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    L'affaire "IOUKOS" ne se répercuterait pas sur les réformes engagées en Russie

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    par Raïssa ZOUBOVA

    Deux semaines après l'arrestation (le 26 octobre) du patron du groupe pétrolier "IOUKOS" Mikhail Khodorkovski, les passions se sont, pour l'essentiel, apaisées, comme si les hommes politiques, le monde d'affaires et les analystes de la Russie avaient décrété une pause pour faire le point de la situation.

    Après avoir réagi à la nouvelle par la chute des actions, les marchés ont corrigé leur cours deux jours plus tard. La nouvelle de la démission de Mikhail Khodorkovski de la présidence de la compagnie annoncée le 3 novembre a fait monter le cours des actions. Les propos sur le renoncement du Kremlin aux réformes libérales, sur la déprivatisation et la menace contre les libertés démocratiques en Russie, ne se font plus entendre. Selon les sondages d'opinion, le soutien de la population aux actions des autorités à l'égard de "IOUKOS" s'est accru depuis juillet dernier, lorsque Platon Lebedev, un des principaux actionnaires de la compagnie a été arrêté. Seuls les libéraux de droite sont indignés, mais ils ne constituent, d'après les estimations les plus optimistes, que 15 % de la population.

    L'arrestation de Mikhail Khodorkovski a tout d'abord mis les entrepreneurs en état de choc nerveux et émotionnel. La corporation a demandé audience au président à laquelle Vladimir Poutine a opposé une fin de non-recevoir en déclarant qu'il n'y aurait pas de marchandage et que le parquet avait probablement des raisons pour traiter ainsi l'homme le plus riche de Russie. Il a proposé de mettre un terme à la campagne d'hystérie et a recommandé aux ministres de ne pas participer à la discussion publique sur la compagnie "IOUKOS".

    Les émotions se sont apaisées, mais la tension demeure dans les milieux politiques. Le porte-parole du Département d'Etat américain a exprimé son inquiétude devant la tournure prise par les événements, ce qui a suscité une cinglante riposte du ministère russe des Affaires étrangères. La démission du chef de l'administration présidentielle Alexandre Volochine, qui a eu lieu peu après, est consécutive à la crise qui continue autour de la compagnie "IOUKOS". Le président Vladimir Poutine l'a d'ailleurs reconnu en disant que le scandale a provoqué des remaniements au sein de l'administration qui, d'ailleurs, auraient eu lieu tôt ou tard.

    Le Parquet général a formulé à l'encontre de Mikhail Khodorkovski six chefs d'inculpation: notamment, évasion fiscale, accaparement de biens d'autrui et escroquerie. Pour satisfaire les plaintes, le parquet a saisi un important paquet d'actions de "IOUKOS". Malgré le souhait nettement exprimé par le président Vladimir Poutine, le premier ministre Mikhail Kassianov et le chef nouvellement nommé de l'administration présidentielle Dmitri Medvedev ont douté du bien-fondé juridique de cette mesure.

    Les causes de cette offensive des autorités contre la plus grande compagnie pétrolière russe restent obscures pour la société et les experts. La minimisation des impôts et l'emploi de schémas semi-légaux étaient ordinairement pratiqués par les hommes d'affaires dans les années 1990. Les prétentions avancées aujourd'hui par le parquet envers "IOUKOS" peuvent concerner toutes les sociétés commerciales russes, grandes, moyennes ou petites. Cet état de choses avait à l'origine, pour beaucoup, l'imperfection du système fiscal, indiquent les experts. Après l'entrée en vigueur du nouveau Code fiscal en 2001, les entreprises russes illégales ont été vite légalisées.

    La presse énonce des hypothèses différentes sur les attaques contre "IOUKOS", elles sont déjà bien connues: l'intervention trop énergique de Mikhail Khodorkovski dans la politique, son intention de vendre la compagnie "Ioukos" à l'un des géants pétroliers transnationaux sans le visa des autorités, le désir de certains groupes politiques non concernés par la privatisation des années 1993-1995 de procéder au nouveau repartage de la propriété en Russie.

    Quelle sera l'issue de l'affaire "IOUKOS"? Le pouvoir, avancera-t-il les accusations analogues à d'autres géants? Voici ce qui préoccupe aujourd'hui l'opinion russe. Pour le moment, la majorité des analystes sont optimistes: ils ne croient pas que ce qui se passe autour de la compagnie "IOUKOS" témoigne d'un changement d'orientation politique et économique des dirigeants du pays. Interviewé par des journalistes italiens à la veille de sa visite en Italie, le président Vladimir Poutine a confirmé une fois de plus qu'il n'y aurait pas de révision des résultats de la privatisation des années 90 et que les réformes libérales continueraient.

    Les politologues sont presque unanimes à affirmer que la crise autour de "IOUKOS" n'aura d'effets substantiels ni sur les résultats des élections législatives de décembre prochain, ni sur ceux de l'élection présidentielle du printemps 2004. Selon l'opinion qui prédomine dans les milieux politiques, une instruction transparente, rapide et compétente de l'affaire "IOUKOS" débouchant sur un procès ouvert serait la meilleure issue à la crise. Selon certains signes, le pouvoir qui n'est pas indifférent à l'avis du monde extérieur, des intellectuels russes et de l'opinion publique démocratique le souhaite aussi.

    L'instruction de l'affaire Lebedev a été bouclée en un mois. Deux semaines ont suffi pour enquêter sur les faits d'évasion fiscale incriminés à Vassili Chakhnovski, autre copropriétaire du groupe "IOUKOS" qui n'a pas été arrêté, mais qui s'est engagé par écrit à ne pas quitter son lieu de résidence. Après l'indignation exprimée par les entrepreneurs, le parquet a levé la mesure saisie d'une partie des actions de "Ioukos". Des conditions confortables ont été créées en prison pour Mikhail Khodorkovski. Il y a un téléviseur, un réfrigérateur dans sa cellule, il reçoit des colis et lit au choix des livres sur l'histoire de la Russie qui font partie de la bibliothèque de prison.

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