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    L'accent italien dans la culture russe

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    MOSCOU. Par Anatoli Korolev, commentateur politique de RIA Novosti. Le 3 novembre, le président Vladimir Poutine a remis au Kremlin, en présence du premier ministre italien Silvio Berlusconi, d'inhabituelles distinctions - partagées à égalité - à deux personnalités en vue du monde de la culture de l'Europe: la directrice du Musée des Beaux Arts Pouchkine de Moscou, Irina Antonova, et le célèbre réalisateur italien Franco Zefirelli.

    Irina Antonova a été nommée "meilleure amie russe de l'Italie", et Franco Zefirelli - "meilleur ami italien de la Russie".

    Les liens entre la Russie et l'Italie remontent au XVème siècle, lorsque l'un des plus grands tsars de Moscovie, Ivan III, a confié la reconstruction en dur du kremlin de bois à deux maîtres italiens, Pietro Antonio Solario et Ridolfo Fioravanti degli Alberti. Le Kremlin, dans son aspect actuel, est l'oeuvre des deux génies italiens: les remparts, la tour du Sauveur, la tour Borovitskaïa, le Palais à facettes et, enfin, la Cathédrale de la dormition - tous ces chefs-d'oeuvre ont été conçus par les architectes italiens.

    Depuis cette époque, l'Italie ensoleillée est devenue pour la Russie enneigée, et tout particulièrement pour ses peintres, ses artistes, ses écrivains, une terre promise. Et le voyage en Italie, hier comme aujourd'hui, récompense les meilleurs lauréats de l'Académie des beaux arts.

    Deux monuments de la culture russe ont été créés en Italie - la toile grandiose d'Alexandre Ivanov, "Apparition du Christ au peuple", et le célèbre roman de Gogol, "Les Âmes mortes".

    Les Russes sont attirés dans la culture italienne par le sens inné de l'harmonie, par l'amour de la vie, par l'humanisme. Le musée des Beaux Arts dirigé par la "meilleure amie de l'Italie" qu'est Irina Antonova a été créé, voici un peu plus de cent ans, par le professeur Ivan Tsvétaïev (père de la célèbre poétesse Marina Tsvétaïeva), grand connaisseur et admirateur de la culture italienne.

    De fait, il s'agissait d'essayer de transférer en Russie l'ensemble de la culture italienne - et notamment les plus beaux échantillons de l'art sculptural. Les enthousiastes ont réalisé des milliers de moulages en plâtre de centaines de chefs-d'oeuvre italiens. Désormais pour s'extasier devant une sculpture de Michel-Ange ou voir la statue équestre du condottiere Bartolomeo Colleoni, travail d'Andrea Verrocchio commandé par Léonard de Vinci, point n'est besoin de faire le voyage de Florence ou de Venise. Il suffit de passer par le patio du musée, édifié dans le style des "palazzi" florentins.

    La collection de tableaux italiens qui se trouve en Russie ne le cède qu'aux collections italiennes. Sur les vingt tableaux réalisés par Léonard de Vinci tout au long de sa vie, deux font partie de la collection de l'Ermitage.

    Si le souffle des mers chaudes et de la civilisation antique pousse les Russes vers l'Italie, les Italiens sont attirés dans la culture russe par sa faculté de combiner le grandiose et le modeste, par la puissance exacerbée de la compassion et par la pureté morale des sentiments.

    "Il est impossible de pratiquer un art contemporain sans puiser à la source première, affirme Franco Zefirelli, - sans connaître les grands romans littéraires de Dostoïevski ou de Tolstoï".

    Zefirelli est devenu populaire en Russie il y a une trentaine d'années, quand ses adaptations cinématographiques des pièces de Shakespeare "Roméo et Juliette", avec Olivia Hussey, et "La Mégère apprivoisée", avec Elisabeth Taylor et Richard Burton, ont été projetées dans les cinémas de l'URSS.

    La gloire de Zefirelli a été ensuite renforcée par ses films la "Traviata", "Othello", "Hamlet", avec Mel Gibson dans le rôle titre, "Un Thé avec Mussolini", "Callas Forever", sans oublier l'adaptation du grand roman classique de Charlotte Brontë, "Jane Eyre", qui a conquis les coeurs des Russes.

    A part le cinéma, Zefirelli a monté sur les scènes de Londres, de Milan et de New York un grand nombre d'opéras, dont "Aïda", la "Tosca", la "Traviata", pour ne citer que ces monuments de l'art lyrique. Ces derniers temps, le maestro nourrit un sentiment d'amour particulier pour la Russie. Au cours de la seule année 2004, il a exposé les esquisses, les maquettes et les costumes conçus pour ses films et ses opéras au Musée des collections privées, il a inauguré le festival "Le bois de cerisiers", mis en scène au Bolchoï la "Traviata", de Giuseppe Verdi.

    Et pour terminer, nous dirons qu'il faut absolument perpétuer la tradition consistant à récompenser les amis étrangers de la Russie.

    Parmi les candidats à cette distinction, on peut citer, par exemple, le directeur de la bibliothèque du Congrès des Etats-Unis à Washington, l'éminent slaviste, le professeur Michael Billington; le grand propagateur de la littérature contemporaine russe en Bulgarie, le poète et éditeur de la revue Fakel, Guéorgui Borissov; le traducteur français des pièces d'Alexandre Ostrovski, André Markowicz et, enfin, le metteur en scène allemand Peter Stein, qui a brillamment monté toutes les pièces de Tchékhov.

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