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    Le nouveau destin du Théâtre Mariinski

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    Pendant de longues années la couronne de la scène russe, le Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg, s'était empoussiérée dans le grenier de l'empire soviétique, cédant la palme au Bolchoï.

    Pendant de longues années la couronne de la scène russe, le Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg, s'était empoussiérée dans le grenier de l'empire soviétique, cédant la palme au Bolchoï. Tout comme d'ailleurs Saint-Pétersbourg s'était incliné devant Moscou. Cependant aujourd'hui la ville sort de sa torpeur et aspire à recouvrer sa gloire d'antan. Il semble y avoir deux raisons à cela: la récente célébration du Tricentenaire de l'ancienne capitale impériale et la présence au Kremlin d'un président issu de Saint-Pétersbourg.

    Saint-Pétersbourg est en pleine renaissance, la ville fondée par Pierre le Grand fait peau neuve. Et sur ce plan le nouveau destin du Théâtre Mariinski est assurément l'élément le plus marquant des réformes de ces derniers temps. Les ambitions du directeur artistique et chef d'orchestre principal du théâtre, Valéri Guerguïev, son talent de musicien et d'administrateur enthousiasment les fans de l'établissement.

    La vieille scène impériale, que d'aucuns n'auraient pas hésité à envoyer dans un musée de reliques, a lancé un concours international concernant la création d'une seconde scène du théâtre et l'inimaginable s'est produit: l'épreuve a été remportée par l'architecte français Dominique Perrault. Celui-ci a proposé de couvrir le quartier urbain ceignant le théâtre et le nouveau bâtiment d'un treillis d'or dont les reflets s'harmoniseront avec les coupoles dorées de la cathédrale Saint-Isaac et la flèche, dorée elle aussi, de la forteresse Pierre-et-Paul.

    Cette idée on ne peut plus singulière a vaincu la morosité du bon sens. Saint-Pétersbourg n'avait probablement pas connu de dessein d'une aussi grande envergure depuis Catherine la Grande. En effet, pour la Russie ce projet peut-être comparé au quartier de la Défense à Paris ou encore à l'Opéra de Sydney. Le gouvernement russe va allouer 500 millions de roubles rien que pour le début des travaux.

    Ces gestes pleins de force et d'élégance cadrent parfaitement avec l'esprit du théâtre et de son leader, Valéri Guerguïev. C'est d'ailleurs avec ce même tempérament et cette même passion que le chef d'orchestre attaque les opéras de Wagner qu'il affectionne. Devenu figure emblématique du théâtre mondial, dirigeant des concerts dans les salles les plus prestigieuses de l'Ancien et du Nouveau mondes, par exemple au Carnegie Hall, Valéri Guerguïev entend naturellement donner de la brillance à sa propre scène et triompher du Bolchoï dans la rivalité sourde qui oppose les deux établissements. Un triomphe qui est désormais acquis par le Mariinski.

    Pendant que le Bolchoï restait fidèle au sempiternel classique - il vient quand même de se décider à solliciter les services d'Alexeï Ratmanski, un brillant chorégraphe moderne - le théâtre Mariinski a été le cadre de plusieurs sensations. La première est le ballet Casse-noisette sur une musique de Piotr Tchaïkovski et mis en scène par le peintre novateur Mikhaïl Chémiakine. Celui-ci a imaginé des décors et des costumes fantasques et aussi mis en scène des danses étranges dans l'esprit des fantaisies lugubres de l'Italien Collo. Cet étranger à la profession a introduit l'humour noir et le grotesque dans le ballet. Toutes ces "grimaces" faites à la grâce conviennent parfaitement à l'atmosphère ressentie par l'auteur du sujet, Amadeus Hoffman. L'alliance des deux étoiles Guerguïev-Chémiakine a reveillé un très vif intérêt pour le Mariinski. Les balletomanes moscovites prennent le train pour aller à Saint-Pétersbourt assister à la première. Du jamais vu.

    L'opéra lui aussi est en plein renouveau.

    A part les grandes mises en scène de Wagner le répertoire du théâtre comporte toute une constellation d'oeuvres passionnées de Puccini: Madame Butterfly, la Bohème et Turandot. Depuis quelques jours le rôle du prince Calaf est tenu par le coryphée de l'opéra mondial, Vladimir Galouzine, qui lui aussi appartient à l'équipe que Valéri Guerguïev avait constituée voici une vingtaine d'années. Le Bolchoï est préoccupé par les succès du Théâtre Mariinski. Moscou ne veut abandonner la palme en rien, même pas dans le domaine de l'innovation radicale. Et il est indéniable que seule la rivalité peut expliquer ces deux démarches inattendues du Bolchoï: la commande d'un opéra moderne à l'écrivain Vladimir Sorokine, qualifié de pornographe par la critique conservatrice, et l'engagement de l'extravagant Youri Grymov en qualité de conseiller en image. Désormais c'est lui qui aura la responsabilité de tout ce qui fait la référence du Bolchoï, depuis les programmes et jusqu'aux jetons de vestiaire.

    Cette rivalité du Bolchoï et du Mariinski, elle est suivie par des milliers de regards dans les deux villes, les deux capitales de la Russie. Au demeurant, aucun vainqueur ne sortira de ce duel opposant les deux titans de la scène. Et s'il y en a quand même un, ce sera le public.

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