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    Moscou cherche à complaire à l'équipe victorieuse de Bush

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    Paris (par Angela Charlton, en exclusivité pour RIA Novosti). Vladimir Poutine peut désormais soupirer de soulagement. Du moins pour une raison. La Russie est restée invulnérable à l'issue des rencontres de ce week-end avec la triomphante direction des Etats-Unis, et elle a pu se convaincre qu'il y avait toujours dans le coeur de George Bush une place pour Poutine.

    Il n'y a certes pas eu que des embrassades. Bush a fait comprendre à Poutine que les nouvelles limitations instaurées dans le système électoral de la Russie préoccupaient les leaders de la démocratie. Mais il est peu probable que cette franchise, qui n'avait rien d'étonnant chez Bush, porte ombrage aux relations entre les deux présidents. Quant à la secrétaire d'Etat des Etats-Unis nouvellement nommée, Condoleezza Rice, elle est bien trop pragmatique pour se formaliser de cet écart par rapport à la démocratie de la part par un allié aussi important que la Russie.

    La rencontre entre Poutine et Bush, qui se tenait dans le cadre du sommet de l'APEC, était la première depuis la réélection de Bush le 2 novembre dernier, et depuis que Poutine a proposé, en septembre, de réformer en profondeur le système électoral russe, initiative qui a provoqué l'émoi en Occident. La délégation de la Russie s'attendait donc ce week-end à une nouvelle salve de critiques.

    Il semble néanmoins qu'au lieu de cela Bush se soit comporté comme le souhaitait Moscou. Il a montré envers la Russie suffisamment d'intérêt pour confirmer qu'elle ne sera pas évincée de l'ordre du jour pendant son second mandat présidentiel. Il a encouragé Poutine à poursuivre les réformes politiques sans faire la moindre tentative pour s'immiscer dans les affaires de la Russie, même dans les aspects avec lesquels les Etats-Unis ne sont pas d'accord.

    Poutine a accédé au pouvoir sur la vague de la critique de l'hégémonie des Etats-Unis et du monde unipolaire, mais deux ans après il se rangeait aux côtés de Bush dans la guerre contre leterrorisme. Le mois dernier, Poutine a ouvertement soutenu la réélection de Bush, alors que d'autres alliés des Etats-Unis conservaient une prudente neutralité. Maintenant, ce soutien porte ses fruits.

    En arrivant au pouvoir pour un second mandat, qualifié par de nombreux observateurs de chèque en blanc lui permettant de faire fi de l'opinion des alliés des Etats-Unis, Bush aurait pu se détacher de Poutine. Mais bien au contraire, il a montré au président russe sa cohérence, ce que la Russie voulait précisément. Même le thème de la guerre en Tchétchénie, qui demeure telle une marque au fer rouge dans les relations entre la Russie et l'Europe, a disparu dans le dialogue avec Washington.

    Et malgré tout, le terrain des relations américano-russes demeure fragile dès qui s'agit des voisins de la Russie. Vladimir Poutine a évoqué ce thème à l'occasion du sommet de ce week-end et a défendu les intérêts de Moscou dans l'espace post-soviétique, en insistant bien sur le fait que les partenaires de la Russie devaient faire preuve de transparence dans leur activité aux frontières russes.

    C'est un problème sensible, surtout après les élections présidentielles ukrainiennes de dimanche, où l'adversaire du candidat de Poutine bénéficiait du soutien des Etats-Unis. La question de l'Ukraine pourrait causer des migraines au président russe: cette république se transformera-t-elle en un polygone d'affrontement avec l'Occident, à l'instar de la Géorgie, ou en arène de coopération?

    Les intérêts des Etats-Unis et de la Russie s'opposent également dans le Caucase et en Asie Centrale. Bush et Rice peuvent garder le silence sur la Tchétchénie, mais il est peu probable que les Etats-Unis mettent la pédale douce dans leur activité en Géorgie et au Tadjikistan dans le seul but de faire plaisir aux généraux russes. Et dans le règlement du problème de l'Abkhazie, la Russie devra tenir compte de ce facteur.

    Durant leurs seconds mandats, Bush et Poutine ont pour objectif de poursuivre la coopération dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et d'empêcher que les conflits locaux ne dégénèrent. L'expérience acquise par Rice durant la guerre froide pourrait contribuer à maintenir l'équilibre et, d'autre part, sa connaissance de la politique russe devrait permettre d'éviter que la Russie ne soit ignorée. Sa proximité avec Bush et avec l'idéologie de ce dernier devrait contribuer à assurer la continuité de la politique des Etats-Unis.

    Les positions des Etats-Unis et de la Russie sur l'Afghanistan et la Corée du Nord se sont rapprochées, et la Russie s'apprête petit à petit à jouer un rôle déterminant en Irak. Selon certaines sources, les négociateurs américains auraient convaincu Moscou d'annuler une grande partie de l'immense dette extérieure de l'Irak. Par ailleurs, la Russie a beaucoup trop investi dans l'avenir pétrolier de l'Irak pour rester à l'écart.

    En ce qui concerne l'Iran, le problème est plus complexe. La lutte contre le terrorisme est un thème prépondérant dans les relations russo-américaines, mais Washington et Moscou divergent quant à la question de savoir si l'Iran finance les terroristes. La Russie s'oppose à l'Iran sur le problème de la Caspienne, mais Moscou défend avec ferveur la construction dans le pays d'un réacteur nucléaire, susceptible, aux yeux des Etats-Unis, de permettre à l'Iran de se doter de l'arme nucléaire.

    Néanmoins, il semble que les relations Russie-Etats-Unis soient désormais bien plus prévisibles qu'au cours des dernières décennies. Poutine a absolument besoin de cette stabilité, d'autant plus que les rapports avec l'Union européenne s'enveniment et que les Russes appréhendent une recrudescence du terrorisme dans le pays.

    La délégation russe est allée au sommet avec le désir de plaire aux Américains - sans pour autant se montrer disposée à accomplir leur volonté, mais en étant décidée à tout faire pour que le dernier coup de Poutine dans sa partie pour le pouvoir ne porte pas préjudice à l'alliance entre les deux pays. Sans doute, les deux présidents seront-ils rentrés chez eux avec un mutuel sentiment de satisfaction.

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