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    Les gestionnaires publics se félicitent du ralentissement de la croissance. Pourquoi?

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    MOSCOU, 12 novembre. (Par Yana Yourova, commentatrice politique de RIA Novosti). Depuis trois ans l'économie russe bénéficiait invariablement d'un vent de poupe. Encore au début de 2004, les experts unanimes misaient sur une poursuite d'une croissance économique de pas moins de 7,5 pour cent, un chiffre devenu habituel. Cependant, tout ce qui grimpe finit toujours par retomber, rappelaient leurs contradicteurs. Et si l'on en croit les récents titres faisant la une des journaux, ce moment approche progressivement pour la Russie.

    Le Comité russe pour les statistiques (Goskomstat) vient d'annoncer qu'en septembre le produit intérieur brut (PIB) n'avait progressé que de 3,5 pour cent par rapport au même mois de 2003. Et que comparativement au mois d'août le taux de croissance s'était réduit de 2,5 pour cent. C'est vrai que dans l'ensemble la situation n'a rien de catastrophique du moment que depuis le début de l'année le volume de la production industrielle s'est accru de 6,5 pour cent. Le Goskomstat n'a donc rien révélé de bien terrible. Car le ralentissement de l'activité industrielle en fin d'année est chose assez courante.

    Premièrement, à cette époque-là les matières premières - fondement de l'industrie russe - observent habituellement une décélération car elles doivent se préparer aux grands froids. En hiver les voies maritimes russes sont prises par les glaces et l'acheminement du pétrole devient difficile. Aussi une partie des réserves sont-elles mises en veilleuse. L'augmentation moins rapide de l'extraction de brut entraîne inévitablement un ralentissement de la croissance dans les branches axées principalement sur l'exportation.

    Deuxièmement, cet été le secteur financier russe a manifesté certains signes de nervosité. Touchés par la crise, les banquiers ont dû durcir les conditions de crédit et accroître leurs réserves. L'argent est devenu plus cher. Par conséquent il s'est trouvé davantage de gens pour placer des fonds à ces conditions avantageuses, ce qui a eu pour corollaire une baisse des investissements dans l'industrie. Or, on sait très bien que ce qui est récolté en été sera mangé en hiver. Maintenant la Russie recueille les fruits des mésaventures estivales.

    Cependant, ce sont là des choses tout à fait saisonnières et parfaitement rectifiables. D'ailleurs, les banques sont déjà sorties de leur stress. Selon les experts, au début du mois de novembre les comptes de correspondant présentaient un excédent record de 300 milliards de roubles tandis que le taux d'intérêt était proche du minimum annuel. Qui plus est, le taux d'intérêt a sensiblement baissé sur les marchés mondiaux et dès le mois de septembre les banquiers russes en ont retiré quelque 3 milliards de dollars. Par conséquent les affaires devraient reprendre dès le début de 2005 et doper la production industrielle.

    Mais le plus intéressant, c'est ce qui viendra ensuite. Dans leurs prévisions les gestionnaires publics russes persistent dans leur sinistrose. Le ministère du Développement économique et du Commerce déclare que pour l'ensemble de l'année il ne fallait pas s'attendre à une croissance du PIB supérieure à 6,9 pour cent. 6,9 pour cent, qu'est-ce qu'il y a de tragique dans ce chiffre? N'importe lequel des pays européens rêverait d'une croissance de 4 pour cent.

    Poursuivons. Le conseiller économique du président russe, Andreï Illarionov, a déclaré lors d'une conférence internationale tenue à Hongkong que toute la responsabilité ici incombe à la politique économique qui depuis deux ans s'est engagée dans une mauvaise direction. Selon lui, elle pèse sur la production industrielle et ce qui manque à la Russie, c'est la liberté économique. Or, le principal barrage à cette liberté ce sont les dépenses publiques qui, pour le conseiller présidentiel, sont trop élevées en Russie. Nous prêterions une oreille toute particulière à ce point de vue exprimé par Andreï Illarionov. Il n'est pas exclu qu'il fournisse le mot de l'énigme du pessimisme des gestionnaires publics. En effet, à l'heure qu'il est la Douma (chambre basse du parlement russe) travaille sur le budget fédéral pour 2005. Le tirage de couverture y est à son paroxysme du moment que le projet de loi de finances sera prochainement examiné en troisième et dernière lecture. Le moment est donc parfaitement approprié pour ramener les députés à la raison. Comment? En recourant à un procédé toujours gagnant: agiter devant les élus du peuple enclins à accroître les dépenses publiques le spectre de la récession économique et de l'impossibilité d'exécuter la volonté du président russe, à savoir doubler le PIB d'ici à la fin de la décennie. Vu l'état d'esprit pro-présidentiel de la majorité de la chambre basse, il est clair même pour un théoricien pas des plus perspicaces que les députés prendront conscience du sérieux de la situation dans le pays et modéreront leurs appétits.

    En dernière analyse, pour que l'année prochaine la Russie puisse continuer sur sa lancée radieuse, ce n'est pas pécher que de maintenir le pays dans l'égarement pendant un ou deux mois. Par contre, les dépenses publiques ne seront pas gonflées et les réformes économiques pourront être poursuivies.

    C'est vrai cependant que des prévisions moroses se font jour déjà hors des frontières du pays. Dans le rapport annuel de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement on trouve une information concernant un ralentissement de la croissance économique en Russie. Elle est accompagnée de chiffres qui correspondent aux paramètres annoncés par les gestionnaires publics...

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