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    Les Russes pensent qu'un avenir meilleur est planifiable

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    MOSCOU, 17 novembre. (Par Vladimir Simonov, commentateur politique de RIA Novosti). Ces dernières années les Russes se sont initiés aux principes de base du marché et maintenant ils vivent mieux. Au sein de la société on n'observe pas de décalage flagrant entre les générations ou les groupes sociaux. Qu'ils aient aujourd'hui 25 ou 60 ans, les Ivan et Natacha Ivanov s'enorgueillissent des mêmes acquis nationaux, bien qu'ils donnent des évaluations différentes aux événements de l'histoire.

    C'est en gros à cette conclusion que sont parvenus les auteurs du tout récent et volumineux rapport intitulé: "Les citoyens de la Russie nouvelle: qui se sentent-ils et dans quelle société voudraient-ils vivre?" Cet ouvrage a été préparé par l'Institut d'études sociales globales relevant de l'Académie des sciences de Russie, qui a utilisé pour ce faire des sondages réalisés en 1998, la veille du fameux défaut de paiement, et en 2004. L'étude a été réalisée auprès d'un échantillon représentatif de plus de 3.000 personnes vivant dans diverses régions du pays. L'impression essentielle des chercheurs, c'est que le désenchantement a reculé dans la société, que les gens sont davantage poussés à la création, sont plus fiers de leurs succès dans la vie qu'il y a six ans.

    Ici on ne saurait ne pas voir une incidence directe de la stabilité relative que l'on observe en Russie ces dernières années. Pour les Russes l'avenir proche est devenu plus prévisible, la vie peut être planifiée plusieurs mois à l'avance. De nos jours la famille ordinaire se représente mieux comment elle doit gérer ses forces, ses possibilités et ses moyens. Cela confère progressivement des tons radieux, optimistes à l'état d'esprit social régnant dans le pays. Ainsi, plus de deux fois moins de Russes ont une vision négative de leur condition matérielle. En d'autres termes, les gens sont bien moins nombreux à penser que "tout va à vau-l'eau". Un Russe sur trois estime que dans l'ensemble la vie se présente bien et ils sont 58 pour cent à lui attribuer la note "satisfaisant". Or, il y a trois ans, près de 19 pour cent des sondés estimaient mal manger et 30 pour cent se plaignaient de ne pas pouvoir s'habiller décemment. Aujourd'hui les personnes ayant le même point de vue ne sont plus que 8 et 13 pour cent respectivement. Le degré de mécontentement vis-à-vis de la qualité générale de la vie a sensiblement baissé lui aussi: les familles russes sont bien moins nombreuses à se plaindre de leurs conditions de logement et de ne pas pouvoir prendre des vacances.

    Pour les sociologues, l'origine de ces changements positifs est assez banale puisqu'il s'agit de l'augmentation des revenus. En moyenne pour la Russie en été dernier ils ont progressé de 135 dollars par mois et par personne. Le relèvement des revenus a été plus sensible pour la partie la plus active et la plus qualifiée de la population. Ce sont bien sûr les entrepreneurs qui en ont profité le plus. Seulement ils sont suivis de près par les créateurs, les ingénieurs et techniciens ainsi que par les ouvriers qualifiés. Les moins bien nantis ont été, comme toujours, les catégories les plus défavorisées: retraités, chômeurs, ruraux.

    Le fait que la majorité des Russes soient plutôt satisfaits que mécontents de leur condition matérielle incite à conclure que pour la première fois depuis le lancement des réformes de marché la structure sociale de la société commence à se rapprocher du modèle caractéristique du pays industrialisé stable. Il semble bien que dans ce sens la Russie est en passe de s'extraire du groupe des pays mal classés.

