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    Vladimir Poutine déclare la guerre à la narcomafia

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    MOSCOU, 31 mars - Vladimir Simonov, commentateur politique de RIA Novosti. Les armes de destruction massive et les gens irresponsables, c'est terrible. Le terrorisme international, c'est effrayant. Cependant, les seringues d'héroïne, les cachets d'Extasy et autres drogues ne sont pas moins dangereux pour la sécurité nationale de la Russie. La narcomafia se livre à une véritable agression contre l'avenir du pays et il faut l'arrêter.

    Ces propos alarmants, ils ont été prononcés mardi par le président Vladimir Poutine au cours d'une conférence tenue au Service fédéral de contrôle des stupéfiants et à laquelle assistaient les responsables du ministère de l'Intérieur et d'autres départements dits de force (défense, sécurité, etc.).

    Le président avait toutes les raisons de battre le tocsin. La situation dans ce domaine est quasi catastrophique. Au cours des années 90, le nombre de toxicomanes officiellement enregistrés a augmenté de neuf fois pour dépasser 450.000. Ceux qui ont échappé à l'enregistrement constituent de 3 à 5 millions selon les estimations. Ainsi qu'un parlementaire l'a tristement fait remarquer, les candidats présentés aux élections par les toxicomanes russes franchiraient allègrement la barre des cinq pour cent et constitueraient une fraction à la Douma (chambre basse du parlement).

    Surtout que les fractions en place ne s'empressent pas de durcir la loi sur les stupéfiants. Ce texte ressemble pour le moment à un gardien sourd-muet. Il interdit la consommation des stupéfiants mais n'établit aucune responsabilité. Cela signifie que se piquer est prohibé mais si on le veut beaucoup on le peut. Aussi la narcomanie russe évolue-t-elle rapidement. D'abord elle rajeunit: présent à la Conférence, le ministre de l'Education et de la Science, Andreï Foursenko, a admis qu'un adolescent russe sur trois avait déjà goûté à la drogue, soit 4 millions de personnes. Le plus terrible, c'est que depuis les années 60 la part de l'héroïne dans la consommation est passée de 0 à 28 pour cent. D'où une montée en flèche de la mortalité. Le sculpteur russe Mikhaïl Chemiakine a manifestement visé juste en installant sur une place en plein coeur de Moscou un épouvantail brandissant une seringue.

    Les stéréotypes psychologiques de l'époque soviétique gênent, entre autres choses, l'attaque lancée contre la toxicomanie. Aux yeux de l'opinion, le toxicomane est davantage un délinquant qu'un malade. D'où l'attitude correspondante à l'égard des mesures modernes visant une atténuation de la nocivité des stupéfiants. Il a suffit que quelques points d'échange de seringues jetables usagées contre des neuves s'ouvrent à Iékaterinbourg pour que onze professeurs de l'Académie de médecine ouralienne publient une lettre ouverte courroucée: faire cesser, fermer, jusqu'où sommes-nous arrivés!

    Sur cette toile de fond on comprend pourquoi les organes russes de maintien de l'ordre ne réussissent qu'à saisir 10 pour cent seulement des substances narcotiques et psychotropes en circulation sur le marché illicite. N'importe quel Russe peut en moins d'une heure se procurer une dose de drogue. Il lui suffit pour cela de se rendre sur un marché, dans une discothèque ou encore sous le porche d'entrée d'une école.

    Dans la lutte contre l'agression de ce nouveau fléau "il faut redresser la situation, a exigé Vladimir Poutine. C'est non pas la direction de l'Etat, mais le pays qui attend", a-t-il dit. Cet appel était adressé à son enfant, à savoir le Service fédéral de contrôle des stupéfiants, la plus grande structure de ce genre au monde avec 40.000 agents. Le service analogue aux Etats-Unis compte 10.000 employés. Vladimir Poutine a placé à la tête de ce service le général Viktor Tcherkessov, du Service fédéral de sécurité, un homme à lui. Lors de la conférence de mardi, il lui a demandé ce qui avait été fait au cours de l'année écoulée.

    Beaucoup semble-t-il, si l'on en juge d'après le rapport du général. Les agents du Service de contrôle des stupéfiants ont saisi 27 tonnes de stupéfiants et de cachets "égayants", démantelé 30 laboratoires clandestins et 600 points de fabrication illicite de drogues et détruit 40 hectares de plantations de chanvre indien et de pavot somnifère. Néanmoins, ces chiffres n'ont manifestement pas satisfait Vladimir Poutine. Il a laissé entendre qu'il y voyait des succès disparates, pour beaucoup chaotiques, qui ne cadraient pas du tout avec l'ampleur du problème. La neutralisation des grands bonnets de la drogue, le démantèlement des filières de financement du commerce des stupéfiants, le durcissement de la loi, la réhabilitation médicale des malades et la prévention doivent être menés de front, a exigé le président.

    Celui-ci a reçu le soutien du ministre de l'Education et de la Science, Andreï Foursenko, qui a attiré l'attention de l'auditoire sur une circonstance bien connue en Occident mais inédite en Russie: la consommation de stupéfiants est perçue par la conscience collective comme un attribut et un privilège du bien-être. Ce lien sémantique pernicieux doit être brisé au moyen d'une propagande agressive qu'il faut mener dès la garderie, estime le ministre. A son avis, aux tentatives pour associer la notion de carrière réussie aux stupéfiants il faut opposer le slogan "Une vie sans drogue, c'est génial!" Tout cela est vrai, bien sûr. Vladimir Poutine lui aussi a raison quand il dit que la toxicomanie est l'un des plus graves dangers pesant sur la sécurité nationale de la Russie, comparable par son ampleur au péril émanant du terrorisme international. Dans le même temps le président se rend compte mieux que quiconque qu'il a sur les épaules le poids d'innombrables tâches qui pourraient se compromettre les unes les autres. C'est ainsi que la lutte contre la pauvreté annoncée antérieurement pourrait entrer en contradiction avec l'attaque lancée aujourd'hui contre la narcomafia. La montée du bien-être pourrait entraîner une extension du marché de la drogue.

    Lors de la conférence personne n'a posé cette question banale pour la Russie de nos jours: où prendre l'argent pour financer la guerre contre le nouveau fléau? L'année dernière le budget russe avait attribué à ces fins 239 millions de dollars. Le budget des Etats-Unis a été plus généreux en en allouant 33 milliards.

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