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    APEC: la Russie récolte des compliments pour avoir soulevé le dossier des métaux non ferreux

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    SANTIAGO DU CHILI-MOSCOU, 24 novembre (par Dmitri Kossyrev, commentateur politique RIA Novosti). Au forum annuel de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) qui a pris fin à Santiago, la Russie a mérité des éloges. La déclaration des ministres des affaires étrangères et du commerce des 21 économies régionales qui font partie de l'organisation a salué l'initiative russo-chilienne proposant de mettre en place, dans le cadre de l'APEC, un Dialogue pour la création de conditions propices au fonctionnement du marché des métaux non ferreux.

    Tel est l'appellation officielle de l'initiative, appellation difficile à prononcer et à comprendre comme la plupart des documents étudiés au cours de négociations commerciales qui se déroulent au sein de l'OMC, de l'Union européennes ou de l'APEC. Cependant, dans le monde contemporain, les négociations commerciales jouent un rôle primordial dans la détermination des conditions de vie de nations entières. Ainsi, l'aluminium, le cuivre et le nickel sont des matières premières utilisées dans l'aérospatiale, l'électronique et une dizaine d'autres secteurs vitaux. Un marché régional civilisé des métaux non ferreux - l'enjeu de l'initiative russe - signifie que les vendeurs et les acheteurs ne se crêperont plus le chignon et ne maniganceront plus des chutes et des flambées de prix qui secouent des secteurs, des pays et des continents entiers. Au-delà des forums resplendissants et des documents longs, l'APEC est aussi une panoplie de démarches économiques ponctuelles, comme le dialogue sur les métaux non ferreux.

    La Russie avait soulevé pour la première fois le dossier il y a deux ans, lors du forum de Los Cabos (Mexique). L'an dernier, à Bangkok, l'initiative russe a reçu la forme actuelle de dialogue approuvée à l'unanimité par les pays l'APEC. Cette approbation est intervenue lors d'un colloque test organisé en août 2003 à Bratsk (Sibérie) par la Russie. C'est là aussi que se forme le concept de l'initiative: les pays exportateurs de métaux non ferreux, notamment la Russie et le Chili (cuivre), doivent bénéficier des réseaux de communication permanents au lieu d'implanter des cartels de producteurs qui sont confrontés aux cartels d'acheteurs (États-Unis, Japon, etc.).

    Le coup d'envoi au dialogue sera donné en mai 2005 en Corée du Sud, pays qui accueillera le prochain forum de l'APEC. La nouvelle structure sera coprésidée par la Russie et le Chili.

    Il est curieux que les tentatives pour nouer le dialogue sur les métaux non ferreux effectuées dans le cadre de l'ONU aient échoué. On sait que les questions de ce type relèvent aussi de la compétence de l'OMC. Mais la Russie, même si elle est l'un des principaux pays exportateurs de métaux non ferreux, n'en fait pas encore partie. Résultat, l'APEC devient une organisation qui accomplit le maximum de progrès dans cette voie et pourrait donner à l'OMC l'exemple de la façon dont on mène des affaires.

    En somme, Moscou est de plus en plus séduit par les activités de l'APEC. Si la part des pays de l'APEC dans le chiffre d'affaires du commerce russe représentait 12% à 13% au début des années 1990, elle a progressé en octobre 2004 jusqu'à 18%. Difficile de dire, toutefois, lequel des deux facteurs est prépondérant: soit c'est l'APEC qui a aidé la Russie à renforcer le volet oriental de son commerce, soit ce sont les efforts actifs en ce sens déployés par la Russie qui ont rendu l'APEC plus importante aux yeux de Moscou.

    Quoi qu'il en soit, les 18% qui comprennent le commerce avec des géants comme les États-Unis et la Chine, sont relativement peu de chose. Cela illustre bien que 144 millions de Russes vivent en Europe et 15 autres millions sont plus proches de la Chine et du Japon. Mais la Russie a besoin de l'APEC justement pour développer sa partie orientale qui dispose de ressources énormes, notamment de capacités de production des métaux non ferreux (aluminium, nickel). On sait que les métaux sont la deuxième rubrique, après les produits énergétiques, des exportations russes et que les métaux non ferreux en constituent un tiers. La plus grande partie des métaux non ferreux est produite justement à l'est du pays. Il est curieux que l'initiative russe d'un dialogue sur les métaux non ferreux qui s'inscrit complètement dans l'esprit de l'APEC ait été exprimée par le secteur privé, en premier lieu par la compagnie Bazovy Element dirigée par Oleg Deripaska, avant d'être approuvée par le Kremlin. Par contre, pour le Chili qui copréside le dialogue, l'initiative vient entièrement de l'Etat. À noter qu'en mars 2004 le président russe a désigné Oleg Deripaska comme l'un des trois membres du Conseil consultatif des affaires (ABAC) de l'APEC, une récompense pour ses efforts fructueux dans ce volet important de la politique économique du pays.

    Toujours est-il que le dialogue en tant que tel est encore devant nous. Et il ne sera pas nécessairement facile. Apparemment, les acheteurs de métaux ne seraient pas enthousiasmés. Mais la Russie et le Chili ont choisi une méthode irréprochable et un endroit heureux pour régler les litiges commerciaux en renforçant ainsi leurs positions dans l'économie mondiale. Cette initiative, à elle seule, démontre que le sommet de Santiago n'a pas été stérile pour Moscou.

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