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    Terrorisme et journalisme : la parole qui guérit et qui tue

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    MOSCOU, 5 novembre. Par Viatcheslav Lachkoul, commentateur de RIA-Novosti

    L'analyse des actes terroristes trahit l'intérêt tout particulier porté par leurs organisateurs et exécutants aux médias. Ce n'est pas un hasard si l'une des premières exigences des terroristes en toutes circonstances, notamment, dans les prises d'otages, est de "faire venir" sur les lieux du drame des journalistes de médias connus. Si la télévision et la presse passent sous silence l'événement, les criminels le jugent souvent "raté".

    C'est sur cette circonstance qu'a insisté dans un entretien avec le correspondant de RIA-Novosti le délégué spécial du président russe à la Coopération dans la lutte contre le terrorisme et le crime transnational Anatoli Safonov. Les terroristes, dit-il, recourent avec cynisme à l'ensemble des ressources informationnelles du monde pour faire la propagande de leurs objectifs et de leur idéologie : "Les grandes chaînent de télévision montrent des scènes d'exécution d'otages, des hôtels dynamités... Habilement, les terroristes mettent à profit l'intérêt objectif des médias pour leurs actes criminels. Mais au fond, des horreurs et des souffrances humaines sont relayées de par le monde et les terroristes atteignent leurs objectifs : semer la panique, déstabiliser les sociétés. Ajoutez-y Internet devenu depuis longtemps pour eux un outil d'information et de communication".

    La globalisation de l'espace informationnel fait le jeu des idéologues du terrorisme international, devenant un outil efficace dans la guerre psychologique proclamée au monde entier. Et la Toile devient, depuis son ouverture, le moyen le plus commode de former des terroristes. Par exemple, les auteurs du site Sacina Security (Londres) ont organisé à l'intention des musulmans un cours de "guerre sainte" contre les "infidèles". Celui-ci comprend le maniement de mitraillette, un cours de combat rapproché et un cours de "jeune poseur de mines". Internet est aussi utilisé comme un moyen de communication entre différents groupes et organisations de terroristes : la retransmission d'informations codées devient une pratique quotidienne pour les extrémistes internationaux.

    Les journalistes russes ont pris conscience de leur propre rôle dans ces affaires au lendemain de l'attentat tragique dans un centre théâtral de Moscou en octobre 2002. A l'époque, les "anciens" de l'unité antiterroriste Alpha s'adressaient aux journalistes pour les inviter à faire preuve de beaucoup de circonspection en couvrant ce genre d'événements. Ils ont mis en garde la presse contre les tentatives d'offrir les ondes et les colonnes à des experts douteux. Bientôt, les journalistes ont adopté une "convention antiterroriste" : un code de conduite pour les médias dans les cas d'urgence. Ce code comporte notamment la recommandation de ne pas interviewer les terroristes et de ne pas leur fournir l'opportunité d'intervenir en direct sans consultation préalable avec l'état-major des forces de l'ordre. Il a été utile de les avertir que les terroristes pouvaient profiter des émissions radio et de télévision en direct pour transmettre des signes conventionnels à leurs complices. D'autre part, on voulait que les informations retransmises des lieux des attentats ne comportent de renseignements en mesure de consolider les positions des terroristes.

    La communauté journalistique s'est entendue sur la manière dont doit être organisée la couverture d'un attentat. En voici l'une des conclusions évidentes : l'interdiction complète de glorifier le terrorisme, en dépit des fables "objectivistes" sur les "causes" de leurs actes criminels.

    Il va de soi que ne pas écrire sur le terrorisme est inconcevable. Toute la question est de savoir comment écrire ? L'interview que Zarema Moujakhoeva a accordée à la presse russe est significative sur ce plan. Cette jeune femme tchétchène n'a pas osé se faire exploser dans une rue animée de Moscou. Et cette interview est un exemple éclatant d' "avilissement" du terrorisme. D'aucuns croyaient que son mari était mort dans la "lutte juste contre les infidèles". On apprend que c'est faux. Il a été tué dans un règlement de comptes entre revendeurs de métaux non ferreux à Krasnoïarsk. D'autres croyaient que son apparition avec une charge dissimulée dans un sac dans une rue de Moscou était une "pulsion émotionnelle". C'est faux également. La kamikaze, en préparant cet attentat, voulait tout simplement rembourser une dette. Enfin, Zarema avait une idée des plus confuses sur les objectifs de cet attentat. En fin de compte, la femme a refusé de mourir. Voilà pourquoi elle n'a pas actionné l'engin.

    D'ailleurs, dans cette même interview une question légitime se pose à propos d'un des postulats répandus dans le milieu terroriste : on dit que si un homme kamikaze se fait sauter, il va immédiatement au paradis où il vivera entouré de jeunes beautés. Mais qu'en est-il des femmes kamikazes, sur quoi peuvent-elles compter ? Zarema n'a pas su répondre à cette question. Rien d'étonnant à cela : le Coran n'a pas été écrit pour les terroristes !

    Ainsi les médias peuvent eux aussi faire une contribution de poids à la lutte contre le terrorisme, démythifier et démasquer les organisateurs et les exécutants des attentats.

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