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    Quand les élections sont dans le collimateur de Vladimir Poutine

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    PARIS, 18 novembre (par Angela Charlton, pour RIA Novosti). Depuis quelque temps les élections, dans le pays et au-delà de ses frontières, ne quittent pas l'ordre du jour politique de la Russie.

    Alors que le président Vladimir Poutine supprime progressivement les élections des gouverneurs et change le système des élections au parlement, dans les milieux politiques on commence à évoquer à voix basse une modification des modalités du scrutin présidentiel pour 2008. Le chef de l'Etat russe clame bien haut son soutien à certains candidats à la magistrature suprême en Ukraine, aux Etats-Unis et en Abkhazie tandis que des officiels russes appuient candidement le parti au pouvoir aux élections législatives au Kazakhstan.

    Depuis le début de sa carrière, Vladimir Poutine n'a été partie prenante qu'à deux scrutins et il les a remportés tous les deux haut la main. Il ignore les incommodités des élections typiques, leurs corollaires que sont la tension et l'imprévisibilité. En cette époque de frappes terroristes inopinées, Vladimir Poutine dit qu'il veut mettre de l'ordre en Russie et mieux protéger celle-ci. A ces fins, il réduit le choix des électeurs de manière à éliminer les jokers politiques.

    Seulement les présidentielles en Ukraine et en Abkhazie montrent que la Russie n'est pas en état de gérer les électorats situés hors de ses frontières. Et elle n'a pas à le faire d'ailleurs.

    La Russie a besoin d'établir des relations amicales avec ses voisins et c'est en toute légitimité qu'elle manifeste de l'intérêt pour leur avenir. La Russie et l'Ukraine ont la même infrastructure, le même système énergétique, les mêmes chaînes de télévision sans déjà parler de leur longue frontière commune. Ce que l'on ne saurait dire de l'Ukraine et des Etats-Unis. Cependant, l'immixtion ouverte de la Russie dans le processus électoral d'un Etat étranger pourrait attiser des sentiments antirusses au sein de l'opposition; d'autre part, elle laisse aussi peu de place à des négociations en cas de défaite du candidat soutenu par Moscou. Les semaines à venir montreront si les conseillers du Kremlin se sont interrogés sur la question de savoir s'ils doivent continuer de faire pression sur des électeurs étrangers et, si oui, comment il convient de le faire.

    En Ukraine aucun des deux candidats restés en course pour le second tour, prévu pour dimanche prochain, n'avait entamé sa campagne en qualité d'ennemi de la Russie. Cependant, les forgerons de l'opinion publique ont présenté le leader de l'opposition, Viktor Youchtchenko, comme un russophobe ne voyant pas Moscou en peinture, lui donnant ainsi de bons arguments pour confirmer cette image. S'il sort vainqueur du scrutin, n'oublions pas qu'au premier tour il a légèrement devancé le premier ministre Viktor Yakounovitch, Moscou devra échafauder fébrilement une nouvelle politique à l'égard de l'Ukraine et chercher des personnages bien disposés à l'égard de Moscou au sein de la nouvelle administration Youchtchenko.

    La bonne performance de Viktor Youchtchenko au premier tour a contraint les conseillers de Vladimir Poutine à observer une pause. Vendredi le président russe s'est une nouvelle fois rendu en Ukraine pour s'y entretenir avec Viktor Yanoukovitch et son mentor, le président Léonide Koutchma. Seulement cette visite "discrète" de Vladimir Poutine contrastait avec le premier déplacement solennel effectué en Ukraine pour soutenir Viktor Yanoukovitch avant le premier tour. Des voix funestes en Ukraine disent avec appréhension que ces trois hommes auraient envisagé de décréter la situation d'urgence au cas où dimanche prochain les événements évolueraient dans un sens imprévu.

    Divers groupements européens et américains prêtent aussi de l'intérêt à la campagne électorale ukrainienne et on peut être sûr que depuis la coulisse les dirigeants occidentaux exercent sur lui un impact certain. Seulement ce qui est sûr aussi, c'est que les Ukrainiens ne sont pas certains que l'appuiaccordé à Viktor Youchtchenko par l'Union européenne et les Etats-Unis transformera l'Ukraine en pays prospère en cas de victoire de leur protégé. Dans les années 1990, les Etats-Unis avaient accordé une aide financière des plus généreuses à l'Ukraine, mais le pays est resté pauvre tandis que l'adhésion à l'Union européenne reste un rêve non exaucé. George W.Bush reste muet sur la présidentielle en Ukraine, probablement parce que ses conseillers savent qu'il lui suffirait de louer Youchtchenko pour détourner les électeurs de lui.

    En Abkhazie la Russie s'est empêtrée dans le chaos électoral qu'elle avait elle-même contribué à créer. Lors de l'élection présidentielle officieuse tenue le mois dernier, les deux principaux candidats avaient manifesté des sentiments pro-russes, tout comme la plupart des habitants de cette république s'étant séparée de la Géorgie. Toutefois, les autorités russes ont préféré soutenir Raoul Khadjimba, battu par Sergueï Bagapcha à l'issue d'un scrutin maladroitement mené. Seulement Sergueï Bagapch doit encore entrer en possession du pouvoir. Après plusieurs semaines d'effervescence politique et deux décisions de justice contradictoires son sort est encore incertain. Les deux candidats se sont rendus à Moscou où ils ont rencontré les dirigeants russes, ce qui a mis en relief l'influence exercée par la Russie sur les événements dans cette république. Mais les deux hommes sont rentrés au pays des mandarines sans avoir réussi à régler les problèmes.

    Vendredi les partisans de Bagapch ont pris d'assaut le siège du parlement et blessé plusieurs personnes dans cette tentative de prise du pouvoir. Le ministre russe des Affaires étrangères a évoqué une intervention russe au cas où les intérêts de son pays seraient menacés, ce qui n'a pas manqué de titiller les autorités géorgiennes. Le soutien russe accordé au candidat malheureux accroît le risque d'un conflit armé ou d'une intervention internationale, y compris l'envoi de casques bleus et des négociations hors des frontières de l'Abkhazie. Les deux solutions auraient des retombées destructrices pour la Russie et son influence à ses frontières, qu'elle est pleinement autorisée à défendre.

    En ce qui concerne la présidentielle américaine, Vladimir Poutine doit tout simplement dire merci à la chance. Car en cas de victoire de John Kerry, il lui aurait été extrêmement délicat de féliciter le nouveau président après avoir déclaré que l'opposition à Bush était emmenée par des terroristes.

    La défaite d'un candidat étranger soutenu par Moscou pourrait aider Vladimir Poutine à réfuter les penchants dictatoriaux dont on l'accuse. Si Youchtchenko remporte la présidentielle, Vladimir Poutine n'aura pas d'autre choix que de travailler avec lui. Par association et aussi parce qu'en collaborant avec un homme qu'il a combattu, le chef de l'Etat russe montrerait qu'il fait quand même cas de la démocratie.

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