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    Tradition de triompher de l'espace

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    (Le plus haut bâtiment d'Europe est en voie de construction à Moscou)

    MOSCOU, 4 novembre (par Anatoli Korolev, commentateur politique de RIA-Novosti). La construction du plus haut bâtiment d'Europe a commencé dans la capitale russe. Il se trouvera non loin du siège du gouvernement, dans le nouveau centre d'affaire grandiose "Moscou-City", au bord de la Moskova. Du haut de ce géant, le Kremlin aura l'air d'une forteresse minuscule. La tour sera appelée la "Fédération".

    La hauteur de la tour sera de 345 mètres.

    La tour "Fédération" de Moscou figurera parmi les sept plus hauts immeubles du monde. Elle sera moins haute que l'Empire State Building de New York (381 mètres), la Sears Tower de Chicago (443) et les trois plus hauts bâtiments de la planète: "Petronas Towers de Kuala Lumpur, "Jin Mao" de Shanghai et le nouveau gratte-ciel construit à Taipei (tous ces bâtiments atteignent 500 mètres).

    Mais, en Europe, le gratte-ciel de Moscou dépassera par son hauteur la tour Eiffel (300 mètres) et les "Ailes de verre" de Londres (London Bridge Tower, 306 m).

    Ce bâtiment apportera du nouveau à l'image architecturale de la ville où seule une dizaine d'immeubles géants se dresse et changera beaucoup son caractère patriarcal. Le fait est que le vieux Moscou préférait toujours grandir en largeur, et non pas en hauteur. Cependant, le sens de l'harmonie s'estompe devant les ambitions politiques, car nous nous considérons de nouveau comme une superpuissance. Mais le pronom "nous" suppose un collectif, à la différence de l'anneau des "gratte-ciels staliniens" construits autour du centre de Moscou après la victoire remportée lors de la Seconde Guerre mondiale. Ils avaient un seul inspirateur, alors que le projet actuel en a beaucoup, surtout si l'on tient compte de l'apparition actuelle de nombreux gratte-ciels plus petits dans toute la capitale russe. Les tours grandioses hantent l'esprit de nombreux Russes qui n'ont rien à voir avec le pouvoir.

    La Russie a toujours été soucieuse de son image à l'étranger. L'URSS était, à bien des égards, un Etat-exposition. La nouvelle Russie démocratique a hérité de cette passion pour une image forte.

    D'ailleurs, on a déjà tenté d'ériger le plus haut bâtiment d'Europe et du monde - le Palais des Soviets - à Moscou. D'après le projet de l'architecte Iofan, la hauteur du palais devait dépasser 400 m. Une statue de Lénine d'environ 80 mètres de haut devait couronner le sommet de ce géant. Compte tenu du climat en Russie, la majeure partie de la statue aurait été enveloppée par des nuages bas et les gens n'auraient vu que les pieds du guide. Mais cela n'a pas été pris en considération, le prestige mondial était au-dessus de tout.

    Comme on le sait, cette version soviétique de la tour Babel n'a pas été construite et la Cathédrale du Christ Sauveur dynamitée par les bolcheviks a été reconstruite à cet endroit.

    Ce rappel de l'histoire a pour but de souligner l'idée que la Russie a toujours aimé relever les défis. Moscou et Saint-Pétersbourg ont toujours été bâties dans un style triomphal.

    Cette tradition du triomphe sur l'espace est partagée par l'architecte principal de Moscou Alexandre Kouzmine qui propose de transformer la capitale russe en "forêt de gratte-ciels". D'après le nouveau plan général de développement de la capitale approuvé à la réunion du Comité d'urbanisation, vers 2015, c'est-à-dire dans dix ans, 200 hauts buildings seront construits dans la capitale russe. Ils se trouveront, pour l'essentiel, le long de l'autoroute périphérique, loin du centre, et transformeront Moscou en immense amphithéâtre, en espace entouré d'une enceinte de géants silencieux.

    30 Instituts d'architecture mènent des études aujourd'hui sur de nouvelles normes: celles de la construction, de l'urbanisation, les mesures anti-incendie et sanitaires. Toute la logique de la construction est reconsidérée. On recherche de nouveaux matériaux de construction. Tout cela garantit un bond vertigineux de l'industrie du bâtiment, un boom de l'urbanisation.

    Cette mégalomanie n'est pas soutenue par tout le monde.

    "Des milliers d'architectes reproduisent la même chose dans le monde entier, s'indigne Peter Noah Weyer, architecte de Vienne spécialisé dans l'architecture mondiale. Des tours de Manhattan, de Tokyo, de Moscou, de Hongkong: partout, le paysage est uniforme, comme des clones".

    A la biennale architecturale-2004 qui vient de prendre fin à Venise, le stand de la Russie a présenté, entre autres, des projets d'étudiants, notamment celui de Maria Gouleieva, étudiante de l'Institut d'architecture de Moscou, qui propose de retirer l'asphalte dans la ville, pour qu'on puisse marcher pieds-nus et ressentir le contact de la terre et même de la boue.

    Comme on le sait, les extrêmes se rejoignent.

    La Russie reste un pays de grands contrastes.

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