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    Russie - Union européenne : une crise utile

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    MOSCOU (par Gueorgui Kisselev, commentateur politique de RIA-Novosti). Un argument valable a été trouvé pour reporter le sommet Union européenne - Russie qui devait se tenir le 11 novembre à La Haye: les Européens n'ont pas encore approuvé définitivement la composition de la Commission européenne avant cette date. Mais même si la nomination des commissaires européens avait eu lieu à temps, la rencontre russo-européenne aurait dû être reportée.

    Le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov a reconnu que certains documents qui étaient en voie de préparation pour la rencontre de La Haye n'étaient pas prêts pour la signature, ce qui arrive pour la première fois en dix ans de partenariat russo-européen. Bien que Moscou ait déclaré par la bouche de son représentant diplomatique Vladimir Tchijov que la Russie et l'UE n'avaient pas de divergences de principe sur le contenu du partenariat stratégique et que les désaccords ne concernaient que des détails, il semble que ces détails soient si importants qu'ils peuvent freiner considérablement le développement de la coopération russo-européenne.

    Les problèmes actuels entre la Russie et l'UE sont bien connus: les règles du transit vers Kaliningrad, le mouvement vers un régime simplifié des visas qui a été proclamé, mais qui est loin de devenir une réalité. Ces jours-ci, la Russie a étendu aux dix nouveaux membres de l'UE les règles commerciales de l'Accord russo-européen de partenariat et de coopération: à présent, il y aura probablement un problème de moins dans nos rapports. Cependant, la situation en ce qui concerne les droits des "non-citoyens" russophones dans les pays baltes continue à préoccuper la Russie. Cette situation n'est pas conforme aux normes européennes et, plus généralement aux normes démocratiques depuis près de quinze ans. Quant aux Européens, ils peuvent rarement se retenir de poser à la Russie des questions embarrassées relatives au sort de YOUKOS devenu soudain hors la loi et à laTchétchénie.

    La Tchétchénie devient l'un des obstacles principaux au développement du dialogue russo-européen. Au sommet de La Haye, les Européens avaient l'intention de placer le problème de la Tchétchénie au centre des discussions en le rattachant aux documents relatifs à la création de l'espace commun de sécurité. Cette approche est inacceptable pour la Russie. En effet, si, pour l'Europe, l'essentiel en Tchétchénie, ce sont les droits de l'homme, pour la Russie, c'est la lutte contre le terrorisme. Il sera difficile de trouver un juste milieu.

    Auparavant les parties s'en tenaient à des formules neutres sur le problème tchétchène qui arrangeaient tout le monde. Mais il sera impossible de continuer à suivre ce sentier battu, d'abord parce que les interlocuteurs- la Russie et l'Union européenne - ont considérablement changé ces derniers temps. L'Europe des 25 diffère beaucoup de l'Europe des 15: mettant l'accent sur l'intégration intérieure, elle attache une importance bien plus grande qu'avant aux valeurs européennes traditionnelles et, par conséquent, devient un partenaire plus exigent dans le domaine de la politique étrangère. De plus, un esprit batailleur est apporté en Europe par les nouveaux membres de l'UE: les pays d'Europe centrale et de l'Est perçoivent la Russie autrement que Berlin et Paris. La Russie a également changé, surtout après la tragédie de Beslan, lorsqu'elle a compris que sa lutte contre le terrorisme international prendrait plusieurs décennies et demanderait la mobilisation immense de ses ressources intérieures. La Russie, de même que l'Union européenne, est en train de régler ses problèmes intérieurs. Elle est également prête à défendre ses valeurs. Cela signifie que les propos et les déclarations politiques d'ordre général qui ont abondé au cours des dix années de partenariat russo-européen sont maintenant moins prisés. Il est le temps d'agir concrètement, d'éclaircir les détails jadis peu significatifs, de régler les problèmes sempiternels. La Tchétchénie n'est que le sommet de l'iceberg, car l'espace économique authentiquement "commun" posera des dizaines et des centaines de questions auxquelles aussi bien la Russie que l'UE auront du mal à répondre.

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