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    Une rencontre de trois hommes politiques à Sotchi

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    MOSCOU (par Dmitri Kossyrev, commentateur politique de RIA-Novosti).

    Comment qualifier la nouvelle rencontre tripartite entre Jacques Chirac, Gerhard Schröder et Vladimir Poutine qui se tient à Sotchi (au bord de la mer Noire)? Une alliance, un axe ou une organisation? Chacun de ces mots a un arrière-goût désagréable, parce que l'expérience multiséculaire de toutes les civilisations rappelle qu'on se lie toujours contre quelqu'un.

    Les trois hommes qui se sont réunis à Sotchi le contestent chaque fois, en soulignant qu'ils ont de nombreux problèmes à régler, par exemple, la sécurité énergétique de l'Europe, son rôle dans la lutte contre le terrorisme, ainsi que dans les rapports entre les mondes occidental et musulman.

    Bien entendu, n'importe quel analyste ne peut pas méconnaître que les grandes puissances européennes voudraient jouer en solo dans l'orchestre mondial. Ils l'ont fait, lorsqu'ils ont jugé nécessaire d'exprimer leur opinion particulière au début de la crise irakienne, en refusant de soutenir les Etats-Unis dans leur tentative de châtier Saddam Hussein sans tenir compte des avis de la communauté mondiale.

    Mais il est évident qu'il ne s'agit pas d'une alliance temporaire mais de quelque chose de plus important. "Les rapports entre Moscou et Berlin ont déterminé à bien des égards, durant notre histoire commune difficile, la santé de notre continent européen", affirme, dans un article, le ministre des Affaires étrangères de Russie Serguei Lavrov. La santé des Européens dépendait également des rapports entre l'Allemagne et la France. Les tentatives faites actuellement par les dirigeants de ces pays pour trouver le langage commun sont incontestablement une chance historique pour toute l'Europe.

    Il ne s'agit pas seulement du rapprochement économique entre la Russie et ses voisins occidentaux qui se produit malgré leur adhésion à l'UE, car l'Europe s'est intégrée économiquement même à l'époque de Leonid Brejnev, y compris dans le secteur énergétique. Il s'agit plutôt de la nécessité du rapprochement, de l'intégration ou de la coopération entre diverses philosophies politiques et autres qui existent sur le continent. Leur différence est considérée par les Européens occidentaux comme un problème: il suffit de lire les commentaires allemands ou français sur la rencontre de Sotchi. Leur sens se réduit à ceci: Vladimir Poutine doit participer à ces rencontres uniquement pour écouter la critique à son adresse.

    Certes, Vladimir Poutine, Jacques Chirac et Gerhard Schröder se réunissent non pas pour échanger les compliments. Mais il y a critique et critique. Il est peu probable que Gerhard Schröder et Jacques Chirac partagent entièrement la position de Vladimir Poutine sur la Tchétchénie. Mais ils voient bien toutefois ses difficultés, tout comme Vladimir Poutine voudrait que les problèmes de la région de Kaliningrad aient des solutions plus radicales, mais il comprend qu'il est impossible de les régler actuellement comme il le voudrait. La politique est l'art du possible, et chacun d'entre eux manifestera cet art à Sotchi.

    Cela relevait de la tactique. Mais qu'en sera-t-il de la stratégie du rapprochement et de la compréhension pour toute l'Europe?

    On peut citer quelques "points chauds" actuel de l'Europe où la différence des philosophies entre divers Européens est ressentie tout particulièrement. Ce sont les Balkans presque oubliés par l'Europe, pays dont la population n'a rien oublié et qui continuera à se considérer comme victime de l'injustice, d'ailleurs, non sans raison. C'est l'attitude envers la lutte contre les terroristes - non seulement en Tchétchénie, mais aussi sur le territoire de l'Europe occidentale - où le respect des droits du terroriste s'avère souvent plus fort que le respect des droits des victimes. Ce sont les conflits en Moldavie et en Géorgie, à propos desquels de nombreux Européens voudraient agir selon le principe suivant: "écoute Moscou et agis autrement". C'est l'activité de l'OSCE, dans laquelle se reflètent tous les problèmes mentionnés ci-dessus.

    L'Europe de l'Ouest, son opinion publique, comprend probablement que la Russie, de même que les Balkans ou la Turquie et d'autres régions et civilisations, non européennes, ont une autre mentalité et qu'il en sera probablement toujours ainsi. La question est de savoir que faire dans cette situation. Pour l'instant, par inertie, de nombreux Européens - aussi bien de l'Ouest que de l'Est du continent - rêvent d'un nouveau rideau de fer.

    Mais, dans ce cas, l'Ouest de l'Europe restera longtemps une forteresse assiégée dans notre monde multipolaire comportant beaucoup de civilisations et elle ne pourra pas, même dans son espace, appliquer le principe européen de l'unité dans la diversité. Mais voici que les trois dirigeants montrent un exemple de la mentalité qui fera du bien au continent européen, et pas seulement à lui.

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