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    Mikhaïl Saakachvili se propose-t-il, donc, de faire guerre à la Russie?

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    MOSCOU. (Commentateur de RIA-Novosti, Arseni Palievski). Dans le contexte d'une certaine accalmie présente dans la zone du conflit osséto-géorgien, la déclaration du Président de la Géorgie, Mikhaïl Saakachvili, prétendant notamment que le pays se trouve littéralement au bord d'une guerre, a été plus que surprenante, sinon bel et bien brutale. Qui plus est, Mikhaïl Saakachvili a souligné que, si une guerre éclate, effectivement, ce ne serait pas du tout une guerre entre Géorgiens et Ossètes, mais entre la Géorgie et la Russie. En outre, Mikhaïl Saakachvili a même accusé la Russie d'agresser des militaires géorgiens en Ossétie du Sud. "C'étaient bien des militaires russes, et il n'y a absolument aucun doute là-dessus", affirme le chef de l'Etat géorgien.

    Or, la réaction du ministère russe des Affaires étrangères auxdits propos de Mikhaïl Saakachvili a été tout à fait prévisible. "La rhétorique militariste réapparaît de plus en plus souvent, ces derniers temps, dans les déclarations des officiels de Tbilissi. Ils ont d'ores et déjà fait plus d'une allusion et de nombreuses accusations à l'endroit du "voisin du Nord" qui serait, prétendent-ils, la source de tous les malheurs et de tous les conflits sur le territoire de la Géorgie. Quoi qu'il en soit, les dernières déclarations de Tbilissi sont évaluées à Moscou comme l'absence totale du sens même de la mesure qui frôle l'irresponsabilité totale. De telles conclusions ne manquent certes pas de fondement, loin de là! Par exemple, tout récemment encore, Tbilissi a promis au monde entier de produire des "corps de cosaques tués", mais, pour cette fois aussi, ces allégations se sont avérées parfaitement gratuites", a-t-on lit dans un communiqué du Département de l'information et de la presse du ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie.

    A propos, non seulement ces cosaques énigmatiques, mais beaucoup d'autres choses dans les récentes déclarations des responsables géorgiens concernant faits et gestes de la Russie dans la zone du conflit osséto-géorgien n'ont jamais été étayés de faits concrets. Pire, cela s'oublie même très rapidement et ce, parce que de nouvelles accusations du même genre et encore plus absurdes refont surface à une vitesse tout à fait surprenante. "Sur fond de l'échec incontestable d'une aventure militaire en Ossétie du Sud, les très graves problèmes économiques et sociaux en Géorgie sont devenus encore plus évidents, problèmes dont la solution devrait sans doute engager toute l'énergie de Tbilissi qui se gaspille pourtant inutilement à la recherche tout à fait stérile, d'ailleurs, d'un "ennemi extérieur" inexistant ou au torpillage du fonctionnement normal de l'ambassade de la Fédération de Russie à Tbilissi", est-il indiqué dans un commentaire officiel de la diplomatie russe à ce sujet.

    Comme l'a fait remarquer à RIA-Novosti le directeur de l'Institut d'études stratégiques de Russie (RISsI), Evgueni Kojokine, "la prise de position du Président de la Géorgie renferme une profonde contradiction. D'une part, Mikhaïl Saakachvili dit que, dans les trois ans, la Géorgie sera un pays beaucoup plus puissant qu'elle ne l'est aujourd'hui sur le plan économique. Et ces paroles du Président géorgien suscitent évidemment un vif intérêt et une grande sympathie en Russie qui ne ferait, en fait, que gagner à la prospérité économie de son voisin. De l'autre, on comprend bien qu'il est tout simplement impossible de s'occuper sérieusement de l'économie, tout en balançant au bord d'une guerre imminente".

