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    Le Premier ministre russe va se rendre en Egypte

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    MOSCOU. (Commentatrice politique de RIA-Novosti, Marianna Belenkaïa). Fin novembre, le Premier ministre de la Fédération de Russie, Mikhaïl Fradkov, va se rendre en visite officielle en République Arabe d'Egypte (RAE). Ce sera, d'ailleurs, la première visite au Caire du chef du gouvernement russe. La dernière fois qu'un hôte de Moscou d'un tel niveau était venu dans la capitale égyptienne date d'octobre 1973. Cet hôte de marque était à l'époque le président du Conseil des ministres de l'URSS - Alexeï Kossyguine. Aussi, a-t-on tout lieu de supposer que les futures négociations que Mikhaïl Fradkov aura au Caire vont constituer une sorte de percée dans les relations entre la Russie et l'Egypte.

    Jadis, les négociations d'Alexeï Kossyguine avaient porté essentiellement sur la situation au Proche-Orient. C'était en pleine guerre d'octobre 1973 entre Israël, d'une part, et l'Egypte et la Syrie, de l'autre. Nul doute que, pour cette fois encore, la plus grande attention sera réservée à la situation au Proche-Orient. Somme toute, les positions de la Russie et de la RAE sont très proches en tout ce qui concerne, de près ou de loin, les problèmes du règlement palestino-israélien et du règlement de la situation en Irak, ainsi que sur les questions de la répression du terrorisme dans le monde. Moscou apprécie énormément ce rôle actif que l'Egypte est en train de jouer dans la région, ainsi que la possibilité même de tenir avec les Egyptiens des consultations permanentes et régulières sur les problèmes internationaux. Tout porte à croire qu'un nouvel échange de vues de ce genre va se produire au cours des futures négociations du chef du gouvernement russe au Caire.

    Quoi qu'il en soit, les problèmes de la coopération économique et commerciale y vont sans doute monopoliser l'essentiel d'attention des interlocuteurs. Comme RIA-Novosti en a été informée auprès des sources bien renseignées, Moscou espère bien que l'Egypte ne manquera pas de reconnaître officiellement àl'économie russe un statut d'économie de marché. Au fond, une telle reconnaissance a déjà été faite par le Président Hosni Moubarak, au cours de sa visite en Russie en mai dernier. Aussi, ne s'agit-il désormais que d'en établir tout simplement un document officiel. Et c'est justement à cette question que l'attention est essentiellement réservée au cours de la préparation de la future visite au Caire de Mikhaïl Fradkov.

    Rappelons que la non-reconnaissance par l'Egypte d'un statut de marché à l'économie russe avait servi autrefois de prétexte pour introduire des taxes antidumping sur les produits russes fournies dans ce pays. Or, des progrès notables ont été enregistrés depuis dans ce domaine précis. Ainsi, l'Egypte a abandonné des enquêtes antidumping concernant le papier d'impression et le papier à écrire. Dans le même temps, le prélèvement de la taxe de 40% sur les livraisons de la tôle laminée à froid et à chaud a été prolongé jusqu'au mois de février 2005. Cela lèse évidemment les intérêts des exportateurs russes.

    La solution du problème du statut de l'économie russe et la levée des taxes antidumping permettra d'intensifier et d'élargir considérablement les échanges commerciaux entre les deux pays. En 2003, la part de la Russie dans le commerce extérieur de l'Egypte n'a constitué que 2% tout au plus, de sorte que ce chiffre d'affaires n'a été, selon le ministère russe du Développement économique et du Commerce, que de 417 millions de dollars. Pourtant, en 2001, le chiffre d'affaires du commerce entre la Russie et l'Egypte a été de 455,6 millions de dollars, et en 2002, cet indice s'était même monté à 508,9 millions de dollars. La diminution des livraisons de métaux ferreux russes à cause des taxes antidumping, pratiquée par l'Egypte, est sans doute l'une des raisons fondamentales de la réduction des échanges commerciaux.

