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    La Tchétchénie à la recherche de son Président

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    MOSCOU. (Vladimir Simonov, commentateur politique de RIA-Novosti). Plus les futures présidentielles en Tchétchénie, scrutin fixé au 29 août prochain, deviennent proches, plus les menaces de tout genre s'y font retentissantes. Ainsi, Aslan Maskhadov a déclaré avoir suffisamment de forces et de combattants pour "mener la guerre encore pendant les vingt années à venir". Qui plus est, ce même Aslan Maskhadov a menacé de mort tout homme qui sera élu Président de la Tchétchénie.

    Pour sa part, Chamil Bassaïev a déclaré, en intervenant en direct à la chaîne de télévision qatarie "Al-Jazira", que des cibles pour de nouvelles frappes de la résistance tchétchène seraient désormais choisies exclusivement en Russie.

    On comprend bien qu'à la veille des présidentielles en Tchétchénie, les chefs de file des séparatistes tchétchènes s'appliquent à instaurer une atmosphère de panique totale dans la république. Ce faisant, ils voudraient paralyser la campagne électorale des candidats à la présidence, obliger les électeurs à se cacher peureusement à domicile au lieu de se rendre aux urnes. Les appels d'Aslan Maskhadov à "faire davantage de cadavres" sont de plus en plus interprétés par les séparatistes armées comme l'ordre de torpiller, voire compromettre, le retour à la normale en Tchétchénie.

    L'un de ces jours, le ministre de l'Intérieur de la Tchétchénie, Alou Alkhanov, a de nouveau rejeté toute possibilité des négociations avec Aslan Maskhadov et Chamil Bassaïev. "Il est fort peu probable que le Centre fédéral accepte de négocier avec eux et ce, d'autant plus que je ne vois pas, non plus, de sujet ni même d'objet de telles négociations", a précisé le ministre tchétchène de l'Intérieur.

    Parlant de l'absence du sujet des négociations, Alou Alkhanov a sans doute entendu le fait que ni Aslan Maskhadov ni Chamil Bassaïev ne dirigent aujourd'hui la totalité des détachements de terroristes tchétchènes ni même la plupart de leurs détachements. C'est que le Président assassiné de la Tchétchénie, Akhmad Kadyrov, avait bien réussi à liquider les structures organisées de la résistance armée dans la république. Comme résultat, il y a là, de nos jours, plusieurs chefs de guerre, tant des Tchétchènes que des Arabes, qui opèrent pour beaucoup de façon chaotique, en agissant le plus souvent à leurs risques et périls. Pour ce qui est de l'objet des négociations qu'Aslan Maskhadov interprète notamment comme la transformation de la Tchétchénie en sujet "de jure" indépendant, force est de reconnaître qu'il avait lui-même raté cette chance. Nul n'ignore aujourd'hui que Moscou avait longtemps épaulé Aslan Maskhadov, y compris de façon informelle, quand celui-ci avait été le soi-disant Président de l'Itchkeria. Comme l'a raconté, un jour, au Club national de la presse à Washington, Sergueï Iastrjembski, autrefois le conseiller pour la Tchétchénie du Président Vladimir Poutine, et aujourd'hui le représentant du chef de l'Etat russe auprès de l'Union européenne (UE), "Aslan Maskhadov recevait des armes qu'il demandait pour museler Khattab et Bassaïev. Il a aussi reçu une voiture blindée. Il avait également bénéficié d'autres assistances. Ainsi, il recevait régulièrement des finances pour verser des retraites et des salaires relevant du budget mais cet argent n'a jamais trouvé ses destinataires car étant dépensé par lui pour payer des armements ..."

    Du point de vue de Sergueï Iastrjembski qui est d'ailleurs entièrement partagé aujourd'hui par Alou Alkhanov, Aslan Maskhadov s'est tout simplement avéré un faible leader qui a bien raté une chance historique. Aussi, ses actuels appels à "tuer, tous les jours, 300 à 400 soldats fédéraux" témoignent-ils explicitement qu'il a perdu toute l'idée de la réalité actuelle en Tchétchénie.

