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    Une tentative vouée à l'échec

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    MOSCOU, 22 novembre. /Par Viktor Litovkine, commentateur militaire de RIA Novosti/. Une délégation de l'Union des comités de Mères de soldats de Russie s'apprête à rencontrer prochainement, dans une des capitales européennes, l'émissaire tchétchène Akhmed Zakaev. Les pourparlers doivent porter, ainsi que l'ont annoncé les organisateurs de la rencontre, sur le règlement pacifique en Tchétchénie. L'idée est pourtant vouée d'avance à l'échec.

    Le conflit armé en Tchétchénie qui dure depuis bientôt dix ans n'a pas éclaté de par la volonté ou à la suite d'une erreur commise par deux ou plusieurs hommes politiques. Il trouve ses racines dans un écheveau de problèmes géostratégiques, politiques, économiques, ethniques, militaires, religieux et, soulignons-le tout spécialement, criminels. Beaucoup d'entre eux, notamment le déchaînement du terrorisme international, n'ont pas été surmontés jusqu'à présent. Et leur règlement ne dépend pas de la volonté de quelques personnalités. Affirmer le contraire, c'est reconnaître que tous les actes de terrorisme commis depuis ces dernières années - les explosions dans des immeubles d'habitation, la destruction d'avions de ligne, la prise d'otages à Doubrovka et à Beslan, les enlèvements et les exécutions d'habitants civils - sont l'œuvre de Maskhadov et de ses complices ce qu'ils nient de façon catégorique. A supposer, pourtant, que ces gens-là n'ont effectivement rien à voir avec ces crimes, à quoi sert-il d'entrer en pourparlers avec eux s'ils n'ont en réalité d'influence sur rien ni personne ?

    En d'autres termes, les pourparlers avec l'émissaire de Maskhadov poursuivent un autre objectif. Lequel ?

    Il est évident et consiste à tenter de montrer au monde entier, et en premier lieu aux hommes politiques européens et américains qui, sur la base de leur politique des doubles standards, refusent eux-mêmes tout dialogue avec les terroristes internationaux mais ne se lassent pas de demander à Moscou d'ouvrir de tels pourparlers avec Maskhadov et Bassaev, que l'Union des comités de Mères de soldats (à l'opposé du "Kremlin entêté et intraitable") est prête à faire tout le nécessaire pour mettre un terme à la guerre en Tchétchénie. Et - l'essentiel - si les négociations échouent (ce qui est évident, à notre entendement), à rejeter la responsabilité de l'échec sur les plus hauts dirigeants du pays prétendument intéressés à faire durer le conflit armé, ce qui n'est pas vrai.

    Pourquoi l'Union des comités de Mères de soldats cherche-t-elle une gloire aussi douteuse ? Ses dirigeantes ne comprennent-elles pas dans quel vilain jeu les initiateurs de cette rencontre les entraînent ? Apparemment, elles s'en rendent compte mais probablement ne peuvent plus faire marche arrière. C'est que la logique de la lutte contre la bureaucratie nationale a poussé ces femmes militantes à demander une assistance politique et financière auprès de sponsors riches et influents dans des pays étrangers. Elles l'ont obtenue. Mais pas gratuitement. Maintenant, il faut, je dirais, se conformer.

    L'Union des comités de Mères de soldats a plongé la tête la première dans la politique. Elle crée son parti, ce qui implique d'être à l'avant-garde de la vie politique. Il faut se signaler, entreprendre quelque-chose pour se faire remarquer et connaître. La noble tâche de défendre les droits des jeunes recrues et des soldats, d'exercer un contrôle effectivement civil de la situation dans les forces armées ne suffit-elle plus vraiment aux mères de soldats ? Peut-être ont-elles déjà résolu tous les problèmes ? Bien sûr que non.

    Ce qui reste à regretter c'est que l'idée notoirement erronée des pourparlers avec l'émissaire de Maskhadov portera atteinte à la réputation de l'Union des comités de Mères de soldats en premier lieu. Les pleurs des mères seraient-ils alors mieux entendus ? Les mères de soldats ont-elles besoin d'une telle évolution ? Et surtout les soldats que l'Union s'est engagée à défendre ?

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