    A l'avis d'Evgueni Kojokine, "toutes les déclarations de la direction de la Géorgie que toute la faute de l'aggravation de la situation revient à l'Ossétie du Sud ou à la Russie n'ont, en fait, rien à voir avec la réalité effective". Le fait même que tout au long de cette dernière dizaine d'années, l'Ossétie du Sud a été tout à fait ouverte, de sorte que ses habitants se rendaient sans problème en Géorgie, alors que les Géorgiens venaient tout à fait librement en Ossétie du Sud, en se servant, entre autres, pour cela des bus qui circulaient régulièrement entre Tbilissi et Tskhinvali, en est une preuve évidente, a estimé le directeur de l'Institut d'études stratégiques de Russie. Somme toute, c'était un "point chaud" qui se calmait de plus en plus. Mais voilà qu'avec la venue au pouvoir de Mikhaïl Saakachvili, la situation y a dégradé en flèche. Néanmoins, un seul des protagonistes y a changé - Mikhaïl Saakachvili a tout simplement remplacé Edouard Chevardnadzé. Tous les autres acteurs y restent les mêmes, que ce soit à Tskhinvali ou à Moscou. Mieux, ni Tskhinvali ni Moscou n'ont absolument de raisons pour aggraver la situation. D'autre part, Mikhaïl Saakachvili a plus d'une fois parlé, haut et fort, de ses raisons à lui pour aggraver la situation.

    "Il serait certes dans l'intérêt de la Géorgie aussi bien que dans l'intérêt de l'Ossétie du Sud et, évidemment, dans l'intérêt de la Russie si le Président de la Géorgie s'occupait en premier lieu du développement économique de son propre pays. S'il en est effectivement ainsi, tous les autres problèmes ne manqueraient pas de se régler beaucoup plus facilement", a déclaré Evgueni Kojokine.

    Par ailleurs, d'autres experts interrogés sont, eux aussi, unanimes à estimer que les propos manifestement anti-russes de Mikhaïl Saakachvili ne sont qu'un bluff, soit une sorte de tentative de se justifier devant ses propres électeurs et l'Occident pour avoir perdu une guerre éclair en Ossétie du Sud.

    Ainsi, selon le chef du Centre de prévisions militaires, Anatoli Tsyganok, "le Président de la Géorgie se rend très bien compte que la solution de ce problème essentiel de la Géorgie qu'est le redressement économique du pays est un travail à la fois très long et ingrat, alors que la rhétorique militariste et l'image d'un ennemi extérieur en la personne même de la Russie sont, de toute évidence, exploitées pour unir la nation. En réalité, pourtant, une effectiveconfrontation armée avec la Russie n'est pas du tout nécessaire au Président de la Géorgie. Mikhaïl Saakachvili ne sait que trop que les Forces Armées de la Géorgie ne comptent à ce jour que quelques bataillons tout au plus, et il serait, par conséquent, une folie de la part de Tbilissi d'intervenir contre la puissante structure des Forces Armées de la Russie, a fait remarquer l'expert russe.

    Comme l'a fait remarquer dans une interview à RIA-Novosti le chef du secteur de géopolitique à l'Institut de l'Economie mondiale et des Relations internationales (IMEMO) de l'Académie des Sciences de Russie, Sergueï Kazennov, les tentatives de Mikhaïl Saakachvili de réformer l'économie géorgienne et de combattre la corruption dans le pays n'ont toujours pas donné de résultats tangibles. Dans ces circonstances, le Président de la Géorgie a dû se racheter en quelque sorte, en recherchant un ennemi extérieur. "Edouard Kokoïty n'y convient pas trop, alors que Moscou ferait bien l'affaire à titre d'ennemi extérieur", a supposé Sergueï Kazennov. Les propos belliqueux du Président géorgien et son aspiration à créer, à l'intérieur même de la Géorgie, l'image d'un ennemi en la personne de la Russie pourraient, peut-être, lui apporter certains dividendes politiques pour une très courte période. Pourtant, à moyen terme et d'autant plus dans une longue perspective, une querelle avec un voisin, tel que la Russie ne pourra évidemment pas être dans l'intérêt du pays dont il se considère patriote.

    C'est que pour le moment Mikhaïl Saakachvili ne fait que parler d'une nouvelle voie de développement pour la Géorgie, tout en imputant la faute de tous les malheurs du peuple géorgien martyr à ses idoles d'autrefois - les ex-Présidents de la Géorgie, Gamsakhourdia et Chevardnadzé. Quoi qu'il en soit, en réalité, tant la rhétorique nationaliste de Mikhaïl Saakachvili que sa politique à l'égard de l'Ossétie du Sud et de Abkhazie ne se distinguent que très peu de la ligne, choisie autrefois par ses prédécesseurs. Pour ce qui est de Moscou, il voudrait de nouvelles relations avec la Géorgie au lieu de la réédition du passé.

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