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    La Russie cherche un emploi pour ses stocks de dollars

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    MOSCOU. (Commentatrice politique de RIA-Novosti, Yana Yourova). La richesse est en fait un très lourd fardeau à porter qui donne, en plus, bien des soucis à celui qui la possède. Les actuelles discussions des hommes politiques et des économistes russes se déroulent autour des pétrodollars. C'est que le Fonds de stabilisation de la Fédération de Russie qui s'était mis à former dès le début de l'année en cours grâce aux recettes supplémentaires provenant des prix du brut dépassant 20 dollars le baril a commencé à s'alimenter à une vitesse bel et bien vertigineuse. Son volume de base a été établi à 500 milliards de roubles (un dollars US équivaut à peu près à 29 roubles). C'est, somme toute, sa réserve intangible qui ne peut être qu'augmentée, y compris par des investissements dans des actifs étrangers hautement liquides. Quoi qu'il en soit, grâce aux flux pétroliers, le Fonds de stabilisation de la Fédération de Russie se monterait à quelque 564 milliards de roubles d'ici la fin de l'année en cours pour s'alimenter d'encore 387 milliards de roubles l'année prochaine, prédisent les experts.

    Et ce n'est pas tout. Pour la même "raison pétrolière", les réserves de change de la Fédération de Russie poussent comme des champignons. En effet, rien qu'au cours de la première semaine de ce mois de novembre, ces réserves de change ont augmenté de 5,5 milliards de dollars pour constituer 112,8 milliards de dollars. Force est de reconnaître que les efforts de la Banque Centrale (BC) de la Fédération de Russie n'y ont certes pas été pour rien. Entravant le renforcement du rouble, la BC a acheté en masse des devises américaines sur le marché russe intérieur.

    Et même les banques russes se portent aujourd'hui mieux que jamais. A l'aveu du premier Président adjoint de la Banque de Russie, Alexeï Oulioukaïev, le volume de la liquidité libre dans le système bancaire russe a totalisé début-mi-novembre 650 à 700 milliards de roubles.

    On a de la chance, dirait-on. Il faut de quoi être content. Néanmoins, les autorités russes sont gravement préoccupées par une telle tournure des événements. Et si l'on pouvait effectivement retenir les réserves de change pour s'en servir, entre autres, à titre de levier de la politique monétaire du pays, on pourrait sans doute placer d'une manière plus avantageuse ces sommes du Fonds de stabilisation qui dépassent les 500 milliards de roubles requis.

    Rien d'étonnant que plusieurs fonctionnaires gouvernementaux en ont eu des yeux allumés. Le ministère des Finances a été attaqué de toute part par des propositions d'employer cet excédent pour couvrir les dépenses courantes (qu'il s'agisse de financer le déficit de la Caisse des retraites, d'élever les salaires dans le secteur public ou d'autre chose du même genre), pour financer les réformes en cours ou toute sorte de projets d'investissement. Ainsi, le ministère fédéral de la Santé et du Développement social aurait voulu construire des centres de remise en forme et de cure du niveau international; le ministère des Transports voudrait subventionner le trafic aérien passagers, alors que le ministère de l'Energie voudrait poser des pipelines.

    Néanmoins, les fonctionnaires libéraux s'opposent le plus catégoriquement à la dépense des fonds ainsi accumulés à l'intérieur même du pays. A les entendre parler, un tel afflux de devises dans l'économie russe ne manquerait pas d'augmenter en flèche la masse monétaire, tout en provoquant inévitablement un regain d'inflation. Comme résultat, les représentants du ministère des Finances, de la Banque Centrale et du ministère du Développement économique et du Commerce se sont mis à insister, de concert, sur l'emploi de cet argent pour accélérer le remboursement de la dette extérieure du pays. Or, Andreï Illarionov, conseiller économique du Président, est à peu près du même avis, en proposant notamment de dépenser ces fonds pour réaliser la politique extérieure du pays, pour construire des représentations diplomatiques et des consulats de la Fédération de Russie, pour améliorer l'image même du pays à l'étranger ou pour entretenir les bases militaires russes. Le principal est que cet argent sorte des frontières nationales du pays, est-il persuadé.

    A première vue, un point de vue aussi catégorique paraît pour le moins étrange. C'est que la masse monétaire augmente en 2004 deux fois plus lentement que l'année précédente, alors que le taux d'inflation se trouve pratiquement au même niveau. Si au premier trimestre de cette année, l'inflation a été inférieure à celle d'il y a un an, au deuxième trimestre, elle est devenue pratiquement la même que l'année dernière, alors qu'au troisième trimestre, le taux d'inflation a dépassé de trois fois l'indice de l'année dernière - 1,8% contre 0,6%. Autrement dit, le rapport entre la masse monétaire et l'inflation n'est pas aussi direct que ça. Qui plus est, en 2004, l'inflation ne pourra plus baisser jusqu'aux 10% tant voulus. Ainsi, il est fort peu probable que des investissements dans des projets d'investissement économiquement efficaces nuisent au pays, loin s'en fait.

    Quoi qu'il en soit, si l'on considère la position des politiques libéraux d'un autre point de vue, on constatera que bien des choses y reprennent leur place. Les Etats arabes faisant partie de l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), Etats dont les économies ont accumulé, par tradition, une grande masse de dollars, transfèrent progressivement, mais avec fermeté leurs actifs de la zone dollar dans la zone euro. Cela signifie, entre autres, que la Russie qui ne cesse de s'orienter vers le dollar pourrait devenir un jour le principal "consommateur" de la devise américaine. Par conséquent, elle ne manquera pas d'en soutenir le cours d'échange sur le marché mondial. En d'autres termes, l'économie russe deviendrait plus importante qu'autrefois pour maintenir la stabilité de l'économie américaine.

    D'autre part, les propositions des fonctionnaireslibéraux russes d'employer l'excédent monétaire accumulé pour payer la plus grosse dette du pays, celle que la Russie doit au Club de Paris, tout en commençant à rembourser les autres dettes d'Etat, à construire des bases militaires et à effectuer d'autres dépenses à l'étranger peuvent, par contre, servir d'allusion aux Etats-Unis qu'un très gros lot de dollars est prêt à déferler sur le marché extérieur, ce qui va naturellement baisser le cours déjà sans cela plus que précaire de la monnaie US. Si, évidemment, dans le contexte de la nouvelle répartition des forces dans l'espace monétaire, on ne fixe pas de nouvelles priorités dans les relations entre la Russie et les Etats-Unis.

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