat, souligne la vice-directrice du musée du Kremlin de Moscou.

    Le Musée a donc appris à gagner sa vie et, comme d'autres trésoreries, ne peut se plaindre de l'absence de souci de la part de ses sponsors. Ses collections s'enrichissent, lentement mais sûrement. Reste à attirer les intellectuels qui, jusqu'ici, fréquentent plus volontiers le Musée des Beaux-Arts Pouchkine, la Galerie Tretiakov ou le Musée d'histoire. Il semble que le Musée du Kremlin s'apprête sérieusement à concurrencer ses "rivaux".

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