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    L'appel avec alternative

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    MOSCOU (par Viktor Litovkine, commentateur militaire de RIA Novosti). La campagne d'automne de conscription vient de débuter en Russie. Du 1er octobre au 1er décembre ce cette année, en vertu du décret présidentiel ad hoc, 176 393 jeunes gens viendront compléter les effectifs de l'armée et de la flotte, mais aussi du ministère des Situations d'urgence (MSU), du Service Fédéral de Sécurité (FSB), du Service Fédéral de Protection (FSO), de l'Agence fédérale des constructions spéciales (Rosspetstroï), et d'autres formations paramilitaires du pays. Environ le même nombre de jeunes ayant accompli leurs obligations militaires pendant deux ans rentreront dans leurs foyers à la même époque.

    Il est vrai que tous les appelés qui se présenteront dans les commissariats militaires et les bureaux de recrutement ne revêtiront pas l'uniforme militaire. Selon les statistiques officielles citées par un des responsables de l'Etat-major général, le général Vassili Smirnov, quelque 17 000 jeunes gens, soit un appelé sur dix, se sont soustraits au service militaire actif lors de la campagne de printemps. Presque autant étaient "en cavale" à l'automne précédent. Et il n'est pas exclu que cette saison, le chiffre des "réfractaires" soit à peu près inchangé, même en dépit du fait que les conscrits russes ont désormais le droit légal d'effectuer un service civil alternatif.

    Les espoirs des défenseurs des droits de l'homme et autres partisans de l'adoption de la loi sur le service civil alternatif, selon lesquels, avec l'apparition d'une telle loi en Russie, la campagne de conscription prendra un tour plus civilisé et les jeunes gens qui, par conviction religieuse ou idéologique, refusent de prendre un fusil entre leurs mains, pourront troquer l'uniforme contre la blouse blanche de travailleur médical ou contre le bleu de travail de manoeuvre, ne se sont pas justifiés. Sur les 250 personnes admises à effectuer un service civil alternatif sur décision de justice au printemps decette année, environ un tiers a déjà déclaré forfait. Et les prévisions pour cet automne, selon lesquelles environ 20 000 jeunes gens pourraient opter pour le service alternatif, se sont avérées beaucoup trop optimistes.

    Seulement 1530 jeunes ont préféré la serpillière à la Kalachnikov, mais parmi eux quelque cinq cent gars n'ont pas réussi à convaincre les commissions de recrutement qu'ils choisissaient le service alternatif en raison de leurs convictions. Mais si sur le millier d'aides-soignants ou de manoeuvres restant, de nouveau un tiers se fait la belle, il faudra apparemment en tirer des conclusions fort désagréables pour la société russe, à savoir que l'idée de service civil alternatif, malgré sa noblesse, est un fiasco total. Les "réfractaires" ne semblent mus que par une seule et unique conviction - le désir, sous n'importe quel prétexte, de ne pas servir ou de ne pas travailler, que ce soit dans l'armée ou dans le civil. C'est le résultat de l'éducation reçue à l'école, inculquée par leurs parents, offerte par la société contemporaine.

    La mise sur le recrutement dans l'Armée russe de contractuels, ressortissants des ex-républiques soviétiques - la loi appropriée a été adoptée par la Douma d'Etat au printemps - n'a pour l'instant rien rapporté ou presque. Selon le général Smirnov, l'Armée russe n'a enrôlé que onze citoyens ukrainiens, ouzbeks, tadjiks, azerbaïdjanais et arméniens. Il est vrai qu'on ne prend pas ici en compte les contractuels servant dans les bases russes au Tadjikistan, en Arménie, en Kighizie et en Géorgie. Dans ces ouvrages, jusqu'à 60-80% des contractuels sont des autochtones ayant reçu en temps opportun la citoyenneté russe.

    Bien que le chiffre misérable du recrutement des contractuels dans la "légion étrangère" ne suscite pas l'enthousiasme parmi les responsables de l'Etat-major général, le mouvement des Russes en direction de l'armée de métier commence à prendre de l'ampleur. Avant la fin de l'année en cours, les effectifs de la 42ème division de fusiliers motocyclistes, déployée en Tchétchénie, et de la 6ème brigade de troupes du ministère de l'Intérieur, elle aussi cantonnée dans cette république, seront composés de professionnels. Le ministre russe de la Défense, Serguéi Ivanov, a garanti qu'aucun appelé du contingent ne serait envoyé dans cette république après le 1er janvier 2005. Ce qui devrait contribuer à attirer les jeunes dans l'armée au titre de la conscription: le fait est que l'idée de servir dans les "points chauds" en rebute bon nombre, car tous comprennent que là-bas on a besoin avant tout de professionnels.