    Néanmoins, les taxes en question ne sont pas ces seuls obstacles qui entravent le bon développement de la coopération bilatérale, loin de là! En 2002, par exemple, la compagnie russe "Tyazhpromexport" au sein d'un consortium avec la participation de la société française "Alstom" avait gagné l'appel d'offres pour moderniser le haut fourneau numéro 3 à l'usine sidérurgique d'Heluan. Cependant, le client égyptien n'en a toujours pas signé le contrat qui se monte à 50 millions de dollars. La situation s'aggrave, en outre, par le fait qu'en 2003, la société "Alstom" a été achetée par une autre compagnie française - "Areva". Ainsi, l'examen du sort dudit contrat peut bien figurer à l'ordre du jour des négociations que le Premier ministre russe aura dans la capitale égyptienne. C'est qu'il ne s'agit pas là uniquement d'un contrat isolé, mais des mesures à adopter pour protéger les hommes d'affaires russes travaillant en Egypte et leurs collègues égyptiens qui travaillent en Russie contre toute complication imprévisible.

    Il n'en est pas cependant moins vrai que certaines difficultés, somme toute, inévitables n'empêchent pas le développement général de l'ensemble des rapports bilatéraux.

    L'énergie et la sidérurgie sont des sphères où, par tradition, la coopération entre la Russie et l'Egypte est particulièrement dynamique. Il s'agit là, essentiellement, de la modernisation en RAE des ouvrages industriels, construits autrefois avec le concours de l'Union Soviétique.

    L'exemple le plus spectaculaire en est sans doute la signature, à la fin de 2003, par le consortium russo-allemand "Energomashexport - Silovyé mashiny - Siemens" d'un contrat de quelque 72 millions d'euros pour la modernisation des groupes générateurs à la centrale hydraulique du haut barrage d'Assouan.

    La coproduction industrielle en est un autre volet très prometteur. Il s'agit, en l'occurrence, de l'assemblage d'automobiles à partir des pièces russes à des usines égyptiennes. Ainsi, en automne 2003, a démarré, dans une banlieue du Caire, l'assemblage des "VAZ-2107". Comme résultat, plus d'un millier de voitures yont été assemblées déjà en 2003. A part cela, les Usines "GAZ" ont signé un contrat-cadre pour livrer en RAE des chaînes d'assemblage d'automobiles "Gazel". Il s'agit, en outre, d'organiser en Egypte l'assemblage d'automobiles "OuAZ-3162", de camions "Kamaz", de petites cylindrées "Oka", de tracteurs de l'Usine de Lipetsk et de motos fabriquées à l'usine de la ville d'Irbit.

    A l'avis de certaines sources bien informées, il n'est pas du tout à exclure qu'un autre sujet intéressant puisse aussi surgir au cours de la future visite au Caire du Premier ministre de la Fédération de Russie, Mikhaïl Fradkov. Il s'agit plus précisément des perspectives de la coordination des exportations de gaz vers l'Europe et sur d'autres marchés. Nul L'Egypte augmente la production et l'exportation de gaz. La construction d'un gazoduc est lancée depuis le territoire égyptien vers la Jordanie. En perspective, ce même gazoduc pourrait être prolongé vers la Syrie, le Liban, la Turquie et l'Irak avec une ramification vers l'Europe. Il se peut toujours que des compagnies russes trouvent aussi une place dans les projets en question.

    La coopération dans les domaines scientifique et technique et notamment en matière des technologies IT apparaît, elle aussi, comme fort prometteuse pour les relations bilatérales. Tout récemment, par exemple, des contrats ont été signés entre la Russie et l'Egypte pour la coopération dans l'Espace. Il s'agit là essentiellement des prises de vues aérospatiales.

    Les projets de coopération ne manquent pas. La prochaine visite de Mikhaïl Fradkov au Caire doit leur conférer une nouvelle impulsion puissante, tout en donnant aux hommes d'affaires des deux pays la certitude que leurs gouvernements tendent à un partenariat à long terme.

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