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    La modernisation de l'armée russe ne menace pas l'Occident

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    MOSCOU, 18 novembre - Commentateur militaire de RIA-Novosti Viktor Litovkine. L'intervention de Vladimir Poutine à la réunion annuelle des cadres dirigeants des Forces armées a mis en émoi les médias occidentaux. Les paroles du chef de l'Etat russe - "prochainement, la Russie disposera de systèmes d'armes nucléaires uniques au monde qui sont sans analogue chez les autres puissances nucléaires" - ont été vues par certains médias comme le lancement d'une nouvelle course aux armements et aussi comme une menace aux pays occidentaux et avant tout à Washington. Même le Département d'Etat américain a dû réagir à ce genre de suppositions.

    "Nous n'estimons pas que les démarches de la Russie visant à renforcer et à moderniser ses forces nucléaires soient une menace. Les démarches de la Russie dans ce domaine correspondent pleinement à nos engagements réciproques dans le cadre du Traité de Moscou", a indiqué au cours d'un point de presse dans la capitale américaine l'adjoint au porte-parole du Département d'Etat, Adam Ereli.

    Il convient de rappeler de quels engagements il s'agit. Le Traité de réduction des potentiels offensifs stratégiques signé par les présidents Poutine et Bush en mai 2002 non seulement évoquait la réduction, vers la fin de 2012, du nombre total des ogives déployées par les deux parties à 1 700 - 2 200 charges, mais aussi confirmait les engagements pris par la Russie et les Etats-Unis dans le cadre du Traité START-1 signé en juillet 1991. Ce dernier exige que les parties s'informent mutuellement et en temps utile de toutes les conceptions de ce genre. Et cette exigence, comme le sait RIA-Novosti, est respectée à la lettre. Ce qui veut dire que la Maison Blanche et le Pentagone sont parfaitement au courant de l'existence des nouveaux missiles stratégiques dont sera prochainement équipée l'armée russe - les Topol mobiles basés en terre ferme et les Boulava-30 basés en mer : c'est bien de ces armes qu'a parlé, dans son intervention, Vladimir Poutine. Ils sont aussi au courant que ces nouveaux missiles ne peuvent en aucune manière menacer les Etats-Unis ni leurs alliés, du fait qu'ils sont destinés à remplacer les missiles stratégiques dont le délai de service garanti a touché - ou touche - à sa fin.

    Difficile d'imaginer que ces armements qui viendront équiper l'armée russe l'an prochain pourraient menacer en quoi que ce soit les Etats-Unis. Le ministre de la Défense, Sergueï Ivanov, dit qu'il s'agit de quatre missiles stratégiques, de neuf appareils spatiaux, de cinq fusées-porteuses (destinés, soulignons-le, à mettre sur orbite circumterrestre des vaisseaux spatiaux), de deux avisos, de deux bombardiers stratégiques Tupolev-160 et de sept chasseurs tactiques Suhoi-27SM. Ajoutez-y deux rampes de lancement de missiles Iskander M, dix-sept chars T-90 et quatre-vingt douze véhicules de transport blindés BTR-80. Arsenal qui ne peut en aucune manière perturber l'équilibre des forces entre la Russie et les Etats-Unis ou entre la Russie et l'OTAN, ce que les spécialistes militaires occidentaux savent parfaitement. Mais tout cela n'est qu'une bagatelle par rapport aux besoins réels de l'armée russe qui n'a obtenu aucun armement nouveau depuis plus de dix ans.

    D'autre part, les dépenses militaires russes prévues au budget de l'année prochaine ne supportent aucune comparaison avec les dépenses militaires des Etats-Unis : dans un cas il s'agit de 528 milliards de roubles (un peu moins de 20 milliards de dollars) dans l'autre de 450 milliards de dollars. Si l'on fait appel à la "logique du face-à-face", concept d'ailleurs étriqué qui a déjà fait son temps, la question "d'où vient la menace et qui est menacé ?" peut être diamétralement inverse. Personne ne s'en préoccupe depuis longtemps déjà en Russie. Même les critiques les plus acerbes du ministre Ivanov et de l'administration du Kremlin. Cependant, les problèmes de la modernisation de l'armée russe évoqués lors de la réunion des cadres dirigeants desforces armées par le président Vladimir Poutine et par le ministre de la Défense Serguéi Ivanov, sont effectivement très pressants. L'essentiel est ce niveau minimal indispensable de financement des forces armées qui ne permet pas aux dirigeants du pays de faire un bond qualitatif dans le développement de la composante force de la structure de l'Etat... "Le financement ne cesse d'augmenter mais les ressources réelles diminuent", dit le ministre de la Défense. Pourquoi ?

    La réponse est évidente. L'administration du Kremlin, le gouvernement et le ministère de la Défense n'arrivent pas à s'entendre sur les grandes priorités militaires. Là aussi la situation est paradoxale : ces priorités ont été spécifiées nettement et clairement dans le "livre blanc de la défense" intitulé "Les objectifs actuels de développement des Forces armées de la Fédération de Russie" et dans le rapport présenté par Serguéi Ivanov lors de la dernière réunion des cadres dirigeants militaires.

    Elles consistent à sauvegarder le potentiel des Forces de dissuasion stratégiques, à améliorer la qualité des moyens dont l'armée et la marine disposent pour parer les menaces actuelles et éventuelles, à jeter les bases scientifiques et industrielles nécessaires au rééquipement des forces armées en matériel de guerre nouveau, moderne, à réaliser des mesures sociales appelées à rehausser le prestige du service militaire. Hélas : ce n'est pas un financement minimal nécessaire que réclame chacun de ces objectifs mais des dépenses qui garantiraient une véritable percée.

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