    En vérité, Ivanov n'a pas évoqué les soldats du génie, les gardes-frontières et les membres des diverses structures de force qui ne sont pas moins nombreux en Tchétchénie que les autres militaires. Mais il n'est pas exclu qu'ici aussi la campagne de transfert de tous les conscrits dans les rangs des professionnels sera renforcée. Et le stimulant n'est pas négligeable - il n'est pas du tout évident de gagner 15 000 roubles par mois (500 dollars) dans les villes de province russes. Et en dépit du risque pour la santé et pour la vie, la chance est tout de même réelle de pouvoir, en une année ou deux, rétablir sa situation matérielle, de gagner suffisamment d'argent pour acheter une voiture, un appartement, et même s'offrir des études. Malgré l'existence de ce stimulant, tous les appelés sont loin d'opter pour le service sous contrat.

    Parallèlement au recrutement dans les unités militaires de contractuels servant sur le territoire de la Russie, en 2005 il est prévu de professionnaliser au maximum certains régiments de la division de blindés Kantémirovskaïa, de la division d'infanterie motorisée Tamanskaïa, déployées dans la région de Moscou, ainsi que la 3ème division d'infanterie motorisée, cantonnée dans la région de Nijni-Novgorod, des unités des régions militaires de la Volga-Oural, de Sibérie et d'Extrême-Orient. Mais les perspectives en matière desoldes n'y sont pas aussi alléchantes qu'en Tchétchénie. Dans ces régions militaires, les contractuels toucheront en moyenne 6500 roubles par mois, et une telle somme, sans garanties de logement doté des commodités indispensables, ne fût-ce que dans un foyer familial, ne risque pas d'attirer massivement les contractuels.

    Il faut dire que le président a signé il y a quelques jours un décret spécial sur le relèvement des soldes des militaires prévoyant de substantielles majorations pour les officiers. Il n'est pas exclu qu'un tel stimulant matériel soit à même d'attirer les jeunes gens dotés de hautes qualités psychologiques, professionnelles et intellectuelles. L'armée russe attend impatiemment l'arrivée de soldats et de cadres de cette trempe.

    Mais pour l'instant, les chiffres faisant état de ces qualités chez les appelés du contingent sont plutôt décevants. Un appelé sur trois a une "aptitude restreinte" et 54% ont des problèmes de santé (ils ne peuvent pas être affectés dans les unités spéciales des renseignements militaires, dans les troupes aéroportées, sur les navires de la flotte de guerre, dans les autres unités d'élite). Seulement 77% des appelés possèdent une instruction secondaire, les autres n'ont pas terminé leurs études ou sont carrément analphabètes. 7% ont connu le système pénitentiaire ou ont été appréhendés par la milice pour troubles de l'ordre public. Et leur apparition dans les casernes n'est pas faite pour améliorer l'ambiance psychologique et morale et ne contribue guère à renforcer la discipline militaire, avec laquelle l'armée a tant de problèmes.

    Il existe toutefois un motif, quoique ténu, d'espérer une amélioration de la situation en matière de morale et de discipline au sein de l'armée et de la flotte - c'est la surenchère d'allusions publiées dans la presse aux amendements à la loi sur le service militaire qui auraient déjà atterri dans les comités appropriés de la Douma d'Etat. Il serait question d'abolir toute une série de motifs de report d'incorporation, notamment pour cause d'études, en ne conservant que les raisons de santé et les difficultés familiales. On dit que les étudiants vont faire leur entrée dans les casernes et que le portrait social des forces armées, leur image morale changeront instantanément en mieux.

    Il est vrai que le ministre de la Défense et les présidents des Comités de la défense et de la sécurité nient l'existence de telles propositions avant 2008 lorsque l'armée et la flotte passeront au service militaire de 12 mois. Mais l'émotion parmi les jeunes gens et chez leurs parents ne s'estompe pas. Ils estiment que la situation dans l'armée ne dépend pas des appelés, mais avant tout des cadres, de leurs qualités professionnelles et humaines, de l'ambiance dans les casernes qui n'a pas changé depuis l'époque soviétique, quand la vie de l'individu et ses mérites ne valaient presque rien.

    Il est difficile de ne pas souscrire à cette opinion. Mais on ne peut non plus ignorer la thèse selon laquelle la situation au sein des forces armées ne commencera à changer que lorsque la société tout entière, et pas seulement la direction du pays et de l'armée, y verra son intérêt. Les officiers gagneront plus que les fonctionnaires, ils disposeront d'un toit confortable pour eux-mêmes et pour abriter leurs familles, le respect envers les militaires sera la norme au sein de la société, et les soldats aimeront leur profession. Alors, être lauréat du concours d'entrée dans l'armée et la flotte sera tout aussi prestigieux que d'être admis dans une université de renom. Mais pour le moment la situation en matière de conscription rappelle que la nécessité de réformer les forces armées de la Russie est depuis longtemps parvenue à maturité.

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