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    Les avions civils du groupe Sukhoi rattrapent leurs confrères militaires

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    MOSCOU, 30 novembre./par Viktor Litovkine, commentateur militaire/. Une information intéressante est parvenue de l'exposition internationale de l'armement Indo Defence-2004 qui se tient à Djakarta. Ainsi que l'a déclaré aux journalistes un représentant du ministère indonésien de la Défense, le général Sudradjat Hakim, son pays achèterait huit chasseurs russes Su-30MK avant la fin de l'année. Ce contrat est estimé à 250 millions de dollars. Le holding Sukhoi qui vend des avions de combat à la Chine, à l'Inde, au Vietnam et à la Malaisie devient ainsi le plus gros fournisseur d'appareils militaires des pays d'Asie du Sud-Est.

    A la veille de l'ouverture d'Indo Defence-2004, il a présenté la cinquième étape de réalisation de son programme civil intitulé à l'étranger RRJ (pour Russian Regional Jet). Le conseil technique du holding dont font partie aussi des représentants de Boeing et de la Snecma, a décidé de lancer définitivement et intégralement le programme RRJ, a expliqué au commentateur de RIA Novosti le directeur général de la société, Mikhaïl Pogossian.

    Cela signifie que tous les travaux du projet — l'élaboration de l'avant-projet et de l'architecture de l'appareil, le choix des fournisseurs des matériaux et des équipements, l'obtention de commandes fermes pour les cinquante premiers appareils et le début de leur homologation selon les normes russes et européennes — sont déjà achevés. Le plan de mise en place d'un réseau de service après-vente et de formation du personnel a également été approuvé. L'avion est prêt à entrer dans la phase d'assemblage qui doit commencer dans deux usines de Sukhoi: à Komsomolsk-sur-l'Amour et à Novossibirsk.

    Les premiers bâtis d'assemblage doivent apparaître dans les usines au premier trimestre 2005 et l'appareil devra effectuer son premier vol d'essai au troisième trimestre 2006, affirme Mikhaïl Pogossian.

    "La décision du conseil technique est le facteur décisif de notre programme. Car maintenant nous lançons la production d'échantillons destinés à être testés. Toutes les conditions sont réunies pour que notre programme permette à l'industrie aérospatiale russe de faire un bond spectaculaire parce que pour la première fois le producteur offre un produit civil qui répond pleinement aux exigences avancées par le marché mondial, donc parfaitement exportable. La Russie va donc avoir une possibilité inédite de s'adjuger une part du marché mondial du matériel aéronautique civil", a déclaré le directeur général du holding.

    Le RRJ — appareil pour 95 passagers dont la mise en chantier est en cours de préparation à Komsomolsk-sur-l'Amour et à Novossibirsk — est effectivement unique en son genre. Non seulement parce qu'il est très économique et peut franchir 3 050 à 4 485 km sans escale, qu'il offre le maximum de confort aux passagers, ce qui a été démontré sur une réplique grandeur nature au salon de Farnborough, dans les environs de Londres, l'été dernier. Mais parce qu'il réunit tous les progrès réalisés jusqu'ici par l'aviation mondiale.

    Des sociétés des plus réputées du monde prennent part au projet: Thales (avionique), Snecma et l'entreprise russe Saturne (moteur avec nacelle), Lienbherr (commandes à distance et climatisation avec la société russe Voskhod), Messier Dowty (châssis), Intertechnique (système d'alimentation en combustible), Hamilton Sundstrend (alimentation électrique), B/E Aerospace (intérieur de la cabine), Honeywell et l'entreprise russe Saliout (moteurs auxiliaires), Ipeco (siège de l'équipage) et d'autres.

    Ce choix des fournisseurs n'est pas un fait du hasard. Les dirigeants du holding ont spécialement cherché des partenaires parmi les entreprises largement connues dans la profession et capables d'aider Sukhoi à s'installer avec son programme civil sur le marché mondial car la concurrence est vive dans la catégorie des appareils domestiques dont relève le RRJ: le Tu-334 russe, l'An-148 russo-ukrainien, l'Embraer brésilien, le Bombardier canadien et même l'ERJ chinois…

    Tous ces appareils ne sont pas encore opérationnels. Tous n'ont pas encore subi les tests d'homologation. Tous ne bénéficient pas du soutien étatique comme c'est le cas pour le projet de la famille d'avions civils de Sukhoi. Mais la concurrence étant ce qu'elle est, il n'est possible de l'emporter sur un concurrent qu'en réalisant un avion plus performant, plus économique, plus confortable avec l'aide et le soutien des producteurs et des utilisateurs les plus réputés du monde. Aussi, les dirigeants de Sukhoi ont-ils décidé qu'il fallait les intéresser à réaliser leur appareil et ils y sont parvenus.

    Une intrigue s'est nouée cependant dernièrement en rapport avec la sortie du RRJ sur le marché mondial. Le gouvernement brésilien qui a besoin d'un nouvel avion de combat pour son armée propose à la Russie qui a répondu à son appel d'offres avec le chasseur multirôle Su-35 de l'accepter en échange de l'achat par Aeroflot d'appareils de ligne Embraer. Le holding Sukhoi n'y voit aucun avantage, et même s'il n'est pas contre le fait que les usines brésiliennes prennent part à la production de ses chasseurs il refuse cependant d'être payé en contrepartie en avions de ligne, il préfère à la rigueur en guise de paiement, les livraisons de viande ou de café.

    Le programme RRJ est estimé à 600 millions de dollars et les ventes à plus de 10 milliards de dollars. Les besoins du marché international en avions de ligne de cette taille relativement bon marché et faciles à exploiter sont évalués par les experts à 5 500 appareils pour les vingt prochaines années. Dans les années à venir, à partir de 2007 où le RRJ sera mis en série, 300 appareils seront nécessaires aux pays de la CEI et plus de 400 aux Etats d'Europe, d'Amérique du Nord et d'Asie du Sud-Est. Sukhoi espère que le RRJ lui rapportera autant que ses avions de combat, plus de 1,5 milliard de dollars par an. Le holding a déjà investi 70 millions de dollars dans le projet et s'apprête à commencer à encaisser les bénéfices dans un proche avenir, explique Mikhaïl Pogossian.

    Un contrat de livraison de 50 appareils a été signé avec la compagnie aérienne Sibir. Des offres commerciales ont déjà été préparées à UTAir et à Poulkovo Airlines. Les dirigeants de Sukhoi affirment qu'il existe déjà une entente verbale sur achat de RRJ avec Air France, Iberia et d'autres compagnies européennes. Ils ne cachent pas l'idée de proposer une participation au projet à la compagnie aérienne indienne HAL qui réalise déjà dans ses usines l'assemblage sous licence de chasseurs Su-30MKI. Cela permettrait à Sukhoi d'augmenter les exportations d'appareils civils et de faire face à la concurrence sur le marché aéronautique mondial.

    On ne sait pas encore si HAL acceptera ou non cette proposition. D'après certaines informations, elle trouve cette idée intéressante mais on ignore si le gouvernement indien peut la soutenir. RIA Novosti vient d'apprendre qu'au cours de sa prochaine visite à New Delhi le président russe Vladimir Poutine doit faire cette proposition aux autorités indiennes.

    Il y a gros à parier que dans un proche avenir le holding Sukhoi remportera un succès commercial aussi retentissant avec ses appareils civils qu'avec ses célèbres chasseurs.

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