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    Les Russes plutôt hostiles au projet de numéro d'identification du contribuable (INN)

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    MOSCOU, 11 novembre (par Vladimir Simonov, commentateur politique de RIA Novosti). Le président russe Vladimir Poutine, le gouvernement et le Patriarche de Moscou et de Toutes les Russies Alexis II ont récemment reçu une lettre emplie d'émotion et signée par des habitants de Riazan et de sa région:

    "Votre Sainteté, chers messieurs,

    nous ne voulons pas être des biorobots, des "zombis" surveillés jour et nuit par des inconnus via ordinateur, nous ne voulons pas perdre la liberté offerte par Dieu... Nous, les chrétiens orthodoxes, ne souhaitons pas mettre en péril le salut de nos âmes et des âmes de nos enfants pour obtenir des biens sociaux ou un confort temporels".

    Les croyants réagissent passionnément au projet gouvernemental de mise en place d'un système d'enregistrement des gens prévoyant l'attribution d'un code personnel à chaque citoyen. Proposée par le ministère du Développement économique et du commerce, l'idée fait l'objet de vives discussions tant au sein du gouvernement de Mikhaïl Fradkov qu'à la Douma de la nouvelle législature depuis le début de 2004.

    De tels systèmes d'enregistrement de la population existent dans 60 pays. La Russie compte au moins 18 bases de données personnelles de toutes sortes. Le nombre des personnes répertoriées varie entre plusieurs millions et plus de cent millions.

    Cependant aucun système sectoriel ne couvre l'ensemble de la population russe. Des contribuables malhonnêtes, des adolescents cherchant à éviter le service sous les drapeaux ou ceux qui incarnent le Mal de notre époque - les terroristes - pourraient se glisser dans les fentes virtuelles de ces bases de données électroniques. Les autorités n'ont fait que réagir au problème majeur des fonctionnaires en proposant de créer un système unique d'enregistrement fondé sur l'identificateur universel de la personne (UIL). Les auteurs du projet ont élaboré deux scénarios de mise en place du système, à savoir les scénarios "souple" et "rigide". Selonle premier scénario, les particuliers se verraient attribuer un code personnel au moment où ils s'adresseraient aux autorités pour faire enregistrer un enfant ou un mariage ou bien recevoir une nouvelle carte d'identité. Le scénario "rigide" prévoyait l'organisation d'une campagne d'attribution obligatoire des codes personnels.

    A présent, les fonctionnaires reconnaissent avoir été trop naïfs. Ils auraient dû se rappeler les leçons de la récente campagne de remplacement des anciennes cartes d'identité soviétiques par les papiers d'identité russes. A l'époque, des milliers de Russes ont refusé d'échanger leurs cartes d'identité contre les nouveaux documents où un espace spécial était réservé au numéro de code personnel. Il était prévu que cet espace serait rempli après la mise en place du système national d'enregistrement. Mais cette prévoyance a eu un effet boomerang.

    Les Russes ont aussi vivement protesté contre l'attribution du numéro d'identification du contribuable (INN). Deux procès ont été ouverts dans la région de Léningrad et à Priozersk sur plaintes de plusieurs croyants refusant de collaborer avec l'inspection fiscale et de se voir attribuer un numéro d'identification. Le curieux de la chose est que les tribunaux ont donné raison aux plaignants dans les deux cas. Les gens sont restés sans "marque fiscale".

    "Marque du diable", "renoncement à Dieu", c'est ainsi que de nombreux croyants russes qualifient les tentatives des autorités pour remplacer le nom de baptême par un numéro électronique. Les éditions orthodoxes et les sites Internet citent les fameuses phrases de l'Apocalypse: "La bête fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front et que personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom. C'est ici la sagesse. Que celui qui a de l'intelligence calcule le nombre de la bête. Car c'est un nombre d'homme, et son nombre est six cent soixante-six".

    Même les informaticiens orthodoxes mêlent leurs voix aux protestations. Ils ont appris que les données personnelles seraient retenues sous forme de code à barres européen EAN-13/UPC. "Le chiffre 666 a été intégré dans la structure de ce code", ont-ils déclaré.

    L'hystérie religieuse autour de l'idée de codage de la population au moyen d'INN ou d'UIL a même obligé le Patriarche de Moscou et de Toutes les Russies Alexis II à se prononcer à ce sujet. Comme il fallait s'y attendre, le Patriarche n'a pas peur du diable. "C'est le sens commun qui doit l'emporter ici. Il n'y a pas de six dans le code INN. "Le chiffre 666 n'a aucun sens mystique, il y a la page 666 dans la Bible, mais nous n'allons quand même pas la déchirer", a déclaré Alexis II dans une interview au site Internet www.strana.ru.

    Les défenseurs russes des droits de l'homme ont cependant appuyé les protestations des chrétiens orthodoxes. Ils redoutent la possibilité de concentration de toutes les informations sur la personne dans des archives publiques. Les centres de défense des droits de l'homme se réfèrent souvent aux documents du tribunal de Nuremberg de 1945 considérant la numérotation des personnes comme un crime contre l'humanité. Ils citent en exemple l'Allemagne qui a renoncé à l'attribution des codes personnels, la Grèce où trois millions de personnes ont refusé d'obtenir les cartes d'identité électroniques Schengen contenant un code personnel ou le Japon où la loi interdit d'identifier la personne par un numéro.

    Les défenseurs russes de la vie privée trouvent aussi des arguments purement nationaux. Aucune base de données électronique russe n'a réussi à préserver la confidentialité des informations. Les bases de données de la police de la route, les adresses et les numéros de téléphone personnels, même les numéros de portables, les archives électroniques des organisations, y compris des centres de toxicomanie et de santé mentale sont disponiblesen CD-ROM qu'on peut acheter moyennant trois ou quatre dollars sur n'importe quel marché de Moscou. Personne ne peut garantir que la future base de données personnelles ne se retrouvera pas sur le marché le lendemain de sa création, selon les défenseurs des droits de l'homme.

    Les autorités hésitent. Il est impossible de vivre sans un système de contrôle électronique, mais il y a trop de Russes inconscients qui ne le comprennent pas. Pour le moment, les autorités ont recours à une propagande intensive. Les fonctionnaires expliquent inlassablement que les numéros de code ne seront pas attribués aux personnes, mais aux dossiers, qu'on ne pourra pas tout savoir sur quelqu'un en voyant un numéro et que les citoyens ayant un code personnel universel pourront bénéficier d'un plus grand nombre de services de meilleure qualité. Il n'est pas encore clair quand cette campagne de propagande donnera des résultats. La Douma s'apprête à examiner, en deuxième lecture, un projet de loi sur les papiers d'identité. Les nouvelles cartes d'identités russes n'auront probablement plus d'espace réservé au code personnel, d'autant plus qu'il n'y a toujours rien à y inscrire.

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