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    L'interview accordée à RIA-Novosti par Mikhaïl Kamynine, ambassadeur de la Fédération de Russie en Espagne

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    Question : On connaît bien que les positions de Moscou et de Madrid en ce qui concerne la guerre en Irak étaient diamétralement opposées. Quel impact ces divergences ont-elles eu sur les relations bilatérales ?

    Réponse : En effet, les approches des deux capitales des événements en Irak, surtout à leur étape initiale, étaient différentes. Cela n'a toutefois pas eu de conséquences négatives pour le développement de notre coopération l'année dernière. Tout ce qui était inscrit dans l'agenda bilatéral était réalisé. D'autre part, nous n'avions pas dramatisé dès le début nos divergences concernant l'Irak, en nous concentrant, dans le travail mené en direction des Espagnols, sur la tâche qui consistait à faire rentrer le problème irakien dans le cadre juridique international, à régler la crise, à remettre au plus vite le pouvoir aux Irakiens et à trouver la solution à des problèmes humanitaires. En un mot, nos relations avec l'Espagne qui ont passé en 2003 par une nouvelle épreuve de force ont manifesté leur caractère mûr et civilisé. Il va de soi que cela est devenu possible grâce à une notable réserve positive accumulée ces dernières années dans les relations bilatérales et à un climat unique de compréhension mutuel, y compris au sommet. "La page irakienne des divergences" a été tournée dans les relations russo-espagnoles et nous avons toutes les raisons d'envisager l'avenir avec optimisme.

    Question : Quelles sont à votre avis les événements les plus intéressants survenus dans les relations bilatérales l'année dernière ?

    Réponse : Dans l'ensemble, l'année 2003 a été marquée par un grand dynamisme dans le dialogue politique, dans les contacts économiques et culturels. Mais je crois que c'est un accent plus net mis sur la composante régionale dans les rapports bilatéraux qui en constitué l'aspect foncièrement nouveau. En avril - en pleine opération militaire en Irak, d'ailleurs - la présentation de la Région fédérale du Sud s'est déroulée avec un grand succès à Madrid. Y ont pris part plus de 500 chefs d'entreprise russes et espagnols et le représentant plénipotentiaire du président dans la Région, Viktor Kazantsev, qui a conduit notre délégation, a été reçu par le prince héritier Felipe. Cette mesure a permis d'établir un contact direct entre les hommes d'affaires de nos pays et d'engager au maximum les possibilités que les régions ont sur le plan du développement de la coopération économique extérieure. L'initiative lancée à Madrid continue de gagner du terrain et un forum analogue est projeté pour l'été prochain à Rostov-sur-le-Don. Les Espagnols sont déjà intéressés à mener à Madrid une présentation de la Région fédérale du Nord-Est.

    Avec satisfaction, on peut constater qu'une diversification plus poussée a aussi marqué les liens russo-espagnols. Pour la première fois, le président de la Cour des comptes russe, Sergueï Stepachine, s'est trouvée en Espagne pour une visite de travail. Les contacts parlementaires se sont multipliés, y compris au niveau des comités et des commissions des organes législatifs des deux pays. Le président du Conseil de la Fédération, Sergueï Mironov, s'est rendu à Madrid en visite officielle et la présidente du Congrès des députés d'Espagne, Luisa Rudi, a séjourné à Moscou. Le vol du spationaute espagnol, Pedro Duque, à bord d'un vaisseau russe sur la Station spatiale internationale a constitué également un événement notable. L'intérêt des Espagnols pour le russe et notre littérature renaît : 2003 a été une année record pour le nombre de traductions d'oeuvres littéraires des classiques russes. Aucun des nombreux festivals organisés en Espagne est déjà impensable sans la participation d'artistes russes.

    Question : Quels étaient les sujets majeurs du dialogue politique ?

    Réponse : Avant toutes choses je tiens à attirer l'attention sur le fait que le dialogue politique entre nos deux pays a continué d'avoir un caractère amical, partenarial, d'être orienté vers l'avenir. Dans le cadre des actions consacrées au Tricentenaire de Saint-Pétersbourg, la Russie a reçu une visite du prince héritier Felipe qui a eu un entretien avec le président Vladimir Poutine. Le ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov, a effectué deux voyages à Madrid pour procéder à un échange de vues sur un large éventail de problèmes bilatéraux et internationaux. Le mécanisme des consultations au niveau des services diplomatiques a très bien fonctionné : plus de dix rencontres ont eu lieu.

