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    OTAN-Russie: quelques questions pour la prochaine présidence Bush

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    MOSCOU, 10 novembre. (Par Viktor Litovkine, commentateur militaire de RIA Novosti). Après la nouvelle victoire de George W.Bush à la présidentielle américaine, les relations de Moscou et de l'OTAN pour les quatre années à venir constituent le thème central des pourparlers que l'ambassadeur des Etats-Unis au sein de l'Alliance de l'Atlantique Nord, Nicholas Burns, a menés dans la capitale russe au début du mois de novembre. Il a rencontré les dirigeants des ministères russes des Affaires étrangères et de la Défense et s'est entretenu avec des experts et des journalistes.

    Et bien qu'en vertu de ses fonctions Nicholas Burns se devait de prononcer des phrases du type "les rapports entre la Russie et l'OTAN restent un facteur substantiel de la sécurité européenne et jouent un rôle de plus en plus grand dans la guerre menée contre le terrorisme", il lui a été difficile de dissimuler, malgré les subtilités du langage diplomatique, que ces derniers temps tout ne va pas aussi bien qu'on le voudrait entre Moscou et Bruxelles. Dans l'une et l'autre capitale. Le fait qu'à la différence de son prédécesseur, qui se rendait à Moscou au moins tous les semestres ou trimestres, il y a fort longtemps que le secrétaire général de l'OTAN, Jan de Hoop Scheffer, n'a pas été vu à Moscou.

    Le partenariat Russie-OTAN devient de moins en moins multilatéral pour acquérir un caractère bilatéral, russo-italien comme les exercices navals "IONIEX-2004" en mer Ionienne, russo-français comme les manoeuvres navales qui se sont déroulées dans l'Atlantique Nord avec la venue du sous-marin nucléaire russe "Vepr" dans le port français et la base navale de Brest ou encore russo-américain comme les exercices "North Eagle" dans l'océan Atlantique, auxquels ont pris part les frégates de la Flotte russe du Nord "Admiral Levtchenko" et "Severomorsk". Même pour les exercices antiterroristes de protection des sites nucléaires organisés l'année dernière dans la presqu'île de Kola seuls dix-sept des vingt-six membres de l'OTAN avaient envoyé des observateurs.

    L'Allemagne et la France ont été les seuls pays prenant part à l'opération antiterroriste et antitaliban lancée en Afghanistan, à avoir été autorisés à faire transiter des matériels et des effectifs militaires par son territoire, et cela ne peut que mettre la puce à l'oreille des experts et des journalistes qui s'intéressent aux relations entre Moscou et Bruxelles.

    Pourquoi ce refroidissement durant la dernière période? Monsieur Nicholas Burns a lui-même tenté de répondre à cette question.

    Certains officiels à Moscou continuent de penser que l'OTAN ne répond pas aux défis du moment et que l'élargissement de l'Alliance à l'Est menace la sécurité de la Russie. Il n'en est pas du tout ainsi, prétend l'ambassadeur. "Nos pays n'ont pas encore épuisé le potentiel qu'ils ont investi dans le Conseil Russie-OTAN", dit Nicholas Burns. Parmi les domaines de la coopération de Moscou et de Bruxelles il a cité la motivation et la création d'une défense antimissile sur le théâtre européen, la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive et des technologies balistiques, le sauvetage des équipages des sous-marins en perdition, le tenue de conférences scientifiques et pratiques d'officiers des vingt-sept pays (OTAN plus Russie), chargées d'élaborer un langage de commandement unifié ainsi que d'autres faits qui ces derniers temps sont plutôt délaissés par la presse.

    "L'élargissement de l'OTAN ne constitue pas un danger pour la Russie, prétend-il. C'est un facteur de stabilisation pour l'Europe et pas seulement elle. L'Alliance a contribué à prévenir bon nombre de conflits et maintenant elle continue de jouer un rôle pacificateur tant dans les Balkans qu'en Afghanistan". Les experts et les journalistes présents à la rencontre n'ont pas tous fait la leur cette argumentation. Le général en retraite Vladimir Dvorkine, expert scientifique de l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales, a fait remarquer qu'il voyait mal comment on pouvait associer des opérations de sauvetage en mer à la lutte contre le terrorisme et que les discussions sur la création d'une défense antimissile européenne ne dépassaient toujours pas le cadre des déclarations politiques. Ces faits et bien d'autres encore ne contribuent pas au renforcement de la confiance de la Russie vis-à-vis de l'OTAN. Tout comme l'absence d'un mécanisme réel de compatibilité opérationnelle des formations militaires des Etats faisant partie du Conseil Russie-OTAN.

