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    Une petite soeur pour la Place Rouge?

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    MOSCOU, 16 novembre. (Par Olga Sobolevskaïa, commentatrice de RIA Novosti). L'hôtel "Moskva", sis à deux pas du Kremlin, a été démoli. Pourra-t-on s'exclamer en 2007: "Vive le "Moskva" nouveau? Pour le moment c'est la grande inconnue car on ne sait pas encore très bien si l'hôtel sera reconstruit ou si le terrain libéré sera utilisé à d'autres fins.

    La démolition du vieil édifice et l'érection d'un nouvel hôtel serait une entreprise juteuse, aussi les investisseurs ont-ils immédiatement répondu présent. Cinquante millions de dollars ont déjà été dépensés dans le nouveau projet pour lequel quelque 600 millions de dollars d'investissements sont prévus. Pour mettre un terme à l'entreprise, la mairie va devoir avancer des arguments de poids. Bien sûr, les choses n'iront pas jusqu'à un référendum municipal pour savoir si le "Moskva" doit être "réincarné" ou non, mais le premier magistrat de Moscou, Youri Loujkov, a l'intention de "consulter ses administrés avant de prendre une décision".

    A l'époque des débats avaient éclaté autour de la démolition du "Moskva". Cet édifice n'était peut-être pas d'une valeur esthétique exceptionnelle, néanmoins pour les Moscovites et aussi pour les provinciaux il faisait partie des symboles de la capitale. Le "Moskva" était un signe du temps, une partie de l'histoire. Il avait été le témoin de rencontres déterminantes, de grandes décisions intéressant la politique et les arts y avaient été prises. Les Moscovites étaient habitués aux lignes massives et à la "duplicité" de l'hôtel, au début des années 1930 Joseph Staline ayant approuvé d'emblée les deux projets de façade proposés par l'architecte Alexeï Chtchoussiev. Et quand les autorités municipales avaient évoqué la démolition de l'hôtel parce que démodé et non rentable, cela avait suscité une levée de boucliers parmi les citadins. La protestation s'était exprimée sous différentes formes: lettres adressées à la mairie, interventions dans la presse et à la télévision, etc..Il était difficile à l'opinion d'accepter la perte d'un hôtel "historique".

    Quoi qu'il en soit, la boule a fait son oeuvre. Mais l'espace qu'elle a libéré et les magnifiques perspectives qu'elle a ouvertes ont brusquement incité les spécialistes et les profanes à se demander s'il est vraiment nécessaire de reconstruire un "sosie" haut de gamme. "Il faut conserver le territoire découvrant le panorama sur le Kremlin et le Kitaï-Gorod, imaginé par l'illustre architecte Ossip Bové, ont écrit des membres du Conseil municipal de Moscou dans une lettre adressée au maire. La reconstitution de l'espace historique dans le centre de la capitale est une mission de bien plus grande portée que la construction d'un autre hôtel cinq étoiles. Sous l'emprise du boom de la construction et gagnant sans cesse en densité, Moscou manque d'espaces et de perspectives ouvertes.

    En d'autres termes, un autre site grandiose pourrait voir le jour à côté de la Place Rouge. Youri Loujkov estime d'ailleurs que la place d'apparat de la Russie et du pays tout entier en serait digne.

    Au demeurant, on sait très bien que les sanctuaires vides, cela n'existe pas. Il faut toujours y construire quelque chose. Et la seule chose à laquelle la plupart des experts sont opposés, c'est l'érection de colonnes ou d'un arc de triomphe. Une telle place serait un pastiche de la place du Palais à Saint-Pétersbourg et en même temps elle contredirait la Place Rouge. Par contre, la construction de petits bâtiments, principalement à vocation commerciale, ne se heurte qu'à de peu nombreux opposants. Peut-être que l'on y recréera le Okhotny riad ("Galerie des chasseurs"), l'ancien "ventre de Moscou". Avant la révolution cette rue qui rejoignait l'entrée de la Tverskaïa était bordée de boutiques débitant des denrées alimentaires et du gibier de toutes sortes. Par conséquent il n'est pas exclu que le "Moskva" soit remplacé par des "Galeries des chasseurs" version XXI-e siècle.

    Deux autres possibilités d'utilisation de l'espace proche du Kremlin s'offrent également. On pourrait y ériger un "édifice à vocation culturelle et récréative", mais sans casino, ces établissements se recensant déjà par dizaines dans la capitale. Ou encore y tracer un square. Mais l'essentiel, c'est de ne pas réitérer l'erreur commise avec la place du Manège voisine. On l'a "tuée" en la dotant d'une coupole appartenant à un centre commercial souterrain, de fontaines et de personnages fabuleux imaginés par Zourab Tsereteli, le sculpteur de prédilection des autorités municipales. "Nous avions accepté le projet de la place du Manège, dit le directeur de l'Institut de la connaissance artistique, Alexeï Kometch. Mais par la suite, des excroissances sont apparues à notre grand étonnement. On n'y peut rien, dès qu'un espace de libre est signalé à Moscou, il est aussitôt occupé par les sculpteurs".

    Quoi qu'il en soit, de quelque manière que le terrain libéré près du Kremlin soit construit, le centre de la capitale est voué à l'éclectisme. Il en était plutôt ainsi auparavant, mais maintenant la disparité des styles dans le centre de la capitale a pris des proportions inacceptables. D'un autre côté, le coeur de la ville devient de plus en plus attractif, rappelant un "Disneyland". Les "clones" des édifices historiques détruits à l'époque soviétique, comme le clocher Iverski et la porte Voskressenski, par laquelle on accède à la Place Rouge, et la cathédrale de Kazan qui s'y trouve, n'on rien de bien naturel, quoique, construits au début des années 1990, les Moscovites ont eu le temps de s'y habituer. Dans quelques années il faudra que nous nous habituions au nouveau bâtiment mis en chantier cette année sur la place du Manège, celui qui se trouvait à cet emplacement avant été détruit par un incendie. Le "Jeu des monuments" sera poursuivi dans d'autres arrondissements de la capitale où des hôtels particuliers des XVIII-XIX-es siècles sont rasés pour être remplacés par des copies. La soif de construire de Moscou est intarissable...

    Pour que l'on puisse dire qu'un grand pas en avant a été fait, il faudra que l'on tienne compte de l'avis des Moscovites dans la prise des décisions en matière d'architecture. Jusqu'à présent cela n'a jamais été le cas. Seulement la libération d'autant d'espaces au coeur de Moscou, cela aussi est sans précédent. A proprement parler, c'est un cas exceptionnel en Europe. Comment Moscou va-t-il l'utiliser? C'est là une question dont dépend sa réputation architecturale.

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