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    Ukraine: le choix après les élections

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    MOSCOU, 23 novembre (par Arséniï Oganessian, commentateur de RIA Novosti). A l'issue du traitement de 99,38% des procès-verbaux, Viktor Yanoukovitch avait obtenu 49,42% des voix contre 46,7% pour Viktor Youchtchenko. Les 0,62% restants ne changeront rien à la situation. Cependant, la victoire de Viktor Yanoukovitch aux élections présidentielles en Ukraine, même après l'annonce des résultats définitifs, ne mettra pas un point final à la crise politique que traverse le pays.

    Il y a peu d'espoirs pour que l'opposition s'avoue vaincue. Et quoique, selon les propos de Viktor Youchtchenko, l'opposition ukrainienne se prépare à entreprendre des actions pacifiques, il n'est pas l'unique représentant de l'opposition. Son influence politique est incontestable, mais sera-t-il capable de contrôler la situation, c'est une grande inconnue. Sa plus proche camarade de combat, Youlia Timochenko, a déjà appelé ses partisans à utiliser la force pour faire pression sur le pouvoir.

    Pour le moment, les juristes de l'opposition se préparent à se prévaloir devant la justice des infractions constatées pendant le scrutin pour contester les résultats officiels.

    La fracture qui divise la société ukrainienne est devenue encore plus visible à l'issue du second tour. Selon un bilan préliminaire, à Donetsk et à Lougansk (Ukraine Orientale), respectivement 96% et 93% des électeurs ont voté pour Yanoukovitch. Mais dans les régions occidentales du pays, la proportion s'inverse. Ainsi, la région de Lvov a soutenu Youchtchenko à 92%, et les régions d'Ivano-Frankovsk et de Ternopol - à 93,5%. Bien plus, les autorités de Lvov, d'Ivano-Frankovsk et de Kiev ont refusé de reconnaître les résultats du scrutin annoncés par la Commission électorale centrale.

    Alexandre Khramtchikhine, directeur de la section analytique de l'Institut d'analyse politique et militaire (IAPM), a déclaré que "malheureusement, tout ceci peut dégénérer en guerre civile, car le schisme politique à l'intérieur du pays correspond à des critères géographiques. Il est évident que les deux parties iront jusqu'au bout, d'autant plus que chacun des protagonistes bénéficie de puissants alliés extérieurs".

    Les experts de l'IAPM avancent deux recettes pour éviter la confrontation: "première solution, le candidat perdant devient le premier ministre du vainqueur, mais cette variante est peu vraisemblable dans la mesure où Yanoukovitch et Youchtchenko entretiennent de mauvais rapports. La seconde solution est celle de la réforme politique que le président sortant Léonid Koutchma souhaite mettre en oeuvre. Effectivement, si le pays devient une république parlementaire, ceci permettra de préserver l'unité du pays car le schisme sera alors moins évident".

    Le directeur du Centre de Conjoncture Politique, Konstantin Simonov, ne partage pas ce point de vue. Il estime que "la question de la réforme a désormais perdu son actualité. Il fallait la réaliser entre les deux tours, et même dans ce cas elle n'aurait sans doute pas permis d'aplanir les contradictions déchirant la société. Pour la simple raison qu'à l'époque, des élections à la Rada (parlement ukrainien) auraient à leur tour provoqué une polarisation de la société semblable au schisme d'aujourd'hui".

    Selon Konstantin Simonov, "les pronostics les plus pessimistes concernant le développement ultérieur des événements en Ukraine sont à l'heure actuelle en train de se réaliser. Si le nombre des manifestants à Kiev continue d'augmenter, et si les régions occidentales refusent de faire allégeance à Yanoukovitch, lequel, de son côté, n'acceptera pas le principe de nouvelles élections et campera sur sa victoire, - le scénario du schisme de l'Etat risque alors de se matérialiser. D'ailleurs, le pire s'est déjà produit - les gens sont descendus dans la rue, et maintenant les parties en conflit ont nettement moins de chances de parvenir à un compromis".

    "En tout état de cause, la situation en Ukraine demeurera instable", a résumé l'expert.

    Maintenant, seule la météo est en mesure de sauver la situation - on s'attend à ce qu'à Kiev le thermomètre descende jusqu'à moins dix degrés Celsius dans les jours qui viennent. Les températures hivernales pourraient refroidir les passions politiques. De plus, le scénario de la "révolution des marronniers" est semble-t-il toujours dans le vent. Tous les parallèles avec la Géorgie sont ici inopportuns, car la popularité du régime de Chevardnadze dans l'ensemble de la Géorgie s'est réduite à zéro, cependant qu'en Ukraine le schisme divise à égalité l'élite politique et le peuple.

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