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    Des moteurs russes pour la NASA

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    MOSCOU, 26 novembre. (Par Andreï Kisliakov, commentateur politique de RIA Novosti). Si tout en dressant leur bilan annuel la plupart des entreprises aérospatiales mondiales scrutent l'avenir dans l'attente d'un boom spatial, pour le groupement science-production russe "Energomach" ce boom est depuis longtemps une réalité et il n'est pas question d'espérer souffler un peu à l'occasion des fêtes de fin d'année.

    En vertu d'un contrat signé en 1997, cette entreprise se doit de livrer aux Etats-Unis d'ici à la fin de l'année cinq autres moteurs de fusée RD-180 pour des lanceurs de la famille "Atlas", les chevaux de trait de la Nasa et du Pentagone. Ajoutons à cela que les années à venir les cadences de production ne feront que s'accélérer.

    Le contrat d'un montant de plus d'un milliard de dollars conclu avec la grande corporation aérospatiale américaine "Loockheed Martin" prévoit qu'"Energomach" fournisse en dix ans aux Etats-Unis 101 moteurs RD-180. Selon des propos tenus fin septembre par le constructeur général du groupement, Boris Katorguine, sur les 23 moteurs expédiés outre-Atlantique pour équiper des fusées "Atlas-3" et "Atlas-5", huit avaient déjà été utilisés.

    Avec les Américains nous travaillons dans un esprit de confiance et avec souci de prévisibilité, a souligné Boris Katorguine. La partie américaine a déjà réglé la production de 50 propulseurs RD-180 tandis que la russe respecte le calendrier des livraisons. Lorsque des questions litigieuses surgissent, elles se règlent à la table de négociation.

    De l'avis des experts internationaux, le RD-180 n'a pas d'équivalent au monde dans sa classe. Il surpasse les analogues étrangers non seulement pour les performances énergétiques et le rapport poids/encombrement, mais encore pour la fiabilité. Au demeurant, pour la partie américaine l'utilisation des moteurs russes permet de réduire de 20 pour cent le prix de revient des "Atlas".

    D'un autre côté, il aurait été étonnant que les Américains abandonnent entièrement leurs programmes stratégiques a des fournisseurs russes. En réalité, les Etats-Unis intensifient les travaux en vue de lancer au plus vite la production de ces propulseurs dans leurs murs.

    Les ingénieurs des corporations "Lockheed Martin" et "Pratt & Whitney" ont entrepris la fabrication des prototypes de certains éléments du moteur, dont sa partie essentielle, à savoir la chambre de combustion interne. Parallèlement on procède à la traduction en anglais de la documentation technique du RD-180 remise par la partie russe. Ce travail devrait être achevé d'ici à la fin de l'année.

    Toutefois, les capacités de production aux Etats-Unis ne seront pas opérationnelles avant quatre ans. Par conséquent, pendant longtemps encore les premiers étages des lanceurs américains seront dotés de moteurs cent pour cent russes.

    Cependant, la dialectique consiste aussi en ce que le numéro un mondial du moteur de fusée, "Energomach", est d'ores et déjà en mesure de fabriquer de nouveaux produits.

    Le garant en est la fusion des entreprises de moteurs de fusée au sein d'un holding unique sous la houlette du groupement de production "Energomach". De l'avis de Boris Katorguine, ce sera chose faite dans les six mois qui suivront l'actionnarisation de toutes les parties prenantes.

    Selon le dessein de l'Agence spatiale fédérale de Russie, cette structure intégrée autour d'"Energomach" comprendra plusieurs entreprises fédérales unitaires, dont l'Usine de mécanique de Voronej, de la même ville, le Bureau d'études de constructions mécaniques pour l'industrie chimique Issaïev (Région de Moscou) et plusieurs autres.

    Dans une interview exclusive accordée à RIA Novosti, le patron de "Roskosmos", Anatoli Perminov, a déclaré que la création du holding réduira les frais d'études des matériels nouveaux, rehausserait la compétitivité de l'industrie aérospatiale russe et drainerait aussi des investissements russes et étrangers.

    Puisque nous parlons d'investissements, abordons le sujet. Des propos tenus par Anatoli Perminov il ressort avec évidence qu'au cours des quatre années nécessaires aux Américains pour lancer en grand la production des RD-180 le nouveau géant russe pourra au minimum moderniser le moteur jusqu'aux paramètres qui feront de lui en fait un nouveau modèle. Le lanceur "Soyous-2-Rous" peut servir d'exemple. Mais le plus probable, c'est que le bon agencement du travail à tous les niveaux et un financement approprié permettront au holding de concevoir et de créer un système foncièrement nouveau.

    Et si les tirs de fusées américaines dotées de moteurs RD-180 continuent de se succéder, ce serait dans la logique des choses de songer à investir dans l'industrie russe des moteurs de fusée. Le prochain boom spatial oblige.

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