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    Universités privées: la déception grandit

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    MOSCOU, 10 mars (par Olga Sobolevskaia, commentatrice de RIA-Novosti). Les établissements d'enseignement supérieur privés dispensent une mauvaise instruction, a déclaré Viktor Sadovnitchi, recteur de l'Université d'Etat Lomonossov de Moscou, principale école supérieure de Russie. Les étudiants partagent cet avis.

    "J'ai choisi l'Université privée, parce que je n'ai pas trouvé à l'Université d'Etat la spécialité qui m'intéresse, a dit Nina Sourkova, 25 ans, spécialiste du tourisme. Mais j'ai été déçue: après avoir étudié deux ans, j'ai quitté cet établissement. L'Université privée fournit des connaissances insuffisantes, les professeurs n'enseignent pas toute l'année, ils changent sans cesse, car seulement quelques-uns d'entre eux sont titulaires". Les professeurs titulaires des écoles supérieures privées constituent, en moyenne 15 à 17 %. La part des enseignants ayant un grade scientifique n'atteint pas 30 %.

    Le statut des écoles supérieures non étatiques est défini par la loi "De l'éducation" de 1992 qui les a dispensées de la taxe à la valeur ajoutée et les a obligées à investir leurs bénéfices dans leur développement. La Russie compte aujourd'hui presque autant d'Universités et d'Instituts privés que d'établissements d'enseignement d'Etat, soit environ 600. Mais les établissements d'enseignement privés ne comptent que 7 % des étudiants russes.

    Le fait est que la plupart des écoles supérieures privées délivrent une attestation d'instruction alors que la formation proprement dite est médiocre. 70 % des jeunes qui veulent y entrer n'ont pas réussi, en général, à intégrer les Universités et les Instituts d'Etat. En règle générale, les écoles supérieures privées admettent les jeunes sans examens d'entrée. Plus de 150 écoles supérieures privées travaillent jusqu'à présent sans licence, en s'attribuant les noms pompeux de filiales des Instituts de la capitale.

    En formant tels ou tels spécialistes, les Universités privées tiennent compte, avant tout, de la situation sur le marché du travail. Ainsi, au début des années 90, les économistes, les juristes, les comptables, les psychologues et les sociologues ont été très demandés, mais les écoles supérieures d'Etat n'ont pas pu satisfaire entièrement la demande du marché en spécialistes de ce type. Les écoles supérieures privées se sont mises à combler cette "lacune". Elles continuent à former plus de 30 % des psychologues, autant de juristes et plus de 40 % des économistes. Il est vrai, les représentants de ces professions sont déjà en surnombre sur le marché du travail.

    Les études dans une école supérieure privée coûtent, en moyenne, 1 600 dollars par an. 90 % de ces écoles forment des spécialistes des sciences humaines. Les meilleures écoles privées ont des chaires dans les meilleurs Instituts d'Etat et invitent des scientifiques de renom et des enseignants hautement qualifiés à faire des conférences et à diriger des séminaires. Certaines écoles supérieures privées ont même réussi à se faire connaître sur le marché international: ce sont, par exemple, à Moscou, l'Institut de droit international et d'économie, l'Université internationale, l'Académie financière et juridique et l'Université d'écologie et de politologie, à Saint-Pétersbourg, l'Institut bancaire international, à Ekaterinbourg, l'Institut des sciences humaines de l'Oural.

    Les écoles supérieures privées qui se respectent font des réparations dans leurs bâtiments, ne lésinent pas sur les dépenses en acquérant des équipements pour les études, y compris des ordinateurs, des manuels et du matériel didactique. Les meilleurs Instituts privés ont des complexes sportifs bien équipés. Cependant, seulement 28 % de ces établissements disposent de ressources financières pour garantir des études de bonne qualité et développer leur base matérielle et technique.

    En règle générale, les diplômés des Instituts privés ont des difficultés à trouver du travail. "Moi et mes copains, nous avons plus de mal à trouver un emploi que les diplômés des Universités d'Etat, a fait remarquer l'écologiste Valeri Kislov, 27 ans. Les Agences de l'emploi leur accordent la préférence". D'ailleurs, les bonnes écoles supérieures privées fondent leurs propres centres de placement.

    Les Instituts et les Universités privés connaîtront, en perspective, de dures épreuves, seulement les plus forts d'entre eux résisteront. Vers 2008, les conséquences de la crise démographique des années 1990 se feront surtout sentir: il n'y aura que 1,3 million d'élèves sortant des écoles secondaires sur 1,7 million de places gratuites dans les établissements d'enseignement supérieur d'Etat. Par conséquent, les Universités privées auront peu d'étudiants.

    Quoiqu'il en soit, la lutte opiniâtre pour l'existence sera utile au secteur de l'enseignement privé. Les bonnes Universités non étatiques se sentiront plus à l'aise, les mauvais établissements disparaîtront.

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