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    Les perspectives du secteur pétrolier russe

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    MOSCOU, 4 novembre. /par Nina Koulikova, commentatrice économique de RIA Novosti/. Depuis ces temps derniers les informations relatives à la situation qui prévaut dans le secteur pétrolier russe se limitent aux actualités périodiques concernant deux ou trois sociétés importantes. L'affaire Ioukos reste sur le devant de la scène et occulte tout le reste à l'arrière-plan. Cependant, d'autres tendances qui influent sur l'économie du pays sont visibles dans le secteur.

    L'industrie du pétrole est la plus rémunératrice en Russie et se développe intensément. Cette année la production de brut est attendue à un niveau supérieur à 450 millions de tonnes. En ce qui concerne les prévisions du rythme de croissance de la production, les représentants des milieux d'affaires russes sont plus optimistes que les fonctionnaires et la communauté scientifique. Le directeur du service d'analyse des investissements et des relations avec les investisseurs de Lukoil, Andréi Gaïdamaka, estime que la production de pétrole en Russie continuera à augmenter à un rythme stable de 4% à 5% par an. Par contre, le président de l'Institut de la politique énergétique, Vladimir Milov, soutient que le rythme d'accroissement peut se ralentir jusqu'à 1% ou 2% par an.

    Le potentiel de croissance de la production et de l'exportation de brut dépend de la croissance des investissements, de l'implantation de technologies modernes et des décisions globales relatives à la construction d'oléoducs nouveaux et au développement de la production en Sibérie orientale. D'après le directeur du Département des prévisions macro-économiques du ministère du Développement économique et du Commerce, Andréi Klepatch, si l'infrastructure et les nouveaux gisements ne sont pas développés, le pays ne pourra pas produire plus de 500 millions de tonnes vers 2010. Mais si les problèmes de l'infrastructure sont petit à petit résolus, si le gouvernement décide de construire de nouvelles canalisations de transport de brut, notamment en direction de Nakhodka ou de Mourmansk, et que le débit du Système d'oléoducs de la Baltique augmente, la Russie pourra produire 530 à 550 millions de tonnes de pétrole par an.

    Le caractère conservateur des prévisions est dû à deux problèmes qui persistent. Premièrement, c'est l'insuffisance du réseau de transport qui oblige de nombreuses sociétés pétrolières à reporter à plus tard les investissements dans la production de pétrole. La majeure partie de la production est transportée par rail et par mer tandis que le transport par canalisation revient deux à trois fois moins cher. Chez Lukoil, le transport est la deuxième rubrique du chapitre des dépenses, après les impôts. De l'avis d'Andréi Gaïdamaka, le réseau de transport russe n'est pas en mesure de subvenir aux besoins en exportations des sociétés pétrolières russes.

    D'après d'Andréi Klepatch, des propositions sur la construction d'oléoducs ont été inscrites au programme à moyen terme élaboré par le ministère de l'Industrie et de l'Energie qui a déjà été soumis au ministère du Développement économique et du Commerce et sera communiqué au gouvernement dans l'immédiat. En même temps, la construction de nouvelles canalisations de transport doit être justifiée par la disponibilité de ressources nécessaires, autrement dit par les réserves de pétrole existantes et rentables du point de vue économique. Or leur existence suscite des doutes parce que la croissance de la production de pétrole commence à prendre du retard sur celle des exportations. Plus le temps passe et plus il devient difficile d'assurer une croissance de la production et des exportations avec les réserves de la seule Sibérie occidentale.

    L'autre problème est l'instabilité du système fiscal et l'absence d'unanimité dans le gouvernement sur le problème du perfectionnement de l'imposition du secteur pétrolier. Avec le système existant, alors que le baril coûte plus de 25 dollars, jusqu'à 90% des recettes supplémentaires engrangées par les sociétés pétrolières servent à payer les impôts. Même les représentants du ministère du Développement économique et du Commerce reconnaissent que cela compromet les projets de restructuration et de mise en valeur de nouveaux gisements qui exigent des investissements considérables.

    Les représentants des milieux d'affaires rendent hommage à l'Etat qui a appris à percevoir les impôts mais font observer que la pression fiscale sur le secteur pétrolier est si forte qu'elle influe sur la prise de décisions d'investissement. D'après Andréi Gaïdamaka, de Lukoil, les cours de pétrole ont doublé depuis ces trois dernières années mais le volume des versements d'impôts s'est accru bien davantage, de plus de deux fois. Ainsi alors que les prix du pétrole augmentent sur le marché mondial, la totalité de l'accroissement des revenus des sociétés pétrolières va au budget. Selon les données du directeur du service analytique de Ioukos, Galina Antonova, après l'entrée en vigueur de nouvelles règles fiscales à partir de 2005, il faudra, pour payer les impôts, débourser beaucoup plus que les pétroliers ne pourront encaisser pour le brut vendu.

    La pression fiscale sur le secteur pétrolier est proche, aujourd'hui, de la limite. Tel est l'avis unanime des dirigeants des sociétés pétrolières et des fonctionnaires, d'où la nécessité d'une révision du système d'imposition de cette branche. Reste à savoir seulement comment la pression fiscale doit être modifiée. A l'heure actuelle, ce sont la taxe à l'exportation et l'impôt sur l'extraction des ressources minérales, rattaché au cours du pétrole sur le marché mondial, qui constituent la majeure partie des versements fiscaux des exportateurs. Ces deux charges présentent un inconvénient qui consiste en ce qu'une baisse des cours du pétrole sur le marché mondial ne manquera pas de frapper durement la production russe. D'autre part, l'imposition de l'extraction n'encourage nullement la mise en valeur de gisements nouveaux. De l'avis du chef de la Direction de l'expertise auprès du président de la Fédération de Russie, Arkadi Dvorkovitch, du fait que l'impôt sur l'extraction des ressources minérales est rattaché au prix mondial, les produits pétroliers ne cessent d'augmenter sur le marché intérieur. Les experts estiment, dans leur majorité, que ce n'est pas l'extraction qui doit être imposée mais le bénéfice des sociétés.

    La possibilité d'une révision de ces impôts précisément fait l'objet d'une discussion animée depuis ces temps derniers. Le ministère du Développement économique et du Commerce a déclaré que l'impôt sur l'extraction des ressources minérales doit être maintenu et qu'il faut seulement trouver le moyen de le différencier d'une façon raisonnable. Il a notamment proposé de l'abaisser pour les gisements nouveaux et pour ceux en épuisement, en le détachant des cours mondiaux. Cela requiert une étude approfondie puisqu'une simplification irréfléchie du système fiscal risque d'avantager certaines parties concernées au détriment d'autres. On propose aussi d'annuler les taxes à l'exportation et de compenser ce manque à gagner par un impôt supplémentaire sur le bénéfice des sociétés pétrolières.

    Et pourtant le plus important est que la législation soit stable. Ce n'est que dans ce cas que les sociétés pourront planifier leur activité sur plusieurs années. Or le développement du secteur pétrolier et l'intérêt qu'il présente pour les investisseurs importent beaucoup du point de vue des intérêts de l'Etat puisque les impôts acquittés par cette branche représentent la majeure partie du budget fédéral et du fonds de stabilisation.

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