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    L'AIEA n'a pas de raisons pour soumettre le "dossier nucléaire" de l'Iran au Conseil de sécurité de l'ONU

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    MOSCOU, 25 novembre. (Commentateur de RIA- Novosti, Piotr Gontcharov). On estime, à Moscou, qu'à la future réunion du Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA) qui va se tenir, jeudi 25 novembre, à Vienne, la question sur le sort ultérieur du "dossier nucléaire" iranien ne serait pas soumis à l'examen du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies, chose sur laquelle les Etats-Unis insistent tout particulièrement et qui menace l'Iran de sanctions. Le Conseil des gouverneurs de l'AIEA prendra, de toute évidence, une décision sur la poursuite du dialogue Iran-Union européenne.

    Comme RIA-Novosti en a été informée auprès du ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, ayant suspendu ses travaux d'enrichissement d'uranium, l'Iran a, en fait, rempli les engagements dont il s'était chargé au cours de ses négociations avec la "troïka" de l'Union européenne (UE), c'est-à-dire avec la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne, engagements qui avaient été fixés, par la suite, dans un accord spécial. Cela permet d'inverser en quelque sorte l'esprit même dans lequel le programme nucléaire iranien sera examiné au Conseil des gouverneurs de l'AIEA, d'y échanger notamment l'attitude manifestement négative contre une approche plutôt positive pour le canaliser finalement dans le "cadre routinier" du travail de l'Agence internationale de l'Energie atomique.

    "A la future réunion du Conseil des gouverneurs, nous allons contribuer à un examen pondéré de la question iranienne. Nous estimons en général que les partisans d'une ligne dure à l'égard de l'Iran n'ont tout simplement pas de fondements suffisants pour insister sur le transfert du soi-disant "dossier nucléaire" de l'Iran à l'examen du Conseil de sécurité de l'ONU", a-t-on assuré au ministère russe des Affaires étrangères.

    Guennadi Evstafiev, expert russe en matière de non-prolifération des armes de destruction massive (ADM), estime, lui aussi, qu'à ce jour, le rapport des forces au sein même du Conseil des gouverneurs de l'AIEA n'est pas du tout en faveur des partisans (avec Washington à leur tête) d'une ligne dure à l'égard de Téhéran. Cela ressort, entre autres, tant du déroulement même des négociations entre l'Iran et la "troïka" européenne que tout particulièrement de l'accord qui a été enregistré à l'issue desdites négociations.

    En dépit de son caractère intérimaire, cet accord est sans doute "fort prometteur". C'est que Téhéran a accepté de non seulement suspendre la production et les importations de centrifugeuses à gaz et de leurs composantes, mais aussi et surtout de suspendre ses travaux de production de plutonium et de conversion d'uranium en combustible nucléaire. Qui plus est, l'Iran a même accepté les inspections et le contrôle sur son territoire et même l'installation de caméras de contrôle de l'Agence internationale de l'Energie atomique à des ouvrages, autrefois parfaitement inaccessibles à l'AIEA.

    Nul ne contestera qu'il s'agit bien là d'un pas très important dans l'instauration d'une atmosphère de confiance autour des programmes nucléaires iraniens, et il est très peu probable, par conséquent, que dans une telle situation, les Etats-Unis insistent sur le transfert immédiat du "dossier nucléaire" de l'Iran à l'examen du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies. C'est que le transfert de ce dossier au Conseil de sécurité de l'ONU est incontestablement une très sérieuse décision politique, fait remarquer l'expert russe. C'est pourquoi tout porte à croire, estime Guennadi Evstafiev, que le Conseil des gouverneurs de l'AIEA va tout simplement approuver le rapport du Secrétaire général de l'Agence internationale de l'Energie atomique, Mohammed El-Baradei, document qui est rédigé, comme ce dernier l'avait promis, dans un "ton positif" concernant les programmes nucléaires iraniens.

    Quoi qu'il en soit, le moment n'est sans doute pas encore venu pour classer le "dossier nucléaire" de l'Iran, fait-on remarquer à Moscou. C'est que Washington ne se contentera évidemment pas d'un accord "intérimaire" et bel et bien provisoire. Et ce n'est certes pas par hasard si Colin Powell a exprimé la préoccupation par le fait que l'Iran puisse "associer les armes nucléaires qu'il serait en train de mettre au point avec des vecteurs". Cette phrase d'adieu concernant l'Iran dans la bouche du Secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, sur le point de se retirer de son poste du diplomate US numéro un présage bien que les Etats-Unis ne manqueront évidemment pas de durcir leur prise de position sur la problématique iranien à la venue de Condoleezza Rice à la tête de la diplomatie américaine. Aussi, lors du futur dialogue, Washington fera-t-il le maximum pour "acculer à l'impasse l'Union européenne" au sujet du "dossier nucléaire" iranien - soit Téhéran abandonne définitivement la mise au point d'un cycle nucléaire complet, soit son "dossier" est soumis au Conseil de sécurité de l'ONU.

    Il n'en est pas cependant moins vrai que l'Iran n'a nullement l'intention de renoncer à son droit d'élaborer des technologies nucléaires, y compris l'enrichissement d'uranium. Comme l'a déclaré le vice-Président de l'Iran et chef de l'Organisation iranienne pour l'énergie atomique, Qolam Reza Aqazadeh, les négociations avec l'Union européenne seront très difficiles pour Téhéran. La principale revendication des Européens y sera "l'instauration d'une atmosphère de confiance" de la part de l'Iran, ce qui entend notamment l'abandon des programmes d'enrichissement d'uranium, alors que Téhéran "se propose de poursuivre la maîtrise de ces know-how nucléaires".

    Pour le moment, toutefois, les parties ont formé des groupes de travail qui commenceront, à partir du 15 décembre prochain, à élaborer, pendant trois mois, des ententes définitives sur les programmes nucléaires iraniens et les garanties de la mise en application de leurs propres engagements.

    A ce jour, dans le cadre de l'instauration d'une atmosphère de confiance et de la transparence de ses programmes nucléaires, la partie iranienne a rempli toutes les revendications du Protocole additionnel au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, en permettant, entre autres, d'installer des caméras de contrôle à ses ouvrages nucléaires et les inspections par des spécialistes de l'Agence internationale de l'Energie atomique. Il s'agit, en l'occurrence, des inspections aux ouvrages de conversion d'uranium à Isfahan et à Nataz où est notamment prévue l'observation sur tout le processus à commencer par le chargement des centrifugeuses jusqu'à la sortie et l'utilisation ultérieur des matériaux radioactifs. Un tel degré de la transparence des ouvrages nucléaires iraniens suffira-t-il à l'AIEA pour classer, enfin, le malheureux "dossier nucléaire" de l'Iran? Ou les parties resteront dans leur état actuel quand l'Agence internationale de l'Energie atomique n'est pas à même de prouver que l'Iran possède un programme nucléaire militaire, alors que Téhéran n'est toujours pas en mesure, lui non plus, de la persuader que l'Iran n'a pas de tel programme.

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