    En 2003, la Russie et l'Espagne ont coopéré activement dans le règlement des principaux problèmes mondiaux et régionaux et notamment pour faire face aux nouveaux défis et menaces. L'élection de l'Espagne au Conseil de sécurité de l'ONU pour la période 2003-2004 a offert à nos deux pays des potentialités nouvelles pour coordonner nos activités au sein de cette organisation universelle. Des efforts concertés ont été produits dans le domaine du désarmement et de la non-prolifération des armes de destruction massive, pour régler des conflits régionaux, en premier lieu au Proche-Orient, en Afghanistan et au Sahara occidental. La coopération s'est développée également en ligne ascendante au niveau de l'Union européenne et de l'OTAN. Grâce, à bien des égards, à l'assistance de Madrid notre coopération avec ces organisations devient de plus en plus pratique et débouche sur des terrains nouveaux.

    Question : Quelles sont à votre avis les perspectives de la coopération avec l'Espagne dans la lutte contre le terrorisme ?

    Réponse : Malheureusement, nos deux pays ont appris par leur propre expérience ce qu'est le terrorisme. Depuis ces quarante dernières années l'Espagne est obligée à faire face à l'extrémisme et au séparatisme agressif basque. Dans notre pays nous avons la plaie du terrorisme tchétchène qui n'est pas encore cicatrisée complètement. L'Espagne et la Russie ont acquis une expérience à bien des égards inédite de lutte contre la terreur qui pourrait être utile pour faire face avec efficacité à la "peste du XXIe siècle". En ce qui concerne l'aspect international du problème, nous coopérons de façon constructive avec la présidence espagnole au Comité contre-terrorisme du Conseil de sécurité de l'ONU. D'une façon générale, nous jugeons positivement les efforts déployés par nos collègues espagnols en cette qualité pour renforcer le potentiel antiterroriste du Conseil de sécurité et aider les Etats à perfectionner leurs législations nationales. La Russie est prête à continuer d'agir ensemble dans cette sphère.

    Question : Pourriez-vous caractériser brièvement la composante économique des relations russo-espagnoles ?

    Réponse : Il n'y a pas eu de changements fondamentaux en 2003 dans ce domaine. Cependant, les deux parties ont jeté des bases pour donner une dimension nouvelle à ce volet de la coopération bilatérale dans l'avenir le plus proche. Il s'agit, comme je l'ai déjà dit, de renforcer le rôle des régions, de rétablir l'activité des comités de coopération d'affaire Russie-Espagne et Espagne-Russie, d'accorder davantage d'attention aux projets d'investissement. A propos, le problème de l'augmentation des investissements espagnols dans l'économie russe devient de plus en plus prioritaire. A l'heure actuelle, le montant des investissements espagnols en Russie dépasse à peine le cap des 100 millions d'euros, chiffre nettement en dessous des potentiels de nos deux pays.

    En ce qui concerne le commerce, les résultats ne sont pas, somme toute, mauvais : 2 milliards de dollars de chiffre d'affaires l'année dernière. Dans le monde contemporain, les rapports économiques sans investissements et sans entreprises conjointes sont comme un arbre sans racines. Les investissements seront l'une des grandes priorités à l'ordre du jour de la 4e session de la Commission intergouvernementale pour la coopération économique et industrielle qui se tiendra à la fin du mois. Il s'agira de projets à réaliser en Russie dans le secteur énergétique, dans l'industrie alimentaire et dans celle du tourisme, ainsi que de projets de modernisation de la marine de commerce et de pêche.

    Question : Quelles sont les perspectives des relations russo-espagnoles en 2004 ?

    Réponse : L'année prend un bon départ. A la fin du mois, une importante délégation russe conduite par le vice-premier ministre Viktor Khristenko visitera Madrid où elle participera à une session de la Commission intergouvernementale. A l'ordre du jour, une visite de travail d'Igor Ivanov à Madrid. Plusieurs dirigeants espagnols, notamment le ministre de la Défense Federico Trillo et le président du Sénat Juan Jose Lucas, visiteront prochainement notre pays. Le bon départ nous permet d'affirmer avec certitude que la coopération entre nos deux pays ne cessera de se développer dans les plus divers domaines et de s'inscrire harmonieusement dans les processus qui se déroulent au niveau global et européen.

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