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    La fin de l'ère Arafat et l'affaiblissement du rôle de la Russie au Proche-Orient

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    Paris (par Angela Charlton, en exclusivité pour RIA Novosti).

    La fin de l'ère Arafat place Moscou en situation de dilemme, de même qu'elle lui offre une nouvelle possibilité. Et cette possibilité consiste dans le fait que la Russie puisse affirmer son rôle d'acteur incontournable dans le dialogue israélo-palestinien, d'acteur qui sera beaucoup plus neutre que la très pro-arabe Union Soviétique, et plus fiable que l'administration américaine unilatéraliste.

    Le dilemme se pose en ces termes: comment mettre en pratique ce qui vient d'être dit. Il convient de le faire dans le respect de l'héritage politique d'Arafat; et à cet égard il serait erroné de s'opposer aux alliés des Arabes, ou de rompre l'équilibre des relations entre Vladimir Poutine et George Bush. Le Kremlin s'est retrouvé partiellement confronté à ce dilemme dès la fin de la guerre froide. Mais après la tragédie de Beslan il est apparu dans toute son acuité, lorsque Poutine a déclaré la guerre à tous les terroristes internationaux.

    Pour exploiter la nouvelle possibilité qui s'offre aujourd'hui, il faudra mener une diplomatie à la fois active et prudente. La compréhension - à défaut de la contribution - de la Maison Blanche s'avérera également nécessaire. Il est tout à fait possible que la Russie échoue dans son entreprise. Dans ce cas, la disparition d'Arafat signifiera la fin de l'époque de la participation de Moscou au processus de paix. Le décès d'Arafat peut entraîner le chaos, auquel cas les émissaires de la Russie deviendront inutiles. D'autre part, Israël et les USA peuvent fort bien évincer la Russie du processus de négociations.

    Ceci causerait un immense préjudice à l'influence déjà fragilisée de la Russie dans le monde et à l'image qu'elle a d'elle-même, et constituerait par ailleurs une humiliation et ferait peser une menace potentielle sur tous les efforts de paix. Indépendamment des ambitions personnelles de Poutine, la Russie est géographiquement très peu éloignée duProche-Orient, et elle a beaucoup trop investi dans cette région pour être aussi simplement mise à l'écart.

    Le dirigeant soviétique Joseph Staline a soutenu en 1948 l'initiative de l'ONU visant la création de l'Etat d'Israël, essentiellement parce qu'il espérait obtenir une tête de pont dans cette région turbulente à l'aube de la guerre froide. Bientôt la direction soviétique est passée du côté du monde arabe, a mis en place au Proche-Orient des régimes amis et a commencé à soutenir militairement la cause arabe. Mahmoud Abbas, qui a été longtemps le numéro deux après Arafat et fut considéré à une époque comme le successeur du leader palestinien, a fait partie de ces milliers d'Arabes qui ont effectué leurs études dans des universités ou d'autres établissements d'enseignement supérieur soviétiques (Abbas a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire du sionisme à l'Institut d'études orientales de Moscou).

    Le rôle de Moscou s'est quelque peu affaibli après la victoire d'Israël en 1973, lorsque l'Egypte s'est retrouvée dans la sphère d'intérêts de la politique américaine. En 1991, au moment où l'Union Soviétique commençait à se déliter, Moscou est devenu cofondateur de la Conférence de Madrid qui, grande première historique, a réuni Israël et la Palestine à la table des négociations. La Russie demeurait médiateur officiel dans le processus de règlement pacifique, mais après l'effondrement de l'URSS, qui a considérablement effrité l'influence globale et les possibilités financières de Moscou, le rôle de la Russie s'est amenuisé.

    La Russie a dynamisé sa participation au processus de paix en 2003, lors de l'adoption de la Feuille de route, qui esquissait les mesures de création d'un Etat palestinien. Le ministre des Affaires étrangères de Russie de l'époque, Igor Ivanov, a contribué à la tenue des pourparlers dans le format du quartette formé par la Russie, les Etats-Unis, l'ONU et l'Union européenne.

    Dans le même temps, la Russie a adopté un comportement moins hostile envers Israël et a renoncé à l'antisémitisme qui animait auparavant la politique officielle de Moscou. L'abolition du régime des visas de sortie a donné aux Russes la possibilité de se rendre librement en Israël. Par ailleurs, les Russes et leurs dirigeants ont adopté une attitude beaucoup plus ferme envers les extrémistes islamistes, car les dix années de guerre en Tchétchénie avaient provoqué une vague d'attentats dirigés contre la population civile du pays.

    Après l'attaque du 11 septembre contre les Etats-Unis, le président Poutine a choisi de s'allier à Bush dans sa lutte contre le terrorisme, ce qui a conduit Moscou à revoir sa politique proche-orientale. La prise d'otages de Beslan a conforté Poutine dans son choix. La Russie a renforcé ses contacts avec les services de sécurité israéliens en matière de lutte contre les terroristes kamikazes. Poutine a déclaré que la Russie était en guerre contre tous les terroristes internationaux. Ce qui signifiait que même ceux que la Russie considérait comme des combattants d'une juste cause, et notamment les Palestiniens, seront mis sur le même plan que leurs frères en Tchétchénie. Poutine a soutenu Bush pendant la campagne électorale américaine en disant que les terroristes cherchaient à le chasser du pouvoir, et a loué les Américains pour n'avoir pas cédé à la panique.

    Mais au Proche-Orient, la Feuille de route "patine". L'absence d'Arafat n'y change pas grand-chose; après 40 ans d'exercice du pouvoir, il est devenu le symbole de la cause palestinienne, et ses collègues poursuivront avec ardeur sa politique. Il n'en reste pas moins que nombre de Palestiniens et d'Israéliens espèrent que le successeur du raïs saura déblayer le chemin pour de nouveaux pourparlers.

    La Jordanie et certains pays arabes insistent sur l'accroissement du rôle de Moscou dans le processus de paix, nonobstant la politique de Poutine en Russie et son rapprochement avec Bush. Poutine a déjà évoqué l'utilisation des liens qu'entretient la Russie avec les Palestiniens et le grand nombre d'émigrés russophones en Israël, ces deux facteurs étant susceptibles de renforcer la confiance de part et d'autre.

    Cependant Bush, avec la nouvelle assurance acquise grâce à sa victoire aux élections, peut conclure qu'il a reçu carte blanche pour mener une politique encore plus unilatéraliste. Il est fort possible que les Etats-Unis profitent de la vacuité du pouvoir pour promouvoir leurs intérêts dans la région. Poutine pourrait s'efforcer de préserver le rôle de la Russie au Proche-Orient tout en soutenant la politique des Etats-Unis, mais dans ce cas il devra agir avec une extrême prudence pour ne pas être considéré comme un valet de Bush par les Palestiniens.

    Finalement, le rôle que jouera la Russie dépendra à la fois des Palestiniens et des Israéliens. Si la transmission du pouvoir s'effectue par la voie pacifique, on pourra estimer que les médiateurs internationaux ont accompli la plus grande partie de leur mission.

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