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    La Russie prête à coopérer avec la nouvelle équipe de George Bush

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    MOSCOU, 17 novembre - par Vladimir Simonov, commentateur politique de RIA Novosti. L'équipe de George Bush devient plus "dure", mais cela n'inquiète pas Moscou.

    La Russie et d'autres pays considèrent l'éventuel remplacement du pacifique secrétaire d'État Colin Powell par une personne plus énergique, Condoleezza Rice, le renforcement des positions du vice-président Richard Cheney et du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld comme la victoire des partisans d'une "politique dure" au sein de l'administration américaine. Mais à la différence de nombreux autres pays, Moscou n'estime pas que cela puisse compliquer sensiblement ses rapports avec Washington.

    Certes, les nouvelles personnalités impliquent de nouvelles idées. Mais les États-Unis et la Russie se sont si bien mis d'accord sur les dossiers importants en quatre années, George Bush et Vladimir Poutine ont de telles relations de confiance, que le deuxième mandat du président américain ne peut que servir de cadre pour l'intensification du partenariat stratégique. La nouvelle équipe de George Bush, quelque "dure" qu'elle soit, n'osera renoncer au principe de continuité dans les relations avec la Russie.

    C'est presque les larmes aux yeux que Moscou accueille le départ de Colin Powell. A l'époque de l'URSS, cet homme politique avait déjà la réputation de comprendre ce qui se passe en Russie. Assistant aux affaires de sécurité nationale du président Reagan ou président du comité des chefs d'états-majors dans l'administration de George Bush senior ou de Bill Clinton, Colin Powell a toujours gardé l'esprit lucide pendant les négociations soviéto-américaines.

    Le général quatre étoiles n'a jamais exigé l'impossible de Moscou.

    Il n'a pas compromis sa réputation irréprochable auprès des élites politiques russes même en présentant des photos faites par satellite falsifiées par la CIA au Conseil de Sécurité de l'ONU le 5 février 2003 dans le but de justifier l'intervention militaire en Irak. Sergueï Oznobichtchev, directeur de l'Institut des études stratégiques de Moscou, se rappelle: "En tant que professionnel, le secrétaire d'État avait honte de la situation autour de l'Irak, de s'exposer à la risée universelle à la tribune des Nations Unies". Cet incident a contraint M.Powell à prendre ses distances avec les membres de l'administration américaine qu'on appelle les idéologues du "nouveau siècle américain". Ces divergences ont provoqué la démission du 65e secrétaire d'État américain, de l'avis des américanistes russes.

    Personne ne sait jusqu'où l'expédition irakienne aurait mené les États-Unis si le partisan des méthodes pacifiques et juridiques Colin Powell n'avait pas adopté une position pondérée et prudente. La Russie appréciait son travail au sein de l'administration de George Bush.

    Mais son absence, sera-t-elle douloureuse pour la Russie? La réponse est plutôt négative. Les dirigeants russes de dernière génération connaissent et aiment Condoleezza Rice autant que Colin Powell. En décembre 1989, George Bush senior a présenté une jeune employée du Conseil de la sécurité nationale à Mikhaïl Gorbatchev en ajoutant que c'est à elle qu'il devait tout ce qu'il savait de l'Union Soviétique.

    Le fait que la nouvelle secrétaire d'État américaine est une grande spécialiste de la Russie et qu'elle a participé à toutes les négociations russo-américaines importantes au cours des quatre dernières années, garantit la continuité du partenariat stratégique entre les deux pays. En nommant Condoleezza Rice à un poste important qu'une femme noire n'a jamais occupé, le président George Bush semble indiquer qu'il se félicite de la politique de son administration pendant le premier mandat et qu'il souhaite la poursuivre. Cela concerne notamment les relations avec la Russie. Les politologues russes emploient la notion sophistiquée de "préservation de la mémoire institutionnelle pendant la succession des administrations américaines" pour définir cette attitude. Cela signifie que la Russie et les États-Unis poursuivront leur coopération dans les mêmes domaines - guerre contre le terrorisme international, non-prolifération des armes de destruction massive, reconstruction de l'Afghanistan et de l'Irak, recherche des moyens de faire entrer le processus de paix proche-oriental dans le cadre de la "feuille de route" sans Yasser Arafat.

    La Russie a d'autres raisons de compter sur la continuité des relations avec les États-Unis. L'Irak a montré les limites de "l'arrogance de la force" qui était propre à la première administration Bush. La formation d'une nouvelle équipe présidentielle selon le "principe de la dureté" ne durcira pas forcément la politique extérieure des États-Unis. Il est peu probable que les personnes nommées aux nouveaux postes souhaitent la répétition des problèmes irakiens en Iran, en Syrie et ailleurs. Le président américain ne voulait pas reconnaître ses erreurs au cours de la campagne électorale, mais les membres de son équipe sont des personnes réalistes qui pourraient opter pour une politique plus pondérée.

    Colin Powell est parti, mais son héritage peut influer sur la politique de ses anciens concurrents politiques.

    En tout cas, la Russie s'est forgée une réputation d'un partenaire important des États-Unis qui ne fait par de courbettes devant Washington à la différence d'autres partenaires. La position russe a toujours été prévisible mais indépendante. La Russie compte utiliser cette expérience dans son dialogue avec la nouvelle équipe du président George Bush, quelque "dure" qu'on la proclame.

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