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    L'Amérique demeure le principal partenaire spatial de la Russie

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    MOSCOU, 1er décembre (par Andréi Kisliakov, commentateur politique de RIA Novosti). Le directeur de la NASA, Sean O'Keefe, a invité son homologue russe, Anatoli Perminov, à se rendre à cap Canaveral à la veille de la Noël catholique. Le directeur de Roskosmos a déclaré dans une interview à RIA Novosti que "les Américains veulent que je me rende compte en personne qu'ils font tout leur possible pour reprendre les vols des navettes". Et que je puisse me convaincre que l'Amérique est le principal partenaire spatial de la Russie - du moins en matière de vols habités, et précisément en ce qui concerne le programme de la Station spatiale internationale (ISS).

    Pendant tout le second semestre qui se termine, l'Amérique et la Russie ont mené des consultations intensives afin de résoudre les problèmes de la continuité du fonctionnement du train orbital brusquement freiné par la catastrophe de Columbia de février 2003.

    La sincérité des Américains ne fait aucun doute, d'autant plus que, selon Anatoli Perminov, "les participants aux précédentes rencontres d'Amsterdam et de Vancouver ne prenaient littéralement que deux heures de sommeil par jour, essayant de finaliser le programme de l'ISS". En d'autres termes, les deux principales puissances spatiales ont pleinement conscience du fait qu'elles sont responsables des destinées de cette entreprise internationale unique en son genre.

    Seize pays participent au projet: la Russie, les Etats-Unis, les pays membres de l'Agence spatiale européenne (ASE), le Japon, le Canada et le Brésil. L'assemblage de la station a commencé le 20 novembre 1998. Aujourd'hui, la lourde ISS - elle pèse 183 tonnes - est constituée du bloc fonctionnel cargo Zarya, de conception russe, du module de service russe Zvezda, du port d'arrimage Pirs et du segment américain - le noeud Unity, le module scientifique Destiny et le sas Quest. En l'espace de quatre ans depuis sa mise en exploitation, le complexe orbital a accueilli 107 Terriens.

    Après la tragédie de Columbia, toute la charge de la rotation des équipages et de l'acheminement de frets a incombé à la Russie.

    Il est donc parfaitement naturel que, vu son manque de financement, la branche n'ait pu en solo assumer à la fois l'exploitation de la station dans le seul régime possible pour elle - le régime habité, et garantir le haut niveau des recherches menées en orbite. Si bien que de nombreux programmes ont dû être gelés, et l'équipage réduit au strict minimum - à savoir deux personnes.

    Il est notoire que, dans son ensemble, le programme de l'ISS prévoyait l'utilisation à plein du système américain de de transport spatial Space Shuttle. Ceci vaut tant pour l'exécution des missions de routine que pour les travaux de construction ultérieure du train orbital, qui devrait acquérir, selon les prévisions, son aspect définitif en 2011, c'est-à-dire au moment où les navettes seraient réformées. A cet égard, il est difficile d'en vouloir aux responsables de la cosmonautique russe pour avoir soulevé avec une certaine affectation la question de la reprise des vols des vaisseaux américains.

    Mais outre le problème aigu du transport, il existe - ou plus exactement, il existait - des divergences d'ordre économique.

    A l'époque, les Américains ont contribué à la mise en orbite du segment russe de la station. D'où une dette de 60 millions de dollars, qui se traduit en heures-homme de temps de travail en orbite. D'un autre côté, les engagements contractuels de la Russie en matière d'acheminement vers la station d'astronautes américains à bord de vaisseaux Soyouz expirent l'année prochaine.

    Les nuits d'insomnie d'Amsterdam et de Vancouver ont débouché sur un jugement de Salomon sous forme d'un schéma de troc destiné à aplanir les griefs économiques des parties. L'année prochaine, l'activité se poursuivra selon le système suivant: les Etats-Unis annulent la dette de la Russie en heures-homme, et la Russie achemine gratuitement à bord de ses vaisseaux les astronautes américains vers l'ISS.

    Mais à partir de 2006, un autre schéma devrait entrer en vigueur qui permettra à la Russie de concrétiser le programme de finalisation du déploiement du segment russe du train orbital approuvé par Roskosmos.

    Selon le directeur adjoint de l'Agence spatiale russe, Nikolaï Moïsseïev, "le segment russe sera achevé en 2011. En 2007, une fusée porteuse Proton placera en orbite le module scientifique multifonctionnel FGB-2, et en 2009 une navette américaine livrera à l'ISS une plate-forme énergétique et scientifique. Enfin, en 2011, un nouveau module scientifique partira à bord d'une fusée Proton".

    Ainsi, la Russie et les Etats-Unis ont administré la preuve de leur désir de poursuivre et de développer le programme de l'ISS. Anatoli Perminov, directeur du programme spatial russe, a apprécié à sa juste valeur l'attitude de son collègue qui a décidé de renoncer, pour son partenaire, à savourer l'agréable euphorie qui précède Noël.

    "Les Américains ont déjà accompli un travail colossal d'analyse des causes de la catastrophe de Columbia, d'élaboration des décisions appropriées et de modernisation des navettes elles-mêmes. Ils manquent simplement de temps, et parfois aussi de moyens. En l'occurrence, on n'a pas le droit de prendre des risques. Imaginez les conséquences d'un échec! La partie américaine du programme de l'ISS volerait simplement en éclats. Je comprends parfaitement Sean, et je rends hommage aux efforts qu'il accomplit pour que la reprise des vols de Shuttle soit un succès".

    Certes, on ne saurait exclure totalement l'éventualité d'un échec. Mais même en cas de nouvelles interruptions dans le programme Space Shuttle, Anatoli Perminov demeure optimiste quant à l'avenir de l'ISS. Selon lui, il faut de toute façon attirer de nouveaux participants "apportant des projets concrets, et ce d'autant plus que les candidats sont nombreux". A ce propos, les projets de l'ASR, et en particulier le programme conjoint russo-européen de vaisseau spatial Kliper, sont très prometteurs.

    Notons que sur le plan technique, ce projet "européen" est une réalisation russe unique. Le nouveau vaisseau spatial réutilisable de la nouvelle génération, créé en vertu de ce programme, constitue une réelle avancée par rapport à l'actuelle fusée à trois étages Soyouz. Le vaisseau Kliper est une navette capable d'emporter six personnes et de placer en orbite 700 kg de chargement. Selon Anatoli Perminov, les vols de Kliper, financés par l'ASR, pourraient commencer après 2012. Mais nous sommes en décembre 2004. Et c'est aux irremplaçables Soyouz, et, espérons-le, aux Space Shuttle, qu'il appartiendra pendant un bon moment de voler vers l'ISS.

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