    Chose intéressante, près d'un Russe sur deux estime appartenir à la classe moyenne. Mais cela ne devrait pas inciter à conclure que la classe moyenne, quasiment laminée en 1998 par le fameux défaut de paiement, a déjà refait surface. Il s'agit seulement d'une auto-estimation subjective des gens enclins à se placer à un degré décent de l'échelle sociale. Si l'on s'en tient aux critères rigoureux utilisés pour déterminer l'appartenance à la classe moyenne dans les pays occidentaux industrialisés, alors de 25 à 30 pour cent des Russes pourraient en faire partie. En tant que bilan des six dernières années de développement du pays, c'est là un résultat non négligeable.

    L'attitude à l'égard des riches a toujours été un indice très important de l'état de l'âme russe. En six ans on a vu doubler le nombre de ceux qui pensent que l'on doit se réjouir sincèrement de l'extension de la catégorie des gens aisés. Les personnes qui considèrent les nouveaux millionnaires comme des ennemis jurés sont devenues moins nombreuses. Cependant celles qui préfèrent rester entre ces positions extrêmes restent majoritaires. Ces gens disent: "Que l'on multiplie les riches, c'est bien, mais il faut d'urgence faire en sorte que la pauvreté ne s'étende pas".

    Le plus curieux, c'est que 36 pour cent des personnes interrogées ont évoqué le vieil adage "L'argent ne fait pas le bonheur". C'est frappant, mais ces gens ne souhaitent pas être riches. Ils s'en tiennent à une échelle des valeurs différentes: joies familiales, cercle d'amis, travail intéressant pas nécessairement bien rémunéré...

    Un peu plus de 70 pour cent des gens ne veulent pas accéder au pouvoir. Pour la plupart des Russes le pouvoir a cessé d'être un rêve bleu. Ce qui incite à se demander avec une certaine appréhension si avec un tel état d'esprit la Russie est capable de former rapidement une classe de dirigeants politiques? Cependant, toute chose a son temps. Les gens pourront se sentir des dispositions pour la politique une fois qu'ils auront satisfait leurs besoins sociaux primordiaux.

    Dans l'ensemble la Russie commence a recouvrer sa santé morale. Désormais il est plus difficile de rougir devant l'état du pays. Les gens sont plus nombreux à évoquer les succès nationaux et à éprouver un sentiment de fierté patriotique. Adolescents, personnes âgées, hommes et femmes, toutes les catégories d'âges confondues, les Russes ont une hiérarchie d'objets de fierté approximativement identique. C'est la victoire dans le conflit que les Russes appellent Grande Guerre patriotique, le relèvement d'après-guerre du pays, le vol de Youri Gagarine dans l'espace, le patrimoine littéraire russe, les records établis par les sportifs russes. Toutefois, sur cette toile de fond, d'autres jalons de l'histoire sont maintenant perçus avec une bien plus grande retenue. Ainsi, en 2004, seul un Russe sur cinq éprouve un sentiment de fierté pour l'enseignement russe ou l'armée russe. Par ailleurs, ces dernières années les gens sont devenus plus nombreux à se plaindre de la dégradation du système de santé et du sport. Très peu nombreux sont ceux qui voudraient s'enorgueillir de la Révolution d'Octobre 1917. Au cours des six dernières années la côte de popularité de la révolution a chuté de près de deux fois dans toutes les catégories d'âge.

    En ce qui concerne l'attitude vis-à-vis de la période soviétique, la plupart des Russes estiment que l'histoire de l'URSS et de la Russie ne se résume pas à "70 années de cauchemar". La négation presque totale du passé soviétique est progressivement évincée par une appréciation plus rationnelle de la réalité historique. D'où un éparpillement curieux des représentations que les gens ont de la société souhaitée: 8 pour cent des Russes souhaiteraient vivre dans la Russie d'avant la révolution, 4 pour cent opteraient pour l'URSS de l'époque de Staline, 36 pour cent pour celle de Léonide Brejnev et seulement 1 pour cent pour l'époque de Boris Eltsine.

    Toutefois, ce que nous estimons plus important, c'est que 45 pour cent des Russes déclarent que pour rien au monde ils changeraient leur présent.

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