    Les experts moscovites ont également dit que l'affermissement de cette confiance était gêné aussi par la présence d'armes nucléaires américaines déployées dans des pays européens qui, au demeurant, ne sont pas membres du "club nucléaire". Et aussi par l'activité intense déployée par les instances dirigeantes otaniennes dans les Etats de l'ancienne Union soviétique, tout particulièrement au Caucase du Sud, ce qui préoccupe le Kremlin et ses alliés de l'Organisation du Traité de sécurité collective. Les experts ont aussi rappelé le refus de la Lituanie de laisser transiter sur son territoire des frets militaires russes acheminés vers la région de Kaliningrad, ainsi que d'autres actions de Bruxelles et des Etats membres de l'Alliance, ne favorisant pas la compréhension entre eux et la capitale russe. Cependant, comme il sied probablement à tout diplomate, monsieur Burns n'a pas nié ces faits notoires, se bornant à affirmer que toutes ces actions ne visaient qu'un seul objectif, à savoir la consolidation de la stabilité sur le continent ainsi qu'autour de l'Irak et de l'Afghanistan, où des pays membres de l'OTAN et leurs structures unifiées sont engagés dans la lutte contre le terrorisme. Selon lui, tel est l'objectif poursuivi par les armes nucléaires américaines déployées en Europe, dont la mission est d'assurer la protection des alliés otaniens des Etats-Unis ne possédant pas ces armes.

    C'est vrai que la question clé de savoir contre qui les armes nucléaires américaines sont sensées défendre les alliés européens est restée sans réponse. Il est évident en tout cas que ce n'est pas contre les terroristes.

    Dans les couloirs de la rencontre on a beaucoup parlé de la "politique à géométrie variable" appliquée par certains membres de l'OTAN dans le cadre de la lutte conjointe contre le terrorisme. Non seulement parce que dans les capitales de l'Alliance de l'Atlantique Nord on continue de recevoir et de saluer les émissaires de Maskhadov mais encore parce que des mercenaires originaires de pays arabes et aussi d'Etats membres de l'OTAN sont de plus en plus nombreux à rejoindre le camp des terroristes tchétchènes. Ce sont des ressortissants canadiens, turcs (plus de 25 d'entre eux ont été abattus en Tchétchénie au cours des cinq dernières années) ainsi que des personnes originaires de pays dont les gouvernements ne prennent pas les mesures qui s'imposent en vue de mettre fin à l'activité déployée sur leurs territoires par toutes sortes d'organisations séparatistes et terroristes.

    Il a aussi été question de l'Afghanistan, où depuis déjà plusieurs années 10.000 soldats et officiers de l'OTAN mènent une opération antiterroristes sans pour autant réduire le trafic de stupéfiants à la frontière afghano-tadjique, un trafic qui s'est même considérablement intensifié ces derniers temps. C'est vrai que Nicholas Burns a promis à son auditoire que dans les jours à venir l'Alliance lancerait une nouvelle opération dans les provinces septentrionales et occidentales du pays avec pour objectif d'aider au règlement de ce problème.

    Bien sûr, les participants à la rencontre ont dit qu'en discutant ainsi ils cherchaient les moyens à mettre en oeuvre pour parvenir à un rapprochement et à la compréhension. Et que les obstacles accumulés par la guerre froide et le manque de clairvoyance de certains politiques ne seront pas éliminés du jour au lendemain, et ici monsieur Burns a parfaitement raison.

    La Russie et l'OTAN continueront à aller l'une au devant de l'autre. Nous ne sommes pas encore amis, mais nous ne sommes plus ennemis. Pas encore alliés mais déjà partenaires. Pas dans toute la force de ce terme, mais en nous en rapprochant progressivement.

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