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    La réconciliation des Eglises

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    par Anatoli Korolev, commentateur politique de RIA-Novosti

    Le Concile épiscopal de l'Eglise Orthodoxe Russe est - d'après les statuts - l'organe supérieur de l'Eglise russe qui se penche sur les problèmes les plus importants de la vie ecclésiastique.

    Le Concile se réunit une fois tous les quatre ans.

    Cette année, il s'est réuni le 5 octobre à Moscou, dans la Salle des congrès ecclésiastiques de la Cathédrale du Christ Sauveur, et durera jusqu'au 8 octobre. La clôture solennelle du Concile aura lieu à la Laure de la Trinité Saint-Serge, le monastère phare de Russie.

    La fusion officielle de deux églises orthodoxes autrefois ennemies- l'Eglise Orthodoxe Russe et l'Eglise russe à l'étranger - sera l'événement principal du Concile.

    La brève histoire de cette hostilité coïncide avec la révolution, après laquelle une partie considérable de l'Eglise russe a subi des persécutions inouïes, alors que celle qui se trouvait géographiquement à l'étranger est restée intacte et a assumé, en fait, le rôle de successeur de l'immense Eglise démembrée.

    L'Eglise russe à l'étranger qui a survécu a catégoriquement refusé toute coopération avec le pouvoir athée que l'Eglise Orthodoxe Russe avait été contrainte d'adopter et a critiqué sévèrement, même implacablement, la métropole. Ce ton de la condamnation a entraîné l'irritation réciproque, des querelles et le refroidissement entre les deux branches de l'orthodoxie. L'une soupçonnait l'autre et vice versa de pas avoir conservé dans les sacrements célébrés au cours des offices divins la Grâce de Dieu.

    Une issue à l'impasse n'a été trouvée qu'après la désintégration de l'URSS.

    L'initiative de la réconciliation appartient au Patriarche actuel de Moscou et de toutes les Russies Alexis II qui a écrit le 17 octobre 1991 une lettre ouverte aux hiérarques de l'Eglise russe à l'étranger, en disant: les chaînes sont tombées, nous sommes libres, ce qui est une prémisse au dialogue.

    Le métropolite Lavr, chef de l'Eglise russe à l'étranger, a également emprunté la voie du dialogue.

    Pendant sa visite à New York effectuée en 2002, le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine a rencontré le métropolite Lavr et l'a invité à se rendre en visite en Russie.

    L'invitation a été acceptée avec reconnaissance.

    Enfin, au printemps 2004, les hiérarques de l'Eglise russe à l'étranger ont effectué leur première visite à Moscou avec à leur tête le métropolite Lavr. Des pourparlers fructueux ont eu lieu dans la résidence du Patriarche. Un office commun symbolique a eu lieu sur le lieu des exécutions massives à Boutovo.

    Des rencontres ont eu lieu entre les délégations des deux Eglises à Moscou et à Munich, les pierres d'achoppement ont été cernées.

    Dans son rapport, le métropolite de Smolensk et de Kaliningrad Kirill, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou chargé des rapports avec l'Eglise russe à l'étranger, a brossé un tableau détaillé de ces rapports complexes.

    Les prétentions de l'Eglise Orthodoxe Russe envers l'Eglise russe à l'étranger se résument, en bref, à ce qui suit.

    Parmi les prêtres qui célèbrent les offices à l'étranger certains ne convenaient pas à l'Eglise Orthodoxe russe qui les a frappés de diverses sanctions ecclésiastiques. De plus, des structures ecclésiastiques parallèles ont été souvent crées sur le territoire contrôlé par l'Eglise Orthodoxe Russe.

    Les prétentions de l'Eglise russe à l'étranger sont plus nombreuses.

    Premièrement, l'Eglise russe à l'étranger exige la condamnation du message adressé en 1927 par le métropolite Serguei, dans lequel il a adopté une orientation servile conduisant à d'interminables compromis avec le pouvoir impie. Deuxièmement, les hiérarques étrangers estiment que l'Eglise Orthodoxe Russe s'est orientée vers l'oeucuménisme et la coopération, par exemple, avec les catholiques. A leur avis, c'est une voie pernicieuse. Troisièmement, ils ont exigé la canonisation de milliers de nouveaux martyrs parmi ceux qui ont été tués par le pouvoir athée, surtout la canonisation de la famille du tsar.

    Une partie des réponses à ces questions ont été données au Concile précédent qui s'est tenu en 2000.

    Voici, en bref, les idées et les actes de l'Eglise Orthodoxe Russe, en réponse aux critiques émises par l'Eglise russe à l'étranger.

    L'Eglise Orthodoxe Russe estime que le message du métropolite Sergui n'est qu'un document historique conséquent à la violence employée à l'encontre de l'église, une décision prise dans des circonstances déterminées, l'église ne le suit plus depuis longtemps ni dans l'esprit, ni dans les actes.

    L'orientation vers l'oeucuménisme a été sévèrement condamnée, les martyrs ont été canonisés, y compris le dernier empereur et toute la famille impériale.

    L'Eglise russe à l'étranger a également pris en considération les prétentions de l'Eglise Orthodoxe Russe et a satisfait toutes ses remarques.

    Comme cela a été déclaré solennellement au Concile, les divergences n'existent plus pour la réunion des deux branches de l'orthodoxie sous l'égide du Patriarcat de Moscou, l'unité canonique est rétablie en conservant l'autonomie de l'Eglise russe à l'étranger.

    Dans ce tableau de réconciliation, un seul fait peut susciter des doutes dans la société. Selon une disposition adoptée, il n'y aura plus de polémique publique entre l'Eglise Orthodoxe Russe et l'Eglise russe à l'étranger, les problèmes litigieux seront désormais réglés à huis clos. Cela change considérablement l'atmosphère dans laquelle baignait la communauté religieuse russe. Les critiques émises à l'étranger permettaient d'influer sur la politique de l'église et de la changer, cela plaçait les hiérarques sous le contrôle des simples croyants. Désormais, il en sera autrement.

    Certes, la prière commune sera plus forte, ce qui est décisif pour la Foi.

    Mais, pour la communauté des croyants, lasituation sera un peu différente.

    La rigidité de l'Eglise qui se trouve à l'étranger, ses approches orthodoxales peuvent freiner, après la fusion, l'établissement de liens directs avec le monde des croyants dans son ensemble, orientation que privilégie l'Eglise Orthodoxe Russe.

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