    Mercredi 14 juillet, s'achève l'enregistrement des candidats à la présidence en Tchétchénie, de sorte que la liste officielle définitive des participants à la campagne électorale va être connue le 25 juillet prochain. Pour être porté sur ce registre, un candidat doit récolter les 6 000 signatures de soutien (soit un pour cent de tout l'électorat en Tchétchénie), soit porter le gage en espèces de quelque 4,5 millions de roubles (environ 150 000 dollars). Pour remporter le premier tour, un candidat doit recevoir 50% des suffrages exprimés plus une voix et ce, à condition qu'au moins 50% des électeurs enregistrés se présentent aux urnes. Sinon, un deuxième tour n'est pas à éviter où la victoire se décidera par une simple majorité des voix.

    Pour le moment, plus d'une dizaine de candidatures à la présidence ont été présentées qui donnent bien l'idée de la composition très hétéroclite de la communauté tchétchène dispersée à travers toute la Russie. On voit, par exemple, parmi les candidats un docteur en médecine, un avocat, un chef d'entreprise et un conseiller du Président de la Tchétchénie. Il y a là aussi un homme d'affaires moscovite qui s'apprête à rivaliser avec un simple retraité, résidant actuellement dans la région de Moscou.

    Quoi qu'il en soit, les chances de Alou Alkhanov, 47 ans, ministre de l'Intérieur de la Tchétchénie, qui est connu comme l'homme de Kadyrov, sont évaluées comme les plus prometteuses. En effet, Alou Alkhanov bénéficie du soutien illimité du clan Kadyrov qui comprend, entre autres, Ramzan Kadyrov, son fils cadet, et le très influent Taous Djabraïlov, président du Conseil d'Etat de la Tchétchénie.

    Par conséquent, Alou Alkhanov a, du moins, deux avantages de poids face à tous les autres candidats. Tout d'abord, c'est un très sérieux "facteur force", le ministre tchétchène de l'Intérieur ayant sous ses ordres quelque 10 000 militaires, y compris la garde de Ramzan Kadyrov, qui a auparavant été considérée comme le service de sécurité du Président de la Tchétchénie. Et ensuite, c'est sa fidélité généralement reconnue à la politique Akhmad Kadyrov. "C'était un homme de génie qui a réussi, dans un délai extrêmement court, à aider le peuple à croire en son propre avenir, dit Alou Alkhanov. Il en a fini en quelque sorte avec cette période noire de plusieurs siècles dans l'histoire du peuple tchétchène, il a su, finalement, persuader le peuple de voter pour la Constitution qui reconnaît la Tchétchénie en tant que sujet-membre de la Fédération de Russie". Et d'ajouter que les Tchétchènes ont fait crédit à la politique appliquée par Kadyrov. Donc, il est inutile d'en changer", est persuadé Alou Alkhanov.

    Quant à ce dernier, il avait accepté beaucoup avant l'idée d'une coexistence inséparable de la Tchétchénie et du reste de la Russie. Diplômé de l'Académie du ministère de l'Intérieur de la Fédération de Russie, il s'était mis en tête de l'opposition au Président tchétchène de l'époque, Djokhar Doudaïev, dès que ce dernier avait proclamé l'indépendance de la Tchétchénie. A la venue au pouvoir d'Aslan Maskhadov en Tchétchénie, Alou Alkhanov avait quitté le territoire de la république, et, de 1997 à 2000, il avait occupé un poste relativement modeste à la police des transports dans l'une des villes de la région du Rostov-sur-le-Don. Plus tard, il était revenu à Grozny, capitale de la Tchétchénie pour y occuper un poste similaire d'où, en avril 2003, il avait été promu par Kadyrov au poste de ministre de l'Intérieur de la Tchétchénie.

    A la suite de la récente rencontre d'Alou Alkhanov avec Vladimir Poutine, certains médias russes l'ont qualifié de "candidature du Kremlin". Nul ne contestera évidemment que la bienveillance du Centre fédéral n'y est pas à négliger. Néanmoins, si un candidat est bien connu dans la république, s'il y bénéficie d'un respect, s'il a aidé, en temps difficiles, le peuple tchétchène sur le plan humanitaire ou autre, le 29 août prochain, il a toutes les chances de remporter les élections même si le Kremlin ne s'y attend pas du tout.

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