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    Fallouja replace l'armée américaine 60 ans en arrière

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    MOSCOU, 19 novembre (par Viktor Litovkine, commentateur militaire de RIA Novosti). Le commandement des troupes américaines en Irak a annoncé qu'il contrôlait entièrement le "triangle sunnite" de Fallouja. En concédant quand même que quelques "foyers de résistance" isolés persistaient dans certains quartiers de la ville. L'assaut de Fallouja lancé il y a dix jours par quatre bataillons renforcés peut être considéré comme terminé. Il est vrai que son bilan n'a rien d'impressionnant. Cette ville de 300.000 habitants a pratiquement été entièrement détruite. Il n'y a plus d'électricité, les canalisations d'eau et les égouts ont été mis hors d'état. Les sanctuaires musulmans de Fallouja ont été endommagés. Les rues sont jonchées de cadavres de civils. Comme il n'y a personne pour les mettre en terre, ils sont dévorés par des chiens errants. Depuis plusieurs jours un convoi humanitaire du Croissant Rouge avec de l'eau, des médicaments et des produits alimentaires est immobilisé aux portes de la ville, on ne le laisse pas avancer plus loin. Sécurité oblige. Les tirs se poursuivent par intermittence dans la ville. Des obus non explosés sont incrustés dans les murs. Certains bâtiments ont été minés, le travail des artificiers est perturbé par des combats sporadiques.

    Selon les communiqués officiels, l'assaut de Fallouja et les combats de rue qui ont suivi ont fait plus de 50 morts et 425 blessés dans les rangs américains. Pour les 10.000 "boys" introduits dans la ville ce sont des pertes sensibles. 1.200 combattants de la résistance ont aussi été tués et plus d'un millier faits prisonniers. Cependant, le chef des terroristes irakiens, qui a sur la conscience plus de cent cinquante enlèvements et exécutions d'étrangers, Abou al-Zarqaoui, est passé entre les mailles du filet. Certes, son quartier général et une base d'entraînement de terroristes ont été détruits, des salles de tortures ont été découvertes. Des images en sont montrées par toutes les chaînes de télévision du monde.

    Quel enseignement peut-on tirer de l'assaut de Fallouja? De l'avis des experts militaires interrogés par RIA Novosti le plus important est évident. En prenant possession du territoire irakien, l'armée américaine et ses alliés n'ont pas été en mesure d'y instaurer la paix. Ce que nos interlocuteurs avaient d'ailleurs prévu dès l'hiver dernier, avant le début de l'opération "Choc et stupeur". Parmi ceux-ci il y avait l'ancien président du comité de la Douma (chambre basse du parlement russe) pour la défense, le général d'armée Andreï Nikolaïev.

    Le deuxième enseignement, purement militaire celui-là, c'est que la formidable supériorité matérielle, technologique, opérationnelle et tactique affichée aux yeux du monde entier par l'armée américaine durant toute l'opération "Choc et stupeur" a été réduite à néant au cours des mois d'occupation du territoire irakien. Alors qu'elle disposait d'un potentiel matériel et tactique ultramoderne, pour réaliser l'assaut de Fallouja les troupes américaines ont dû recourir à des schémas et à des règles élaborées pendant la Seconde Guerre mondiale, nous a dit l'ancien vice-ministre russe de la Défense, le général de corps d'armée Valéri Mironov. Par exemple, l'emploi inadéquat de la force (plusieurs fois supérieure à ce que nécessitait la situation). Le recours à des frappes massives de l'aviation, sous lesquelles des soldats amis se trouvaient parfois. L'engagement de détachements mixtes, motorisés et blindés, pour ratisser les quartiers urbains. C'est à peu près de cette façon qu'en hiver 1995 et 1999 les troupes russes avaient donné l'assaut de la capitale tchétchène, Grozny, une ville deux fois plus grande que Fallouja.

    Seulement les armes et les matériels de guerre équipant les soldats américains étaient différents, ce qu'il faut ne pas perdre de vue. Par exemple, les servants de mortier russes n'avaient pas, comme maintenant leurs homologues américains, d'ordinateurs portables qui leur fournissaienten temps réel toutes les coordonnées des cibles repérées. L'armée russe ne possède pas non plus toute cette gamme d'instruments de noctovision utilisée par les soldats américains.

    Quoi qu'il en soit, font remarquer les experts, cette supériorité technologique absolue sur les terroristes n'a pas permis aux unités américaines d'appliquer les nouvelles méthodes de conduite du combat qu'ils avaient utilisées en Yougoslavie, par exemple, à savoir les frappes "sans contact" sur les centres et les poches de résistance, sur les états-majors et les bases des terroristes, sur les sites d'importance vitale.

    Malgré une parfaite couverture aérienne et une liaison radio permanente avec les hélicoptères d'appui feu, les chars lourds "Abrahams" et les véhicules blindés "Striker" ont dû être engagés dans les ruelles étroites de la ville, soumettant leurs flancs aux roquettes des terroristes. Aucun chiffre officiel n'a été communiqué sur les pertes en chars et véhicules blindés, mais il y en a eu, c'est évident.

    En outre, l'absence d'eau, d'électricité et d'égout n'influe en rien sur la valeur combative de la résistance sunnite. La disparition de ces biens de la civilisation, qui était venue à bout assez facilement de la résistance à Belgrade, n'a pas été remarquée par les combattants d'Abou al-Zarqaoui. Ils ont montré qu'ils pouvaient suffisamment longtemps se tapir dans les ruines au milieu des cadavres en putréfaction et des ordures nauséabondes, en se contentant d'une galette moisie pour tout repas, tout en tirant jusqu'à leur dernière cartouche sur les soldats et les véhicules américains.

    D'où cet autre enseignement que les experts militaires russes ont tiré de l'opération lancée contre Fallouja. L'assaut de cette ville ne mettra pas fin aux coups de main et aux frappes des terroristes contre les troupes américaines et leurs alliés. Les tentatives pour rétablir l'ordre manu militari en Irak n'ont aucune chance d'aboutir. Au demeurant, lors de l'entretien qu'ils ont eu avec RIA Novosti les experts militaires russes se sont bien gardés de donner des conseils quelconques au Pentagone. Ils savent très bien que cette institution ne manque pas de gens avertis et responsables.

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