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    La Russie s'apprête à riposter face au terrorisme

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    MOSCOU, 10 septembre - par Arseni OGANESSIAN, commentateur de RIA Novosti.

    La déclaration du président russe Vladimir Poutine sur l'existence d'une menace extérieure qui pèse sur la sécurité du pays n'a pas de précédents dans l'histoire récente de la Russie démocratique.

    Rappelons que dans son dernier message à la nation le chef de l'État a déclaré: "Les uns veulent nous arracher de meilleurs morceaux, et les autres les aident en cela. Ils les aident estimant que la Russie qui est l'une des grandes puissances nucléaires représente encore une menace. Cette menace est donc à supprimer".

    Dans une interview un de ces jours à la radio "Golos Rossii" (Voix de la Russie), le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a fait chorus: "Quelqu'un ne veut pas voir une Russie forte, mais je les décevrai: nous allons renforcer notre pays, développer des rapports de partenariat avec tous les États, mener un dialogue sans confrontation, sans céder à l'hystérie".

    Par ailleurs, Sergueï Lavrov n'a pas exclu un lien entre l'attentat de Beslan et l'aggravation de la situation en Ossétie du Sud, sous réserve qu' "il n'y a pas de faits concrets" qui le prouvent. Mais "les conséquences de la crise créée par les autorités géorgiennes en Ossétie du Sud et la prise d'otages en Ossétie du Nord, jusque-là l'une des républiques les plus pacifiques de la région, amènent à certaines réflexions (...) Tout cela s'inscrit dans les intérêts de ceux qui voudraient déstabiliser le Caucase du Nord", a-t-il souligné.

    La thèse présidentielle sur la menace extérieure a été développée par les hauts responsables militaires, d'abord par le chef de l'État-major général des forces armées Iouri Balouïevski, ensuite par le ministre de la défense Sergueï Ivanov. Leurs déclarations se résument en ceci: les terroristes lui ayant déclaré la guerre, la Russie est tout à fait en droit de se défendre, mais aussi de porter des frappes préventives sur leurs bases dans n'importe quel point duglobe.

    Les experts interrogés par RIA Novosti sont sur la même longueur d'onde: la Russie fait face en effet à une internationale terroriste.

    Pour le général Romanenko, vice-directeur de l'Institut des pays de la CEI, "tout le terrorisme en rapport avec la Tchétchénie bénéficie d'un appui financier réel, en premier lieu en provenance d'Arabie saoudite. Cet État semble financer directement tous les terroristes, y compris tchétchènes. Appelons les choses par leurs noms: la situation en Arabie saoudite est entièrement contrôlée par les États-Unis. Tout cela s'inscrit dans le seul et même système des intérêts de la présence américaine dans le Caucase, au Proche-Orient et en Asie centrale".

    Ce point de vue est fermement rejeté par Sergueï Kazennov, chef de la section géopolitique à l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales à l'Académie russe des sciences. "De nos jours, à côté des acteurs traditionnels des relations internationales que sont les États, il existe toute une série de forces non systémiques, notamment antisystémiques et multinationales", estime-t-il. "Ces forces ont causé des problèmes sérieux même au régime saoudien" souvent accusé de complicité avec le terrorisme, une raison pour laquelle il faudrait "éviter de désigner les profiteurs parmi les États". "La filière terroriste est bien tortueuse, et il est difficile de comprendre qui se sert de qui. Mais les terroristes bénéficient, bien entendu, de sources financières solides, et il faut lutter contre cet état de choses", conclut l'expert.

    Pour Alexandre Charavine, membre actif de l'Académie russe des sciences militaires et directeur de l'Institut de l'analyse politique et militaire, "quand nous disons internationale terroriste, nous entendons un système". Mais, estime-t-il, "cela ne veut absolument pas dire que tous les groupes terroristes de cette internationale sont dirigés d'un seul et même centre, à partir d'un bunker".

    A son avis, ces groupes "sont liés par leurs objectifs et méthodes d'action. Souvent des terroristes passent d'un groupe à l'autre, souvent ils suivent ensemble la formation et s'entraident, mais ils restent tout de même autonomes. Même là où ils sont poussés par une idéologie extrémiste et religieuse, ils n'agissent pas à partir d'un centre", explique le spécialiste.

    "Par ailleurs, nous savons qu'un grand nombre de ces mouvements reçoivent de l'argent en provenance de la péninsule arabe. Et cela non seulement en provenance d'Arabie saoudite, mais aussi d'autres États que la Russie compte en principe parmi ses amis", a souligné Alexandre Charavine.

    Dans le même temps, les avis se partagent sur le bien-fondé des frappes préventives. Pour Sergueï Kazennov, la Russie ne devrait pas suivre l'exemple des États-Unis qui se sont engagés dans cette voie après le 11 septembre et ont fait beaucoup d'erreurs.

    Alexandre Charavine, par contre, défend cette approche. "Des actes pareils n'émanent de seuls États-Unis, ils émanent aussi d'autres pays qui savent avec précision le point du globe où se trouve une base terroriste".

    Dans ce contexte, le souci des Russes et des autorités de renverser l'état de choses actuel dans un pays dépourvu de système efficace de lutte contre la terreur mérite l'approbation. Mais il est important aujourd'hui de réfléchir avec minutie et s'appuyant sur l'expérience mondiale sur la façon d'agir en s'engageant dans cette voie.

    On ne peut lutter contre le terrorisme que par la civilisation tout entière. Et il vaudrait mieux au début de s'entendre au niveau international et définir qui sont terroristes et qui sont indépendantistes et rebelles pour s'en tenir fermement à cette entente et renoncer à jamais à la politique de double jeu qui divise les extrémistes en bons et mauvais.

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